L’ARGENT FAIT SON BONHEUR
Satisfaction. Battu en finale du tournoi olympique de tennis par Andy Murray, Roger Federer préfère se réjouir d’avoir apporté une médaille d’argent à la Suisse après l’or de Pékin.

Par Laurent Favre - Mis en ligne le 07.08.2012

«I am at the Swiss House. It’s all red. You must come now, Federer is coming!» (Je suis à la Maison suisse. C’est tout rouge. Tu dois venir maintenant, Federer arrive!) Il n’est pas très poli d’écouter les conversations téléphoniques, mais c’est instructif et évocateur. Et puis, avec ce vacarme, la jeune Anglaise est obligée de crier dans son portable… C’est dimanche soir, passé 22 heures, près du London Bridge et un millier de personnes au bas mot se pressent sur Cathedral Square dans une ambiance de désalpe (les cloches, l’odeur de raclette et de bratwurst) et de concert rock entremêlés.

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Ce n’est pas la deuxième médaille du camp suisse que l’on fête, après sept jours et sept nuits de disette olympique, mais Federer. Roger que l’on vient voir, photographier, peut-être toucher. On attendait des larmes, de joie ou de tristesse, elles ne vinrent jamais, Roger afficha un sourire radieux tout au long de la nuit. «Je peux être déçu cinq minutes ou cinq ans; j’ai choisi la version courte», expliqua-t-il, sans doute sérieux derrière l’apparente boutade. Observant la scène, l’ancien capitaine de Coupe Davis Claudio Mezzadri ne doute pas de sa sincérité. «Dans un tournoi normal, Roger aurait été déçu de perdre en finale, c’est clair. Mais là, il jouait pour son pays. Je le connais bien et je peux vous dire qu’il est très fier d’apporter une médaille à la Suisse.»

Méfiant envers les photographes, Roger Federer fut en revanche d’une disponibilité totale pour la presse suisse – au point de presque rater le départ du 100 m –, les supporters et les chasseurs d’autographes, ou tout ce qui portait un drapeau à croix blanche ou une casquette rouge. Ce n’est pas une découverte mais, tout de même, à chaque fois un étonnement de constater combien Federer est attaché à son pays d’origine. Il faut s’imaginer que le Bâlois est une star planétaire, aussi connu et apprécié que Nelson Mandela ou Barack Obama. A Londres, tous, de la cuisinière thaïlandaise de King’s Cross à l’épicier pakistanais de West Ham en passant par la bénévole du Kent, l’étudiant d’Eton ou le touriste descendu de Newcastle, vous parlent de Federer sitôt votre nationalité annoncée. La relation fonctionne dans les deux sens. Eloigné du village olympique par la force des choses (Wimbledon se trouve à une bonne heure de route, sans compter les bouchons), le numéro un mondial était impatient de croiser d’autres athlètes. «J’étais un peu seul au tennis. A Pékin, nous étions tous ensemble et c’était vraiment génial.»

FAIM DE RENCONTRES

Rassasié par les petits plats d’Anton Mosimann, le cuisinier suisse des stars anglaises, Roger Federer put surtout assouvir enfin sa boulimie de rencontres. Les volleyeurs Sascha Heyer et Sébastien Chevallier, le judoka Ludovic Chammartin, et même la patineuse Sarah Meier étaient là parmi d’autres pour le rencontrer. Une belle soirée pour tous. Roger oubliera plus facilement le rude après-midi que lui aura fait passer Andy Murray. La victoire de l’Ecossais se dessina très vite. «Tout le monde attendait une rencontre serrée, mais Roger était à plat», observe l’ancien commentateur de la BBC John Barrett.

Ce tournoi olympique à Wimbledon, dont il rêvait depuis des années, n’était peut-être pas une si bonne idée que ça. Car ce Wimbledon paré du décorum olympique n’était pas celui qu’il connaissait. Des matchs plus courts, des couleurs plus criardes, un public plus bruyant et partisan. «It’s always Wimbledon, Roger!» cria un spectateur alors que le Suisse cédait neuf jeux de suite. Etait-ce vraiment Wimbledon? Pas sûr. «J’ai mis du temps à m’habituer, concéda le Bâlois. Au premier tour, je manque de perdre à cause de ça. J’ai dû aussi m’accrocher en demi-finale pour assurer la médaille. Après ces deux matchs, j’ai versé quelques larmes. Emotionnellement, je n’étais plus en état de lutter contre un excellent Murray en finale.»

Puisque à quelque chose malheur est bon, il faut se réjouir de cette défaite qui nous offrira peut-être le plaisir de voir encore Roger Federer, qui a fêté ses 31 ans ce mercredi 8 août, sur les courts olympiques de Rio dans quatre ans.