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SOINS PALLIATIFS
«ON SE SENT ABANDONNÉS»
Les parents du jeune Colin ont choisi de garder leur fils à la maison pour rendre ses derniers jours plus sereins. Mais l’AI refuse de rembourser les gardes à domicile, indispensables pour soulager cette famille. Ils témoignent, en espérant que d’autres parents ne vivront plus la même aberration.

Par Muriel Jarp - Mis en ligne le 30.08.2011

Colin farfouille dans sa poche. De sa main valide, il sort son harmonica et souffle quelques notes. «C’est incroyable! chuchote son père, ému. Je croyais que je ne l’entendrais plus jamais jouer.» Michel marque un silence. «Et dire que cette nuit il a failli mourir. Le médecin ne pensait pas que Colin serait encore là ce matin.» La veille, son fils a soudain eu de l’eau plein les poumons. Depuis toujours, il fait de la rétention d’eau et des oedèmes, l’une des nombreuses conséquences de sa maladie. L’enfant de 12 ans et demi est atteint d’une tumeur cérébrale. Aujourd’hui, il est en soins palliatifs, tout espoir de guérison s’est tari. Ses parents ont fait le choix de le garder avec eux, dans leur petite maison de Prêles, commune du Jura bernois, plutôt que de le laisser mourir à l’hôpital. «Là-bas, il devenait complètement déprimé. Et puis, nous, on fait quoi? On reste assis à côté de lui sur une chaise en plastique, à regarder les autres enfants qui partagent la chambre souffrir eux aussi?» se demande Christine, la mère.

RIGIDITÉ DE L’AI

Michel et Christine confient avoir tenté de se préparer à ce qu’ils vivent ces jours. «On en a souvent parlé, on savait que cela allait arriver. Mais… on ne peut pas être prêt à ça.» Le seul choix qu’ils avaient encore, c’est de rendre la fin de Colin la plus digne possible. Un choix remis en cause par les assurances. C’est pour cela qu’ils témoignent aujourd’hui. L’AI, qui a pris Colin en charge depuis le début, reconnaissant une maladie congénitale, refuse en revanche de payer les gardes à domicile. «Pour cela, il faudrait qu’il soit reconnu impotent», s’indigne le père, regardant son fils, petit corps tout malingre flottant dans sa chaise roulante. Il est paralysé du côté droit, ne voit plus et balbutie avec peine quelques mots, la faute aux tumeurs, qui bougent et compressent des zones du cerveau. «Il ne peut plus se déplacer seul depuis avril. Et l’AI qui me dit qu’ils doivent réexaminer son cas en janvier pour éventuellement le déclarer impotent… Mais en janvier il ne sera plus là.»

 

«Qu’est-ce qui lui reste comme vie? Si seulement il pouvait partir avec dignité»
Michel, papa de Colin

 

Ce qui choque encore plus les parents, ce sont les coûts. «Si nous remettons Colin à l’hôpital, là, tout est pris en charge, soit plusieurs milliers de francs par jour.» Pour les quelques soins à domicile indispensables, «cela revient seulement à quelques milliers de francs par mois, tout compris», explique le père, la perplexité l’emportant sur la colère. «Vous y comprenez quelque chose?» Seul réconfort, et même de taille pour cette famille, la solidarité «magnifique» qui s’est développée dans Prêles et aux alentours depuis que leur histoire s’est propagée. «C’est vrai, il y a de belles choses. Des gens qui ont le cœur à l’endroit», sourit Michel. Cela permettra de régler une partie des factures des soins. Jusqu’à présent, ni la physio ni les infirmières à domicile n’ont pu être payées.

POURQUOI NOUS?

Une situation ubuesque qui ne vient pas à bout de ces parents. Michel et Christine le reconnaissent, ils ont de la chance d’être un couple «sur la même longueur d’onde», ce qui facilite les décisions essentielles qu’ils ont dû prendre pour leur enfant. Ils s’autorisent même un peu d’humour, racontant que, pour les vacances, «il fallait d’abord trouver où il y avait un hôpital, ensuite on choisissait l’hôtel». Ils osent évoquer ces pensées extrêmes qui traversent parfois l’esprit, que l’on évacue en allant taper dans un tronc d’arbre. Confient aussi que la question «pourquoi nous?» n’a cessé de les harceler depuis le jour où ils ont vu «cinq ou six médecins débarquer, l’air sombre, dans la salle d’attente». Leur fils avait régulièrement des crises d’épilepsie. Lorsqu’il a subi un IRM à l’âge de 1 an et demi, le verdict a été sans appel. «Là, on se dit pourquoi nous? Cette question, elle, ne s’en ira jamais.»

