Quelle sorte de princesse sera-t-elle, Charlene Lynette Wittstock? Une Diana d’Angleterre, tourmentée et magnétique? Une Letizia d’Espagne, gracile et apeurée? Une Clotilde de Savoie, artiste et indépendante? Charlene de Monaco va d’abord s’efforcer d’être elle-même, australe et élancée, femme d’eau et de sable, issue de cette partie du monde où les rois et les reines sont zoulous et savent lire les destins dans les cieux.
Elle n’est pas née en Afrique du Sud, mais un jour de 1978 au Zimbabwe, qu’on appelait encore Rhodésie. Son arrière-grand-père avait quitté Hambourg au milieu du XIXe siècle. L’eau, déjà: un de ses ancêtres est un fameux pirate germanique du nom de Störtebeker, le corsaire rouge. Enfant vive et sans complexes, elle grandit dans la nature, aime bouger et explose de vitalité avec ses deux frères cadets.
Elle a 10 ans quand son père Michael, imprimeur de formation, emmène sa famille vers le grand pays voisin, l’Afrique du Sud. Il y fonde une entreprise de fournitures de bureau dans un quartier chic de Johannesburg, Benoni, d’où est aussi originaire l’actrice Charlize Theron.
Loin de Soweto
Enfance bourgeoise, loin des révoltes de Soweto. Elle en sent pourtant le bruissement, les dangers, dans une région où la criminalité provoque une cinquantaine de morts par jour. «Cette violence vient essentiellement du manque d’éducation des enfants qui grandissent dans la rue», estime-t-elle, aujourd’hui installée dans l’un des endroits les plus protégés du monde. Si elle s’engage aussi résolument pour l’enfance déshéritée, cet élan vient des regards éperdus des gosses des suburbs.
Elle connaît Mandela, fait partie du cercle d’amis du champion de tennis Wayne Ferreira, sorte de Boris Becker local. N’a rien d’une rebelle, adopte vite le port altier des gens bien nés. Le directeur de son école, la Tom Newby Primary School, se souvient d’une élève «humble». Il ajoute que «nous avons vite pu déceler son talent. Des signes montraient qu’elle était destinée à accomplir de grandes choses.»
C’est une blonde qui aime l’onde. L’eau. Elle participe à ses premières compétitions de natation à 12 ans, dans son club du Swim SA de Johannesburg. Cela devient sa vie. Président du Comité olympique sud-africain, Gideon Sam se dit aujourd’hui «très heureux pour elle. C’est une personne qui sait se tenir en public.» Il ajoute en aparté que Charlene, sortie des concours, n’arrête pas de faire des blagues.
Sa vie dans les bassins lui plaît tant qu’elle stoppe l’école à 16 ans. Elle sera championne de natation, avec le dos pour spécialité, jusqu’à décrocher une cinquième place aux Jeux de Sydney, en 2000. Elle pratique ce sport de ponctualité et de discipline, répétition de mouvements identiques. Pas mieux pour préparer sa vie de princesse, le respect de l’étiquette, les sentiments à brider si nécessaire. C’est peut-être pour cela qu’elle tombe amoureuse de sportifs. Une star du cricket, un professionnel de rugby. Ils sont grands et musclés, ils ont les traits affirmés de ceux qui se fixent des objectifs. Albert est aussi un sportif. Le bobsleigh n’est pas une plaisanterie. On y joue sa peau entre deux parois dures comme de l’acier.
C’est de cela qu’ils parlent la première fois qu’ils passent du temps ensemble, en 2001, une année après qu’il lui eut remis une médaille d’or lors du meeting de Monaco. Ils discutent de sport. Ce soir-là, il va chercher Charlene dans sa chambre d’hôtel après l’avoir invitée dans l’après-midi. Il l’enjoint à monter dans la Rolls stationnée devant l’entrée. «On s’est assis à l’arrière et on a commencé à parler de sa passion du sport, de natation aussi, raconte-t-elle. Il était charmant, un parfait gentleman.» Parler de sport, quelle aubaine pour cette grande fille qui reconnaît que «en dehors de la piscine, je n’ai aucune vie. Manger, dormir, nager, faire de la gym, c’est à peu près tout.»
Silence glacial
Il avait dû insister pour qu’elle accepte de sortir avec lui. Elle avait hésité, il avait répondu qu’il n’accepterait pas un refus et l’avait suivie jusqu’à sa table, où le reste de l’équipe était en train de manger. «Quand j’ai présenté le prince, il y a eu un silence glacial», se souvient-elle.
La petite Sud-Africaine aux larges épaules se précipite alors avec une copine dans les boutiques de la principauté. «Je ne savais pas comment m’habiller. Je n’avais rien emporté de seyant. J’ai choisi un petit top et une longue jupe.» Petit top, longue jupe: ce qu’avaient dû porter quelques-unes des 200 femmes que l’on vit un jour ou l’autre apparaître au côté du monarque. Parmi elles, Claudia Schiffer, Naomi Campbell, Brooke Shields, Lisa Marie Presley. Qu’avait-elle de plus, Charlene, née à Bulawayo? Elle minaude un peu: «Je crois qu’Albert m’aime parce que je le fais rire.» Cette nuit-là, vers 5 heures du matin, le prince raccompagnera Charlene jusqu’à la porte de sa chambre d’hôtel. Lui laissera son numéro de téléphone, qu’elle égarera.
