LA PREUVE DU SCANDALE
Oui, le cycliste Alexandre Vinokourov avait bien acheté sa victoire lors de Liège-Bastogne-Liège 2010. Mais l’Union cycliste internationale refuse d’enquêter. Les faits sont pourtant là: «L’illustré» publie la preuve du versement de 100 000 euros au Russe Kolobnev le 12 juillet 2010 sur un compte à Locarno.

Par Arnaud Bédat - Mis en ligne le 04.07.2012

Le Tour de France 2012, qui s’est élancé samedi dernier à Liège, compte au moins un tricheur avéré dans ses rangs: le dossard numéro 189. Le 6 décembre dernier, L’illustré révélait comment le Kazakh Alexandre Vinokourov, leader de l’équipe Astana, avait acheté sa victoire lors de la classique Liège-Bastogne-Liège 2010, et publiait notamment des e-mails échangés avec son compagnon d’échappée, le Russe Alexandr Kolobnev, qui ne laissait planer aucun doute: il s’était arrangé pour ne pas être dérangé durant le sprint final en lui proposant un montant important contre la promesse de lever le pied dans les derniers 500 mètres.

Nous sommes aujourd’hui en mesure de publier la dernière preuve manquante: la copie du versement de 100 000 euros (virement AA4849135) envoyé par Vinokourov le 12 juillet 2010 depuis son compte du Crédit foncier de Monaco sur celui de la BSI à Locarno appartenant à Alexandr Kolobnev. Mais les choses ne s’arrêtent pas là: le 28 décembre 2010, Vinokourov fait parvenir un second versement à son ami Kolobnev de 50 000 euros (virement AA5537304)…

AUCUNE ENQUÊTE

D’après nos informations, le parquet de la province de Liège pourrait ouvrir prochainement une enquête pour éclaircir les circonstances exactes dans lesquelles Alexandre Vinokourov a acquis sa victoire sur son sol le 26 avril 2010 lors de la 96e édition de Liège-Bastogne-Liège.

A la suite de la parution de nos premières révélations, qui ont eu un très fort retentissement dans le monde de la petite reine, l’Union cycliste internationale (UCI) évoquait son désir «d’établir clairement les faits» par le biais d’un communiqué et demandait à notre magazine de lui «fournir tous les éléments en sa possession qui permettraient d’établir le déroulement réel des faits». Mais en janvier dernier, l’UCI faisait savoir, laconiquement, qu’aucune sanction ne serait prise contre Vinokourov. Ont-ils au moins mené un commencement d’enquête? Ont-ils interrogé les deux protagonistes liés à cette affaire? Rien n’est moins sûr. «Nous avons demandé au magazine suisse qu’il nous fournisse les preuves de ses allégations mais la seule réponse que nous avons reçue était qu’il ne pouvait pas révéler ses sources. Donc, nous n’avons pas la moindre chance d’aller plus loin dans cette affaire», expliquait alors le porte-parole Enrico Carpani. Tout l’art d’accommoder les choses à sa façon: l’UCI s’est naturellement heurtée à notre refus de communiquer nos sources (ce qui n’apporterait d’ailleurs rien au dossier), mais l’organisation internationale a bien reçu copie de l’échange intégral d’e-mails entre Vinokourov et Kolobnev en notre possession – les deux coureurs n’ont d’ailleurs jamais contesté l’authenticité de ces courriels. Mais les lois du sport ne sont apparemment pas celles du commun des mortels...

 

«J’ai aussi des preuves que c’est un tricheur»
Natalya Kivilev, veuve du coureur Andreï Kivilev

 

Le jour même de la parution de notre article, Alexandre Vinokourov ripostait également et diffusait sans attendre un communiqué annonçant qu’il portait plainte contre notre magazine. Simple effet d’annonce? Six mois plus tard, nous n’avons toujours rien vu venir… «Je ne peux accepter ces ragots sur mon compte, disait alors Vinokourov, suspendu deux ans pour dopage après un contrôle positif sur le Tour de France 2007, derrière cette affaire, il y a certainement des gens qui veulent ma peau...»

VEUVE EN COLÈRE

Mais d’autres langues se délient aujourd’hui sur le système Vinokourov. Une femme sort de l’ombre. Elle s’appelle Natalya Kivilev, c’est la veuve du coureur Andreï Kivilev, mort le 12 mars 2003 à la suite d’une violente chute lors de Paris-Nice, alors qu’il tentait d’ajuster son oreillette – une tragédie qui avait poussé ensuite l’UCI à rendre le casque obligatoire sur toutes les courses cyclistes professionnelles. Le Kazakh Andreï Kivilev, 4e du Tour de France 2001, était un proche et un ami d’Alexandre Vinokourov, qui était aussi le parrain de son fils. Ils étaient quasiment voisins sur la Côte d’Azur et les deux familles se côtoyaient régulièrement. Natalya Kivilev est aujourd’hui une femme en colère contre ceux qui ont profité de son malheur. Elle dit depuis avoir subi beaucoup d’humiliations. «Aujourd’hui, témoigne-t-elle, j’ai décidé de dire la vérité et de libérer mon âme. Depuis la mort de mon mari, Vinokourov s’approprie sa mémoire, utilise son nom. J’ai des preuves qu’il est bel et bien un tricheur. Lors de Paris-Nice 2003, par exemple, je sais notamment qu’il a profité du décès de mon mari en payant 3000 euros aux coureurs pour le laisser gagner, prétextant qu’il voulait dédier sa victoire à Andreï!» Mais elle n’en dira pas plus pour l’heure. Elle vient d’écrire un livre qu’elle s’apprête à publier où elle en révélera davantage encore, notamment sur les confidences que lui faisait son mari sur son ami Vinokourov. Mais sans doute pas encore suffisantes pour que l’UCI se décide enfin à mener l’enquête…