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ABBA: «JE NE SUIS QU’UN PAPY POPSTAR»
Bavarder avec Björn Ulvaeus, l’un des deux B du groupe mythique ABBA, est chose rare. A 65 ans, le compositeur suédois coule des jours tranquilles en famille. Pour le retour de la comédie musicale «Mamma Mia!» le 8 avril à Genève, il a accepté de se raconter.

Par Blaise Calame - Mis en ligne le 23.03.2011

Hôtel Rival, quartier de Södermalm, Stockholm, – 10 °C. Le bâtiment appartient à Benny Andersson, l’un des deux garçons d’ABBA, naguère barbu. A 65 ans, son complice Björn Ulvaeus, le mignon, porte désormais lui aussi la barbe. Tout dans le décor très boule à facettes de cet ancien cinéma renvoie au fameux groupe suédois et à ses tubes: Waterloo, Knowing me Knowing you, Dancing Queen, Take a Chance on Me, Mamma Mia! bien sûr.

Né à Göteborg le 25 avril 1945, Björn a grandi, dès l’âge de 6 ans, à Västervik, «une ville côtière de 25 000 habitants environ», avec sa sœur Eva. Gunnar Ulvaeus, son père, vendait des journaux. Aina, la mère, était femme au foyer. «C’était un milieu idyllique, confie-t-il. J’allais à l’école à pied. Il n’y avait aucune violence.»

Sa trajectoire musicale débute en 1962, lorsqu’il forme avec des potes le groupe folk West Bays Singers, rebaptisé The Hootenanny Singers, vainqueur d’un concours amateur en 1963. Après un an d’uni, il lâche ses études de droit commercial pour se consacrer à l’écriture de chansons.

IL SE VOIT PATRON

Il a le sens de la mélodie, la suite le prouvera. De là à se sentir prédestiné… «Si l’on m’avait interrogé sur mon avenir à l’âge de 18 ans, j’aurais répondu que je pensais devenir ingénieur en génie civil, patron à la rigueur. Le succès, j’en rêvais, mais pas dans le domaine de la musique, trop hasardeux. J’aurais très bien pu devenir quelqu’un d’autre.»

En 1966, en tournée dans le sud de son pays, son groupe croise celui de l’organiste Benny Andersson, les Hep Stars. Les deux B se trouvent. Björn invite Benny à jouer quelques titres des Beatles, qu’ils vénèrent. «Je suis toujours fan des Beatles, avoue-t-il. Si Benny et moi avons commencé d’écrire des chansons, c’est principalement grâce à eux.» A tel point qu’il se trouve gêné lorsqu’on compare son talent de mélodiste à celui du duo Lennon-McCartney: «Les Beatles sont des dieux pour moi.»

Et pourtant même simplicité apparente, même équilibre, même harmonie. Seul le rythme change. La première composition du tandem, Isn’t it easy to say, enregistrée par les Hep Stars, témoigne de leur maturité.

BLONDE ET ROUSSE

Les filles les rejoignent en 1969. Sur un plateau de télévision, Björn tombe fou amoureux d’une jeune chanteuse de 18 ans, Agnetha Fältskog. Benny, lui, se fiance avec la rousse Anni-Frid Lyngstad, surnommée Frida, une choriste âgée de 24 ans rencontrée dans un jeu radiophonique. Il ne l’épousera qu’en 1978. Leur mariage tiendra trois ans… Les garçons enregistrent en 1970 un album intitulé Lycka, sur lequel une seule chanson, Hej gamle man, réunit pour la première fois les quatre futurs membres d’ABBA, qui peut éclore.

Durant une décennie, de 1972 à 1982, avec un premier pic le 6 avril 1974 au concours de l’Eurovision, le quatuor va enchaîner les tubes et faire danser la planète. Droit comme un I dans son costume sur mesure, le regard malicieux, Björn Ulvaeus raconte. En anglais, of course. Le français, il l’a étudié à l’école, «mais ça n’a pas collé». La méthode ABBA, c’était d’abord de la rigueur. «Benny et moi travaillions avec des horaires de bureau. Nous commencions à 10 heures le matin et nous bossions toute la journée, de manière très disciplinée.» De vrais fonctionnaires de la pop, mais amoureux, alardonc inspirés. Ah, l’amour… A l’issue des années 70, le charme au sein du groupe s’est rompu. Dépassés par leur succès, les deux couples se déchirent.

 

«Les Beatles sont des dieux pour moi»
Björn Ulvaeus

 

Tout avait pourtant bien commencé. Après leur mariage, le 6 juillet 1971, événement people de l’année en Suède, Björn et Agnetha font des enfants: Linda (née en 1973) et Christian (1977). Ils divorcent en juillet 1980, sans quitter ABBA. Lui se remarie le 6 janvier 1981 avec Lena Kallersjö, une chroniqueuse musicale, qui lui donnera deux autres enfants: Emma (1982) et Anna (1986). Après un long exil à Londres, le couple a regagné Stockholm.

Sans jamais cesser de composer, Benny et Björn ont réussi dans les affaires. Ils possèdent des dizaines de sociétés, dont une écurie de chevaux. La blonde Agnetha s’est repliée sur Ekerö, une île du lac Mälaren (à 30 km de Stockholm) où, après avoir élevé ses deux enfants et raté son second mariage avec un chirurgien, elle vit désormais recluse.