Depuis, sa vie n’est plus la même. Elle passe du dos au dos-nu et s’applique à ne pas voltiger sur les parquets glissants des salles de bal. Parlant l’anglais, l’afrikaans et des bribes d’allemand, elle découvre le français à Monaco.
Very very important persons
Première apparition officielle aux Jeux de Turin, en 2006, puis le grand chelem des événements monégasques: le GP de formule 1, le Bal de la Rose, le tournoi de tennis. Vivant dans la Principauté depuis 2006, patiente comme une nageuse de 800 mètres, elle s’assombrit à peine, quand un deuxième enfant illégitime est reconnu au prince quinquagénaire. Elle ne crée aucun scandale et délaisse les piscines, officiellement pour des problèmes d’épaule. On annonce ses fiançailles dix fois, sans suite.
Au début du mois, ils se rendent tous deux à la Coupe du monde, en Afrique du Sud. Etiquetés very very important persons, ils visitent un township. Est-ce là qu’Albert se décide, observant sa promise chez elle, rayonnante? Peu après, elle apparaît à son bras aux somptueuses épousailles de Suède. Elle ne peut pas s’asseoir à la table officielle de 32 mètres mais elle est bien là, sur les photos.
C’est Albert lui-même qui empoigne son téléphone pour demander la main de Charlene à son futur beau-père. Celui-ci raconte: «Il m’a appelé juste avant le match des Bafana Bafana, pour que je donne ma bénédiction. J’ai fait vite, je ne voulais pas rater le coup d’envoi...» Il accepte donc. Avec une fortune personnelle estimée à 2 milliards d’euros, Albert II est un beau parti. Charlene va régner sur les 200 hectares richement achalandés de ce drôle de rocher poli et glamour. Une nageuse, endurante, sans vagues.
Princesse de la sobriété
Charlene s’est peu à peu forgé un style: glam’-chic.
L’annonce officielle des fiançailles monégasques a fait l’effet d’une mini-bombe sur la planète mode. Avec une question centrale: quelle robe Charlene portera-t-elle le jour de son mariage? Les spéculations vont bon train. Un créateur sort du lot: Giorgio Armani. Présente à ses défilés comme aux ouvertures de ses boutiques, Charlene Wittstock accorde sa confiance au couturier italien pour la plupart de ses apparitions officielles. A moins qu’elle ne veuille faire un clin d’œil à ses racines en choisissant un autre de ses stylistes fétiches, Terrence Bray, talentueux Sud-Africain dont la spécialité est... les robes de mariée.
Car l’ex-nageuse a du goût. Si elle pouvait paraître effacée lors de ses premières apparitions publiques au bras d’Albert, la belle blonde a pris de l’assurance. Au fil des mois, elle a trouvé son style. Rien à voir avec Caroline qui incarne l’élégance à la française ni avec Stéphanie qui collectionne les fautes de goût. Charlene opte pour une allure sobre et glamour. Des robes unies souvent longues; des décolletés mettant en avant ses larges épaules; très peu de bijoux. Côté maquillage, elle ose le regard charbonneux, mais n’insiste jamais sur la bouche. C’est avec ses cheveux qu’elle s’amuse le plus. Crêpés, ondulés, carré cranté. Une fantaisie bienvenue chez cette femme à qui l’on peut reprocher un manque d’originalité pour ses 32 ans, mais qui compense par une classe naturelle.
«Elle n’ira pas au front»
L’horloger suisse Yves Piaget est un ami du couple. Il voit le mariage, fixé pour l’été 2011, comme la suite du conte de fées de Monaco.
Comment vivez-vous cette nouvelle?
Je l’ai vécue en direct, car je suis la plupart du temps à Monaco et je me considère comme Monégasque à part entière. Tous les habitants attendaient cette annonce. On le sent dans les rues, dans les réactions. Pendant ces quatre années d’amour et de complicité avec le prince, Charlene a su s’attirer la sympathie. Mais cette période n’a pas été simple pour elle. Elle a su se montrer discrète, faire profil bas. Comme Albert ne se décidait pas, le protocole l’a souvent reléguée à l’arrière-plan.
Vous qui la connaissez, comment la décririez-vous?
Je la connais bien, en effet. J’ai participé à beaucoup d’événements avec elle et le prince Albert, qui est un ami. Il m’est inconfortable de parler d’elle, mais je dirai qu’elle est une fille toute simple issue d’un milieu bourgeois d’Afrique du Sud. Elle est sincère, discrète, nature. Elle n’a pas le vernis d’une princesse qui va au front. Elle ne sera pas une princesse pour la vitrine. Elle sera précieuse dans le soutien qu’elle apportera au prince, qui est quelqu’un d’exceptionnellement généreux et ouvert. Il a besoin de quelqu’un quand il termine ses fonctions, qui sont lourdes et nombreuses. Le prince peut compter sur sa sœur Caroline pour aller à la bagarre.
Peut-on la comparer à la princesse Grace?
Je n’aime pas comparer, ce serait idiot. Il s’agit de deux personnages totalement différents. Celui qui a le plus hérité de Grace, celui qui lui ressemble le plus, c’est Albert.
Irez-vous au mariage?
J’y serai. Il est prévu pour l’été 2011. Cette nouvelle aidera à faire traverser certaines crises, que traversent tous les pays du monde. Ce mariage va perpétuer le conte de fées de Monaco, qui est plus que jamais incarné par Albert II et ses sœurs. Oui, on va de nouveau pavoiser à Monaco!