FAMILLE AMPUTÉE

Attablé à la cuisine, le cadet, Maxime, avale une tranche de viande séchée en bavardant avec sa grand-mère. Le petit garçon de 8 ans rit encore, pas peu fier du tour de magie à l’élastique qu’il vient de montrer. On pourrait croire que tout est serein chez les Grandjean. Appuyé contre la cuisinière, Michel échange quelques mots avec l’infirmière, qui soigne les escarres de Colin. «Ça peut paraître choquant, mais ce serait mieux pour lui qu’il parte au plus vite», avoue ce père. La phrase donne le vertige. Se retrouver en tant que parent à souhaiter la mort de son enfant. Comment trouver la force de surmonter cela? «Parce que c’est notre enfant, justement», répond Christine. «Là, il est emprisonné dans ce corps tout handicapé. Qu’estce qui lui reste comme vie? Si seulement il pouvait partir avec sa dignité…» complète le papa. Avec tendresse, il se remémore ces moments où la petite tête blonde skiait encore, un sport adoré lors des quelques années de rémission que lui a accordées sa maladie. Difficile à croire en voyant ce corps tout caoutchouc. L’enfant a perdu 10 kilos depuis juin. De rares instants de joie dans une vie de famille amputée, où tout se transforme en parcours du combattant. La vie sociale qui se complique lorsqu’il faut trop souvent annuler des invitations au dernier moment. La difficulté de trouver une école qui accepte Colin. Et, malgré tous leurs efforts, le petit frère qui va mal, qui devient trop nerveux. «C’est normal, vous imaginez la pression. Maxime voit qu’on ne fait que s’occuper de Colin.»

MALADRESSES QUI BLESSENT

Puis il y a aussi les petites douleurs au quotidien. Celles qui leur sont infligées en plus, gratuitement. Par ignorance peutêtre. Comme cette dame qui leur a dit un jour qu’ils étaient encore jeunes, qu’ils pourraient «en refaire un». Ou ce père qui râle devant Michel: il devait se lever à 3 heures du matin pour amener sa fille au ski. «Là, j’ai dit à sa fille: «Ne t’en fais pas, je t’amène.» Parce que juste là, j’aimerais bien devoir me lever à 3 heures du matin pour amener mon enfant au sport.»

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Tags: Jura bernois, Prêles, Colin, Maxime, Michel, Christine, AI, garde à domicile, cancer, tumeur cérébrale, cerveau Aller en haut de page Haut de page

 

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gindrat, le 20.10.2011 à 15:11

Depuis que l'on a supprimé les commissions de recours en matiére d'AVS et d'AI,telles qu'elles existaient dans les années 70-80 dans le canton de Neuchâtel, les cas ne sont plus examinés par des personnes recrutées dans les différents milieux sociaux du canton mais à de frois juristes qui ne quittent pas leurs sièges et leur codes. D'où certaines injustices flagrantes.

Janick, le 02.09.2011 à 14:26

Incroyable une telle histoire aujourd'hui en Suisse !Qui a le pouvoir de changer ces règles aussi stupides et injustes. Personne n'est à l'abri d'un tel drame. Colin a de la chance d'avoir des parents comme vous.On pense très fort à lui,à son frère et à vous tous qui êtes à ses côtés.

Séléné, le 30.08.2011 à 18:27

J'ai été particulièrement touchée par l'histoire de cette famille. Je leur envoie tout mon soutient et leur souhaite plein de courage pour affronter la suite! Nous avons aussi failli perdre notre fils, mais heureusement nous sommes sortis d'affaire. Les maladresses sont très penibles a vivre, une fois ajoutées aux problèmes du quotidien. C'est à croire que les gens ne comprennent pas!

oceane, le 29.08.2011 à 23:29

Etant dans la souffrance latente depuis 25ans, par le biais d'une situation similaire,face a la maladie irreversible , qui tue mon fils a petit feu,je connais bien ce genre de souffrance qu'endurent les parents de Colin.En ce quelques mots, j'aimerais leur assurer de tout mon soutien et mon admiration , face a leur courage exemplaire.Quant a L'AI, je n'aie qu'une pensée:HONTE A EUX¨!

