Au téléphone matinal depuis Bruxelles, l’une des étapes de la tournée européenne qui le conduira à Lausanne, aux Docks, le 4 décembre prochain, la ressemblance est confondante. La même voix basse embrumée et puis le débit calme et posé de celui qui a le goût des mots et veut éviter de dire trop de bêtises. Adam Cohen est né en 1972 des amours de son père et de Suzanne Elrod. Sa mère n’est pas la Suzanne, premier hymne du premier disque de Leonard Cohen; mais elle est la Gypsy Wife de la chanson superbe qu’il écrira au moment de leur séparation (sur Recent Songs en 1979). Avec Lorca, sa soeur de deux ans sa cadette, Adam Cohen grandit entre Montréal et l’île d’Hydra, paradis grec des hippies des années 70… «J’ai vécu une enfance privilégiée dans un milieu quasi bohémien, libéral, créatif; j’étais entouré de gens remplis de charisme et qui menaient leur vie avec énergie et passion… Tout ça m’a donné cette… permission de m’exprimer, de faire carrière en musique. Ensuite, les circonstances de la vie…»
DEVENIR PÈRE
Au divorce de ses parents, Adam suit sa mère qui s’installe en France. «J’ai vécu six ans en Provence et puis six ans à Paris. Des… bons souvenirs.» Le français est parfait, mais les phrases peinent à sortir. Difficile de percer la carapace, la timidité manifeste du personnage, et le secret de ce disque très réussi mais qui ressemble si peu à ses trois premiers essais. Silencieux depuis 2004 et l’album Melancosista chanté en français (y compris un duo sexy avec Virginie Ledoyen), Cohen Junior se défend d’avoir mené depuis une existence oisive de fils à papa. «J’ai écrit pour d’autres artistes, pour la TV, pour la pub, j’ai même composé la BO d’un film porno, j’ai aussi enregistré un disque (jamais sorti) pour Low Millions, mon groupe de rock. Et puis j’ai eu un enfant, je suis enfin devenu papa. En fait, je n’ai jamais été aussi occupé que ces dernières années.» A 39 ans, le chanteur a manifestement gagné en profondeur et en sérénité, comme si le fils de avait enfin sa voie, sa vraie voix. «Avant, il n’y avait pas de conscience, pas d’énergie. C’était juste le fait d’un jeune homme doté d’une certaine ambition, d’un appétit pour le succès. Je pense que j’étais davantage séduit par le showbusiness que par l’art… Avec ce disque, j’essaie de me rattraper un peu.»
FAMILLE RÉCONCILIÉE
Comme avant lui Sean Lennon, Jakob Dylan, Ziggy Marley et tous les fils de légendes, Adam Cohen s’est posé la question de savoir s’il avait «hérité du talent de son père» ou s’il était juste en train de «le parodier d’une manière pathétique». Et puis la réponse est venue, en quelques semaines de studio à Los Angeles, le temps d’enregistrer ce très beau Like a Man avec son titre référence non dissimulée au magnifique I’m Your Man de son père. Dix chansons poétiques et introspectives, drôles et profondément romantiques. «J’ai suivi les règles que l’on m’a données en studio, elles étaient faites pour que le processus soit rapide, sans trop de pensées, que ce soit beaucoup plus une expression de ce que je suis plutôt qu’un exercice de miséricorde. Ce disque a été enregistré avec une joie qui n’existait pas dans mes projets précédents.» La joie d’un homme réconcilié avec son nom de famille et qui a liquidé ses complexes face à un père doté d’une telle aura. «C’est une célébration, un hommage indirect: pour la première fois j’ai le courage de nommer les caractéristiques que je partage avec mon père. J’ai voulu tout mettre dans ce disque.»
"Like a Man", Adam Cohen, Cooking Vinyl, distr. Music Planet.
En concert aux Docks, à Lausanne, le dimanche 4 décembre.