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ALAIN BERSET
«JE SAIS QUI JE SUIS!»
Depuis le 1er janvier, il est notre ministre de l’Intérieur. Alain Berset a reçu «L’illustré» avant son entrée en fonctions pour évoquer son enfance, sa famille et le parcours politique qui l’a mené au gouvernement.

Par Yan Pauchard - Mis en ligne le 04.01.2012

Alain Berset a donné rendez-vous en face du Palais fédéral, au 5 de la Gurtenstrasse, dans les locaux de la Chancellerie. Fraîchement élu au Conseil fédéral, l’homme y occupe pour quelques jours un bureau provisoire, avant de pouvoir prendre ses quartiers au Département de l’intérieur. Malgré un agenda des plus chargés et de très nombreuses sollicitations, il accordera une interview de près d’une heure. Décontracté, souriant, le socialiste fribourgeois y évoquera son enfance, ses proches, ses passions et son parcours politique.


Quel regard jetterait le petit Alain Berset sur le parcours d’aujourd’hui?

Ce petit garçon s’occupait de plein de choses de son âge, dans son environnement familial. Il ne pensait certainement pas à son parcours futur. Vraiment pas.

A quoi rêvait ce petit garçon?

Petit, mon rêve absolu était de devenir conducteur de locomotive. Puis, en grandissant, deux activités ont pris beaucoup de place dans ma vie: le piano et l’athlétisme. Elles m’ont fait rêver et m’ont suivi au-delà de l’adolescence. D’ailleurs, mes meilleurs temps en course sur 800 mètres, je les ai réalisés entre 24 et 25 ans, avant de devoir m’arrêter à la suite d’une blessure. Et la musique, j’en joue encore. Ces activités ont été davantage que des hobbies: des possibilités de s’ouvrir à différentes choses, de se réaliser.

Au piano, vous avez opté pour le jazz. Pourquoi ce choix?

J’ai d’abord joué beaucoup de classique. Puis j’ai eu besoin de sortir d’un cadre où la créativité est essentiellement liée à l’interprétation. On ne change pas les notes. Pour moi, le jazz, c’était une autre manière d’aborder la musique. Il y a bien sûr une structure, mais elle vous permet d’improviser. Cette possibilité m’a parlé. Ce virage s’est donc fait très naturellement.

Ces activités, comme la course avec vos parents, étaient toujours pratiquées en famille. C’était important pour vous? 

C’était plutôt une évidence. Depuis tout petit, j’étais sur les stades. Je suis d’ailleurs né en avril 1972, le jour d’une course à laquelle mon père participait. Je crois qu’une fois la ligne d’arrivée franchie il a dû continuer de courir jusqu’à la maternité. Mais il n’y avait pas que mes parents. J’ai aussi pratiqué le sport avec mon oncle, Jean-Pierre Berset, qui fut l’un des meilleurs coureurs européens des années 70. Son temps sur 5000 mètres était d’ailleurs proche du record du monde. Sans compter mon cousin, champion suisse du 1500.

Dans la famille, il y a aussi ce grand-papa maternel qui a ému toute la Suisse le jour de votre élection…

Oui, tout le monde m’en parle. Il faut dire qu’il avait de l’allure dans son costume trois pièces et sa cravate rouge. Je ne l’avais jamais vu habillé ainsi.

Syndicaliste, il fut le premier syndic socialiste de la Sarine. Est-ce lui qui vous a donné le goût de la politique?

C’était mon grand-papa. Nous ne parlions pas de politique. Nous allions ensemble, en train, au Musée des transports. Il s’occupait de moi comme n’importe quel grand-père. C’est plus tard que j’ai compris tout ce qu’il m’avait apporté.

Quel rôle a joué dans votre engagement votre mère, Solange Berset, figure du parti socialiste fribourgeois?

Mes choix politiques, je les ai essentiellement faits moi-même. Ce n’est pas la conséquence logique des engagements d’autres membres de ma famille.

On devait bien parler politique à table?

Les questions politiques étaient bien sûr discutées, mais nous parlions de beaucoup d’autres choses. Ce qui m’a peut-être le plus influencé, c’est que je viens d’une famille où l’on s’engage. Dans le sport, par exemple, où nous nous sommes investis dans le soutien à la relève, en organisant notamment des camps pour les jeunes. C’est cet engagement social fort que nous partagions, et il s’est prolongé pour moi en engagement politique.

Ce 14 décembre, quand vous avez entendu votre nom prononcé par le président de l’Assemblée fédérale, quelle a été votre première pensée?

C’est difficile à décrire… En fait, le premier tour fut une grande surprise pour moi. L’écart laissait penser que l’élection pouvait se conclure rapidement. C’est à ce moment-là que j’ai réalisé ce qui était en train de se passer. Ensuite, quand mon nom est prononcé… Il y a la sensation que quelque chose bascule. Tout de suite, j’ai éprouvé ce sentiment de responsabilité, tout en étant heureux de mon élection. Mais surtout, dans l’immédiat, je me suis rappelé que je devais faire une déclaration. Je n’étais pas très au clair quant à la manière dont tout cela allait se dérouler. J’ai donc pris les choses comme elles venaient.

Vous avez l’image d’un surdoué au destin fédéral déjà écrit. Qu’est-ce que cela vous inspire?

J’ai toujours gardé une distance par rapport aux images, aux appréciations extérieures.

Ces images vous agacent-elles?

Oui, parfois, mais elles me font aussi rire ou réfléchir. Et avec le temps qui passe, je m’en détache. J’ai la chance d’avoir des racines profondes, un entourage solide. Je sais qui je suis et comment je fonctionne. La vérité, c’est que je n’aime pas faire les choses à moitié. En musique et en sport, je me suis impliqué complètement et ensuite en politique aussi. Quant à mon parcours… Il est beaucoup moins linéaire qu’il n’y paraît. Il y a eu des étapes, des doutes, des moments difficiles, d’autres plus faciles. Il y a des victoires, mais aussi parfois des échecs.

