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LE MYSTÈRE AMANDA KNOX
LE DIABLE A-T-IL LES YEUX BLEUS?
Condamnée pour avoir poignardé sa colocataire à l’issue d’un jeu sexuel, l’Américaine Amanda Knox a été libérée par la cour d’assises d’appel de Pérouse, en Italie. Renversement de situation et polémique, alors que seuls ses compatriotes la croient innocente. Récit d’un meurtre sordide.

Par ERIC JOZSEF - Mis en ligne le 17.10.2011

Immobilisée, frappée, sans doute violée puis sauvagement assassinée à l’aide d’un couteau de cuisine. La jeune Anglaise Meredith Kercher, qui était venue poursuivre ses brillantes études dans la délicieuse cité médiévale de Pérouse, en Ombrie, est morte durant la nuit du 1er au 2 novembre 2007 dans des conditions atroces. Vidée de son sang. Au terme d’une longue agonie. Quatre ans après les faits, c’est la seule certitude qui demeure autour de l’un des plus sordides faits divers de ces dernières années en Italie. Amanda Knox, la belle et énigmatique colocataire, condamnée en première instance à vingt-six ans de réclusion pour avoir tué Meredith parce qu’elle aurait refusé de participer à un jeu érotique, a en effet été remise en liberté. Par un spectaculaire renversement de situation, elle a été acquittée par la cour d’assises d’appel le 3 octobre dernier. Et cela malgré une série d’éléments à charge, de contradictions et de soupçons. A peine le verdict d’appel connu, Amanda est immédiatement repartie à Seattle, dans sa ville natale, où elle a été accueillie en «innocente victime» d’une justice italienne qui aurait été initialement expéditive et incompétente.

«QUI A TUÉ NOTRE FILLE?»

Désormais, des propositions de contrats millionnaires l’attendent pour raconter son expérience et ses quatre ans dans le pénitencier pour femmes de Pérouse à travers des entretiens, des livres et des films. «Je vais reprendre possession de ma vie», lancet- elle dans un sourire éclatant que ses détracteurs qualifient de «diabolique». De l’autre côté de l’Atlantique, dans la banlieue de Leeds, les parents de Meredith Kercher se refusent à jouer la surenchère et à alimenter la polémique. Mais ils continuent de questionner simplement: «Qui a tué notre fille?»

 

«On est face à des jeunes gens plutôt aisés qui sont à Pérouse pour étudier, mais qui se droguent et se livrent à des orgies»
Franco Ferrarotti, sociologue

 

Jolie brune de 21 ans, Mez – comme la surnommaient ses amis – était arrivée en Italie dans le cadre du programme européen Erasmus. Elle partageait une petite maison avec trois étudiantes rencontrées par hasard, dont la blonde américaine Amanda, d’un an sa cadette. Les deux filles n’étaient pas spécialement liées. Pas ennemies non plus. Mais Meredith était studieuse, sportive, même si elle fumait de temps en temps des joints. Sa vie sentimentale était des plus tranquilles. Tout le contraire, sur ce plan, d’Amanda, très libre sexuellement et qui, avec son sac rempli de préservatifs et de sex-toys, collectionnait les aventures et les amants. Fin octobre 2007, elle jette son dévolu sur Raffaele Sollecito, un fils de bonne famille venu du sud de l’Italie finir ses études d’ingénieur à Pérouse. Pusillanime, il est littéralement envoûté par la personnalité complexe d’Amanda, à la fois effrontée et candide. Une sorte de femmeenfant qui fera ensuite dire à un avocat adverse qu’elle possède une «âme à double face», d’un côté «angélique, bonne, pleine de compassion, presque une sainte» et de l’autre un caractère «démoniaque et satanique qui la pousse à des comportements extrêmes, limites».

VIOLENCE INOUÏE

Entendue par les policiers au lendemain de la découverte du corps martyrisé de Meredith, Amanda prétend dans un premier temps qu’elle a passé la nuit chez Raffaele. Puis elle change de version, admet qu’elle a bel et bien passé la soirée chez elle et soutient qu’elle a perçu des cris dans la chambre de Mez. Rapidement, elle accuse un jeune Congolais, Patrick Lumumba, d’avoir rejoint sa colocataire britannique dans sa chambre. Responsable d’un pub employant occasionnellement Amanda, celui-ci est immédiatement appréhendé, devenant aux yeux des médias et de l’opinion publique le violeur et le meurtrier de Meredith. Au passage, Amanda jette aussi le soupçon sur son fiancé: «Après dîner, j’ai remarqué du sang sur les mains de Raffaele, mais j’ai eu l’impression qu’il provenait du poisson.» Et d’ajouter: «Il prenait de la cocaïne et des acides. Il souffre de dépression.» Reste que le récit d’Amanda ne colle pas. Un couteau de cuisine avec ses empreintes sur le manche et des traces d’ADN de Meredith sur la pointe est retrouvé, en partie nettoyé à l’eau de Javel, au domicile de Sollecito. Surtout, Patrick Lumumba a un alibi. Il n’est pas le meurtrier de Meredith.

