Turban blanc, grosses lunettes, barbe grisonnante. Le visage sévère du numéro deux d’al-Qaida, le chirurgien égyptien Ayman al-Zawahiri, est inconnu du grand public. Si l’homme n’a pas l’aura d’un Oussama Ben Laden, cet intellectuel de 59 ans, théoricien des attaques suicide, est pourtant considéré par de nombreux spécialistes comme le cerveau de l’organisation. «Il était le mentor de Ben Laden, peut-être même le véritable numéro un», confirme Claude Moniquet, président de l’European Strategic Intelligence & Security Center, à Bruxelles.
TORTURÉ EN PRISON
Après la mort du chef d’al-Qaida, c’est en toute logique cet idéologue qui devrait prendre la tête de l’organisation terroriste. «Il possède le bagage théologique et les compétences pour en devenir le chef, ajoute Claude Moniquet. Sa vie personnelle se confond totalement avec l’histoire de l’islamisme radical.» Précoce, c’est à l’âge de 15 ans que ce fils d’une illustre famille du Caire, qu’on dit brillant mais taciturne, crée, dans son école, une cellule clandestine de la confrérie des Frères musulmans. Obnubilé par l’idée de purifier la société musulmane de toute influence occidentale, il fondera ensuite l’organisation radicale du Jihad islamique égyptien. A son mariage, en 1978, ce rigoriste interdira musique et photos. L’un des tournants de la vie d’al-Zawahiri sera l’assassinat du président égyptien Anouar el-Sadate, le 6 octobre 1981. Il est arrêté lors des rafles qui s’ensuivent dans les milieux islamistes. En prison, il sera torturé, brisé.
«Il était le mentor de Ben Laden. Peut-être le véritable numéro un»
Claude Moniquet, spécialiste du terrorisme
A sa sortie, en 1984, le militant a laissé la place à un fanatique. Il part alors en Afghanistan pour combattre l’armée rouge aux côtés des moudjahidin. Dans un camp d’entraînement, il fait la connaissance d’un milliardaire saoudien, un certain Ben Laden. La rencontre sera décisive pour les deux hommes. A la fin de la guerre, on les retrouve lors de la création d’al-Qaida, une organisation dont le but est de poursuivre le jihad, la «guerre sainte», hors des frontières afghanes. Grâce à son charisme et à ses moyens financiers, Ben Laden en devient la figure de proue. Dans l’ombre, al-Zawahiri développe l’idéologie du mouvement. Il sera l’architecte de la radicalisation, le penseur du «Front islamique mondial». Dans les années 90, on retrouve la signature du médecin égyptien derrière plusieurs attentats. Il est considéré comme le responsable du massacre de Louxor, le 17 novembre 1997, où seront tuées 62 personnes, dont 36 touristes suisses. Il serait également impliqué dans les attentats simultanés de Nairobi et de Dar es-Salaam, le 7 août 1998, ainsi que, le 12 octobre 2000, dans l’attaque du destroyer USS Cole, à Aden, au Yémen.
Depuis le 11 septembre 2001, le terroriste se terre. Les Etats-Unis ont mis sa tête à prix: 25 millions de dollars. Le même montant que pour Ben Laden.
«Mais, plus que ce dernier, al-Zawahiri va communiquer au moyen de vidéos et d’enregistrements sonores», relève Dominique Thomas, auteur du livre Les hommes d’al-Qaida. «Membre le plus prolixe de l’organisation, il en est devenu le porte-parole.» Sa dernière intervention, en avril dernier, dénonçant les frappes de l’OTAN sur la Libye, prouve qu’il est toujours en vie. Où est-il caché? Mystère. Pour Dominique Thomas, il ne fait pas de doute que le compagnon de route de Ben Laden va être la figure qui s’imposera dans un premier temps. «Mais arrivera-t-il à long terme à incarner le rôle du fédérateur?» se demande le chercheur français. Al-Qaida est une nébuleuse. Aujourd’hui, les bases les plus actives se trouvent au Sahel et au Yémen. «Si la direction reste sur un plan idéologique, ce sera al-Zawahiri. Si elle prend une dimension plus opérationnelle…»