Quant à Frida – aujourd’hui blonde –, elle a abouti en Suisse, dans le château fribourgeois que possédait son second mari, le prince Heinrich Ruzzo Reuss von Plauen, épousé à l’automne 1992. Ce dernier a succombé à un cancer en 1999, à l’âge de 49 ans. Un an plus tôt, Frida enterrait sa fille Lise-Lotte, victime d’un accident de la route aux Etats-Unis. Si elle chante encore, la princesse, installée à Zermatt, se consacre pour l’essentiel à des œuvres caritatives.

SNOBÉ PAR FRIDA

La Suisse, Björn Ulvaeus se rappelle y avoir passé avec ABBA, «probablement à Zurich», et d’être venu skier à Crans-Montana. Chez Frida? «Je n’y suis jamais allé ou, pour être plus précis, elle ne m’a jamais invité en Suisse», soupire-t-il en souriant. Il ne dira pas «Helvete», qui signifie merde en suédois. Dommage.

Quand on lui fait remarquer qu’il a grand air, il semble surpris qu’on s’en étonne. La presse scandinave a pourtant évoqué chez lui de graves troubles de la mémoire. Il rigole, dénonçant «l’exemple typique des abus de l’internet». Il confirme toutefois «ne plus avoir de souvenirs d’enfance», sans s’en alar mer. La mémoire qui flanche? Tiens, tiens. Aurait-il abusé de la fumette? Il se marre. «J’ai essayé une ou deux fois, dans les années 60, je l’admets, mais jamais ce n’est devenu une habitude.» En Suède, la législation est des plus sévères. Cela tombe bien, Björn Ulvaeus est opposé à toute dépénalisation.

Dans l’esprit du public, suisse notamment, les quatre membres d’ABBA ont pris une retraite anticipée à la dissolution du groupe, fin 1982. Erreur. En réalité, personne n’a vraiment arrêté. Benny et Björn ont misé sur les comédies musicales. D’abord Chess (1983-1988), à Londres, puis Kristina from Duvemala (1990), un récit purement scandinave. «On a passé en coulisses, ce qui explique sans doute qu’on ait cru, hors de notre pays, qu’on était morts!» explique Björn Ulvaeus.

Il n’a jamais remis les pieds sur scène, sinon pour des hommages ou des conférences. Sans regret. «Cela a été très intelligent de notre part de splitter et de ne jamais nous reformer, souligne-t-il. A l’issue de la dernière tournée, nous n’étions plus qu’un groupe de reprises, jouant ses propres tubes.»

Reformer ABBA aujourd’hui et remonter sur scène, à 65 ans, serait un nonsens, selon lui. «Ce serait une déception immense pour le public. Je préfère qu’il se souvienne de nous tels que nous étions. C’est du passé.»

On imagine pourtant que sa notoriété doit encore le poursuivre, à Stockholm. Il corrige: «Non, je vais là où j’en ai envie. On me reconnaît, mais on ne me dérange pas.» Contrairement à son ex-femme Agnetha, qui vit sous protection rapprochée, Björn ne s’est jamais encombré de gardes du corps.

Son idole John Lennon a pourtant fini sous les balles d’un fan. «C’était en Amérique, rétorque-t-il. Ici, je ne me suis jamais senti en danger. Je ne suis qu’un papy popstar.» Un papy insouciant. Et sans arme. «Je n’ai pas de pistolet. D’ailleurs, très sincèrement, je ne saurais pas comment m’y prendre si j’en voulais un.»

La célébrité n’a pas généré de complexes au sein du clan Ulvaeus. «J’ai quatre enfants et aucun d’entre eux n’a la grosse tête», se réjouit Björn, déjà quatre fois grandpère, bientôt cinq. La famille, c’est sa priorité absolue, plus encore depuis que la comédie musicale Mamma Mia!, élaborée à partir de vingt-deux hits d’ABBA, triomphe partout. A Genève, 45 000 spectateurs l’ont déjà vue. «Aucune comédie musicale n’a rencontré un tel succès populaire dans un laps de temps si court», se félicite Björn Ulvaeus, fier. Applaudissements.

 


 

ABBA EN CHIFFRES

375 millions d’albums vendus.

3 millions d’albums écoulés encore chaque année.

160 millions de francs, droits d’auteurs touchés par Björn. Idem pour Benny. 19,2 millions pour Frida, 9,6 millions pour Agnetha.

480 millions de francs, valeur du catalogue ABBA.

45 millions, nombre de spectateurs qui ont vu le show Mamma Mia!

1,3 million de francs, salaire quotidien d’ABBA à l’apogée.

1 milliard de dollars, montant de l’offre soumise au groupe en 1999 pour une reformation. Refus catégorique.

 

 


 

À L’AFFICHE

«MAMMA MIA!» À GENÈVE

La comédie musicale d’ABBA, du 8 au 17 avril à l’Arena, à Genève. Billets en vente dans les réseaux Ticketcorner et Fnac. Renseignements: www.opus-one.ch



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Tags: Abba, Björn Ulvaeus, comédie musicale, «Mamma Mia!», Genève, Arena Aller en haut de page Haut de page

 

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