Des traces d’ADN à partir d’un cheveu retrouvé dans la main de la petite Anglaise vont orienter les enquêteurs sur une autre piste, celle de Rudy Guédé, un jeune Italien d’origine ivoirienne, connu par les services de police pour de petits trafics de drogue. Ses empreintes sont retrouvées sur l’oreiller de Meredith. Il est à son tour arrêté alors qu’il avait fui en Allemagne. Dès lors, l’accusation change définitivement de nature sous l’oeil des caméras et l’appétit du public qui se passionne pour cet homicide d’une violence inouïe, avec en toile de fond la photographie d’une jeunesse en proie à la drogue et à la recherche d’aventures sexuelles extrêmes. Selon le parquet, Rudy Guédé, Amanda et Raffaele, sous l’emprise de stupéfiants, auraient en effet voulu forcer Mez à participer à un jeu érotique qui aurait mal tourné. «Il ne s’agit pas d’un délit passionnel, d’un drame de la jalousie ou d’un meurtre dans le cadre d’un vol», analyse alors le sociologue Franco Ferrarotti, qui poursuit, pour expliquer la fascination morbide de l’opinion pour cette histoire: «On est face à des jeunes gens plutôt aisés qui sont à Pérouse pour étudier, mais qui se droguent et se livrent à des orgies. Tout cela dans une ville tranquille et franciscaine comme Pérouse.» En attendant, le petit dealer parle. Rudy Guédé reconnaît avoir été présent «en compagnie d’Amanda et de Raffaele» le soir du meurtre. Il admet la tentative de viol. Il charge en revanche les deux amants pour le crime proprement dit. C’est Amanda qui aurait porté le coup fatal comme semblent le confirmer les traces sur le couteau de cuisine. Le 4 décembre 2009, en première instance, Rudy écope de seize ans de réclusion, Raffaele et Amanda respectivement de vingt-cinq et vingt-six ans.

«CHASSE AUX SORCIÈRES»

Dès lors, l’affaire s’emballe aussi à l’extérieur du tribunal. La presse américaine se mobilise pour dénoncer une enquête bâclée et surtout une «chasse aux sorcières» contre la belle Amanda. Des comités se forment. La chaîne CBS fait son enquête et soutient que les premières déclarations d’Amanda Knox ont été extorquées par la violence et que celle-ci n’était pas assistée d’un avocat. Le crime devient une affaire d’Etat. Barack Obama est alerté afin qu’il fasse pression sur l’Italie. Les médias britanniques ne sont pas en reste pour, à l’inverse, réclamer justice pour Meredith à la veille du procès en appel. Le coup de théâtre judiciaire intervient finalement en juillet 2011. Les avocats d’Amanda et de Raffaele obtiennent de présenter les résultats d’une contre-expertise de spécialistes indépendants: il s’avère que la police scientifique n’a pas pris les précautions d’hygiène élémentaires pour recueillir les empreintes et les traces d’ADN. Rien ne permettrait plus d’assurer par exemple que Sollecito a tenu le soutiengorge de Mez entre ses mains. Quant aux présumées traces de sang de cette dernière sur la pointe de l’arme du crime, le fameux couteau de cuisine, il s’agirait en fait d’amidon...

L’expertise a finalement convaincu les jurés d’appel à acquitter les deux anciens amants. Amanda a uniquement été condamnée à trois ans de réclusion pour calomnie à l’encontre de Patrick Lumumba. Au bout du compte, Rudy Guédé, qui a confessé sa participation, est le seul à rester en prison, alimentant un sentiment de malaise dans la presse transalpine et auprès de la foule des curieux qui étaient présents à la sortie de la cour d’appel de Pérouse et qui ont hurlé «Honte!» à l’adresse des juges à l’issue du verdict. «Il a été reconnu coupable de complicité de meurtre, mais on ne sait plus complice de qui», notent en substance ses avocats. Tandis qu’aux Etats-Unis on salue la fin d’une incroyable «erreur judiciaire», le premier ministre anglais David Cameron a regretté que les parents de Meredith «n’aient plus de réponse sur ce qui s’est passé» le 1er novembre 2007. Leurs avocats pourraient se pourvoir en cassation. Mais il est pratiquement acquis que, même en cas d’une nouvelle et hypothétique condamnation, la mystérieuse Amanda au regard d’azur ne sera jamais extradée.



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Tags: Amanda Knox, Meredith Kercher, Etats-Unis, Italie, jeu sexuel, crime, meurtre Aller en haut de page Haut de page

 

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