Papa, le 28.08.2011 à 13:23

Les choses vont vite et que les réactions sont virulentes. Merci à la personne qui a mis notre N° Iban, manque le N° de compte 25-11011-1 Juste pour l'histoire, nous avons reçu un non de l'AI pour réviser le dossier. Lundi notre avocat (bénévole) va poser un recours auprès du tribunal admin. du canton de BE. Nous avons été contactés par la RSR et passerons mardi 22h00 à la Ligne de cœur

L'illustré, le 28.08.2011 à 10:14

Cher(e)s ami(e)s internautes Merci pour vos nombreuses réactions sur notre site, ainsi sur la page Facebook de L'illustré! Après vérification auprès des parents de Colin, le compte bancaire est bien authentique (pas de méfiance à avoir, donc!). Il manquait en revanche le n° de compte. Le voici: 25-11011-1 Le webmaster de L'illustré

Aidez-les !, le 27.08.2011 à 17:36

Pour répondre à Annick et aux personnes qui souhaitent aider la famille Grandjean, voici leurs coordonnées : Banque Raiffeisen de Chasseral 2534 Orvin, en faveur de: CH13 8005 1000 0021 4174 7 Christine et Michel Grandjean, Route de Diesse 3, 2515 Prêles

candice, le 27.08.2011 à 15:46

C'est malheureusement le reflet de la Suisse, l'AI et l'hospice général donnent sans compter au profiteurs et bien malheureusement du détriment de gens qui souffrent vraiment. Honte à la Suisse et à ses institutions dépasées et usées.

Mat, le 27.08.2011 à 15:14

Bonjour la famille,je suis si émue par ce message. Je fais parti de l'arfec,ass. romande de famille d'enfants atteints d'un cancer, antenne de FR ,car mon fils a aussi eu un cancer, mais chaque histoire et chaque vie avec un enfant malade est différente et là votre parcourt me bouleverse.Je m'appelle Marie 079/321.74.03,si vous avez envi de parler ou de conseil de notre ass,hésité pas

poupette, le 26.08.2011 à 19:54

Les assurances préfèrent garder leurs sous pour entretenir des drogués qui, eux, ont choisi leur facilité de vie !!!!!!!!!C'est bien triste pour cette famille qui a d'autres soucis que de se démener avec les assurances... Vive la Suisse. Toutes mes pensées à cette famille.

Irina, le 26.08.2011 à 16:03

Aucun mot ne sera assez fort pour soulager vos peines et douleurs. Votre histoire m'a mis les larmes aux yeux et retourné le coeur. C'est si injuste ! Tous ces profiteurs de l'AI se la coule douce et vous qui êtes dans le besoin ne recevez rien. Sincères pensées pour vous dans ces moments qui sont tout sauf agréables à vivre :/

Mylene, le 24.08.2011 à 23:06

Parce qu'il n'existe aucun mot pour vous soulager, parce qu'il n'existe personne pour soulager votre peine. Juste beaucoup de force et d'amour en pensant à vous. Suis infirmière et habite le village voisin. Si je peux vous venir en aide pour quoi que ce soit, je suis là.

chainehumaine, le 24.08.2011 à 14:41

...L'AI une institution qui fait son travail à l'envers! Dans mon quartier.. plusieurs personnes essayent de se mettre à l'AI,en venant d'ailleurs elles pensent que tout leur est du! Je connais une dame qui garde 3 de ces petits enfants à plein temps, et qui touche l'AI. je suis écoeurée également... ça donne envie de pleurer pour tant d'injustice.

Annick, le 24.08.2011 à 13:16

Cet article m'a émue, touchée....tant de personnes profitent de l'AI alors qu'ils peuvent encore vivre, respirer, rire, s'amuser.. et même travailler.. et là on abandonne une famille, un enfant qui va s'en aller..Je voudrais pouvoir aider cette famille.... au moins leur faire parvenir un petit quelque chose qui pourrait les aider à subvenir aux besoins de Colin... comment faire?

erables, le 24.08.2011 à 12:21

incroyablement injuste, inhumain, il n'y a pas de mots pour décrire la décision de l'AI. Alors que je croise tous les jours des personnes...au bénéfice de cette dernière...qui elles pourraient travailler...suis trés choquée.....mon admiration aux parents pour cette décision empreinte d'amour...il n'y pas plus dur pour des parents d'être impuissant devant la maladie d'un enfant.

chainehumaine, le 24.08.2011 à 11:10

Un monde meilleur,une chaîne de solidarité autour de votre petit garçon, aider, soutenir accompagner aussi mais dans l'unique esprit de donner pour mieux recevoir et aimer son prochain. Sans argent, ni paperasse juste son coeur à offrir à votre enfant pour le temps qui reste avec chaleur et amour pour que son âme puisse s'épanouir un jour dans la paix... plein de courage à sa famille.

Luc, le 24.08.2011 à 10:08

N'y a-t-il donc pas d'etres HUMAINS au sein de l'AI? Honte à eux!

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