Qu’avez-vous raté?

Si je pense à mon activité parlementaire, je n’ai de loin pas toujours réussi à obtenir ce que je souhaitais.

Je pensais plutôt: dans votre parcours…

J’ai toujours gardé une certaine flexibilité et une ouverture d’esprit face à ce qui arrivait. Je sais – cela m’a aidé – que je peux faire de la politique, mais que je peux aussi faire autre chose. Je n’ai jamais été tendu avant une échéance en me disant que si cela ne se passait pas bien, ce serait une catastrophe. Et j’avais donc abordé mon élection au Conseil des Etats avec une certaine sérénité. C’était aussi le cas pour l’élection au Conseil fédéral.

Quel est le moment où vous vous êtes dit «Je vais faire une carrière politique»? Est-ce il y a huit ans, lors de votre élection surprise au Conseil des Etats?

Je crois qu’un des éléments particuliers a été mon élection à la Constituante fribourgeoise. Puis il y a bien sûr le passage à Berne. J’y ai mis beaucoup d’énergie. J’ai eu ensuite l’occasion de prendre la présidence du Conseil des Etats. Toutes ces étapes ainsi que d’autres activités que j’ai eues en marge de la politique sont importantes.

Quelle a été l’étape la plus déterminante?

En hiver 2001, j’aurais pu entrer au SECO (ndlr: Secrétariat d’Etat à l’économie) ou embrasser une carrière diplomatique. Finalement, j’ai décidé de rejoindre Neuchâtel pour devenir conseiller de Bernard Soguel (ndlr: conseiller d’Etat chargé de l’Economie). Ce fut un choix très intuitif. Je fonctionne beaucoup à l’intuition. Ce choix de Neuchâtel, je l’ai senti, je l’ai voulu. Avec le recul, c’est peut-être là où tout a basculé. Les deux premières options, des activités au sein de l’administration fédérale, m’auraient certainement éloigné d’une carrière politique.

N’êtes-vous jamais nostalgique de cette période d’insouciance où vous résidiez en Amérique du Sud, gagnant votre vie en jouant du piano dans une cave à jazz?

Je suis très heureux de l’avoir vécue. C’est une période qui m’accompagne encore maintenant. J’aime bien y repenser. Récemment, comme un clin d’œil, un Jurassien rencontré au Brésil et que je n’avais pas revu depuis des années m’a écrit après avoir entendu parler de ma candidature. Cela m’a touché.

Vous avez hérité de l’épineux Département de l’intérieur. N’avez-vous pas peur de devenir impopulaire?

On ne peut pas entrer au Conseil fédéral avec l’intention d’éviter les critiques. J’ai toujours considéré l’action politique comme une chance et une occasion de réaliser des projets et faire bouger certaines choses. Je compte bien poursuivre dans ce sens. Je suis très heureux de pouvoir reprendre ce département qui implique des enjeux concernant directement le quotidien de la population.

Quelle sera votre première priorité?

Je vais prendre le temps d’entrer dans le département, d’en faire l’inventaire, sans a priori. Ensuite je présenterai mes plans et mes projets. Mais on voit bien que le 2e pilier, l’AVS et la santé sont des thèmes très importants pour les prochaines années.

Les attentes sont grandes. Que dites-vous aux familles qui ont des difficultés à faire face à leurs primes maladie?

J’ai conscience que les attentes sont importantes. Il y a certainement un potentiel d’améliorations dans certains domaines, mais laissez-moi prendre possession des dossiers avant de me prononcer.

Quels sont vos vœux pour les Suisses en 2012?

Je souhaite aux Suisses de la force, mais aussi du plaisir, dans leurs activités professionnelles et associatives, ainsi qu’au sein de leurs familles. Que nous continuions à développer les liens qui nous unissent, parce que ce qui fait la force d’une société, d’un pays, c’est le lien entre les membres qui les composent.

 


 

Alain Berset en huit dates

1972 Naissance à Fribourg le 9 avril. Il est le fils de Michel et Solange Berset, respectivement enseignant dans une école professionnelle et libraire de formation. Il passe son enfance à Belfaux.

1991 Maturité classique au collège Sainte-Croix de Fribourg. Il s’offre une année sabbatique pour voyager à travers l’Amérique du Sud, en parti-culier le Brésil.

1996 Licence en sciences politiques à l’Université de Neuchâtel. Suivra un doctorat en sciences économiques en 2005. Il se spécialise dans le développement économique régional et les migrations.

2000 Il siège à la Constituante fribourgeoise. Il devient le chef du groupe socialiste.

2003 Election surprise au Conseil des Etats à 31 ans. Il sera réélu dans un fauteuil en 2007 et en 2011.

2007 Il coécrit avec son ami Christian Levrat un livre-programme, Changer d’ère, où il prône notamment le rapprochement de la gauche et du centre. En décembre, il participe à l’éviction du Conseil fédéral de Christoph Blocher.

2008 Il accède à la présidence du Conseil des Etats. Il est l’un des plus jeunes sénateurs à accéder au perchoir.

2011 Elu au deuxième tour par 126 voix sur 245 par le Parlement, il devient le 115e conseiller fédéral de l’histoire. Il obtient la charge du Département de l’intérieur. Marié à Muriel Zeender, il a trois enfants: Antoine (8 ans), Achille (6 ans) et Apolline (4 ans).



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Tags: Alain Berset, interview, révélations, ministre de l'Intérieur Aller en haut de page Haut de page

 

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