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PATROUILLES DES GLACIERS 2010
REVIVEZ LA CÉLÈBRE COURSE DE MONTAGNE COMME SI VOUS Y ÉTIEZ!
Visionnez les reportages panoramiques du photographe et alpiniste Matthias Taugwalder sur la célèbre course de montagne qui s’est déroulée du 21 au 24 avril 2010. Vous vous retrouvez proche des patrouilles et des spectateurs, dont vous entendez les encouragements. Soyez au cœur de l’action avec le champion olympique de descente Didier Défago qui a souffert mille morts!

Mis en ligne le 22.05.2010
 
 
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La Patrouille des Défago

«Je me suis fait très mal»

 
Texte: Marc David
 

Le champion olympique de descente rêvait de s’essayer à la Patrouille. Il y a souffert mille morts, se fondant avec son frère Daniel dans l’incroyable masse des 4300 participants. Reportage à ses trousses.

 
La montagne ramène toute chose à sa juste mesure. Rapide comme le vent il y a deux mois, sa médaille d’or de Vancouver brillant au firmament du sport mondial, Didier Défago est soudain redevenu l’anonyme appointé Défago le temps du passage de quelques cols et du lent va-et-vient d’un ski après l’autre, pendant près de cinq heures.

Le samedi, vers 9 heures du matin, il est arrivé dans Verbier ensoleillée juste avant trois soldats inconnus nommés Zahnd, Hêche et Racine et le speaker a fait bien attention de citer les noms de ces derniers aussi fort et clair que le sien. Il s’est vu dépasser dans la montée de la Chaux par les fusées de la Swiss Team (Florent Troillet, Martin Anthamatten, Yannick Ecœur) en route vers un fantastique record (5 h 52) entre Zermatt et Verbier.

«Mal au coeur»

Surtout, Didier Défago, dont la modestie n’est pas la moindre des qualités, a accepté cette situation avec enthousiasme. En cette nuit du 24 avril (il est parti d’Arolla à 4 h 30), il n’était qu’un montagnard comme des milliers d’autres, aux prises avec les limites de leur corps. Humbles, courageux, déterminés.

Un montagnard qui a souffert. A l’arrivée, il a jeté ses bâtons par terre dans un geste de libération qu’il a rarement sur le cirque blanc. Il s’est avancé vers ses proches sur la ligne d’arrivée, sa femme Sabine, sa mère Evelyne, sa fille Alexane, et il a éclaté en sanglots. «Cela nous a fait tout bizarre et un peu mal au cœur de le voir comme cela», reconnaît Sabine, malicieuse, elle pourtant si habituée à trembler quand il se lance sur les toboggans du monde. «Il ne s’était pas énormément préparé, mais il a un tel fond physique que je ne me faisais pas trop de souci», ajoute-t-elle. Elle fut donc tout étonnée de le retrouver en larmes à Verbier, répétant dans les micros tendus qu’il savait «que cela allait être dur», mais qu’il n’aurait jamais pensé «qu’on puisse autant se faire mal».

Cette Patrouille, il en avait envie depuis longtemps. L’été dernier, à vélo avec son frère, l’idée s’est insinuée entre pédaleurs et petites routes du Valais. «Je ne crois pas l’avoir forcé, sourit Daniel, de deux ans et demi son cadet, qui l’avait déjà courue deux fois, mais quand j’ai décidé de ne m’aligner que dans la petite Patrouille (27 km), à cause de ma profession d’informaticien, Didier a dit banco. Je l’ai pris au mot.»

Un bon grand frère

Il y avait dans cette décision autre chose qu’une envie de kilomètres et de peau de phoque ou un goût prononcé pour les barres énergétiques. Il y avait leur profonde relation à eux, Didier et Daniel. Si le destin ne s’en était pas mêlé, ils auraient dû lutter ensemble au plus haut niveau du ski alpin. «Daniel était même plus fort», assure Victor, le père, toujours prêt à piqueter un slalom pour ses garçons au petit matin dans les hauts pâturages de Morgins.

Daniel, le benjamin, le slalomeur, se préparait à une carrière étincelante jusqu’à cette course de décembre 2002 où il se brisa le genou, déchirure des ligaments internes avec fracture du tibia de la jambe droite. Le jour même où Didier gagnait sa première course de Coupe du monde, un super-G à Val Gardena. Daniel n’est jamais revenu, il s’est retiré en 2004. Didier a appris là que les coups du sort arrivent, parfois. «Ensuite, il a été le meilleur grand frère dont on puisse rêver, présent, génial», dit Daniel.

«Je suis convaincu que toutes ces images vont rester gravées en moi»
Didier Défago, champion olympique

A la Patrouille, ce fut au tour du petit frère d’épauler le grand. Dans la montée de la Chaux, Didier a accusé de méchants maux d’estomac. Crampes, grosses douleurs, etc. Daniel a porté son sac, lui a dit que le plus dur était accompli, qu’ils avaient le temps, que le chronomètre n’avait aucune importance. Avec Christian Perrin, le troisième membre de la patrouille, ils ont épousé le rythme de celui qui peinait. Répétant en cela ce que des milliers d’autres patrouilles appliquent. Respecter le plus faible, s’écouter les uns les autres, avancer ensemble malgré tout.

Au sommet de ce col de douleur, il y avait leur immuable papa, Victor. Accompagné du parrain de Didier, il avait sauté dans la télécabine de Médran à 5 heures du matin et gravi au pas de charge la sèche montée vers cette crête. Le contact entre père et fils a duré une à deux minutes. Peu de mots échangés, mais assez pour comprendre que Didier, plié en deux, allait mal. Il le connaît si bien. Puis il a chaussé ses lattes vite fait et descendu ventre à terre jusqu’à Verbier, pour vérifier que Didier y était arrivé.

Bien sûr que Didier était arrivé. «C’était tout à fait mon Didier, volontaire. Il n’a jamais perdu son calme», dit Daniel. Le courage d’abord. Oubliés, les flonflons des victoires, les médailles, le cash. La montagne avait accouché d’une histoire d’hommes, avec une inquiétude fondamentale. Arriver au bout, coûte que coûte.

Sur la ligne d’arrivée, leur mère Evelyne les attendait avec impatience. «C’est très prenant, ce que je vis. Voir mes deux fistons surgir, main dans la main. D’autant que Daniel a exactement 30 ans aujourd’hui. Je me revois à l’hôpital de Monthey, il y a trente ans. Comment imaginer qu’ils seraient là-haut aujourd’hui. C’est une grande complicité qui continue entre eux.»

Tout en répondant aux mille signes d’amitié des autres patrouilleurs, Défago n’a eu que cette phrase: «On vit dans un bien joli pays.» Et puis: «Toutes ces images vont rester gravées.»

Sa femme le regardait d’un air énigmatique. Elle voyait poindre un petit paradis au nom charmant après tant de semaines de fureur: vacances.
 



Tags: Patrouille des Glaciers, reportage, panoramiques, Didier Défago, Arolla, Verbier


 

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