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EXPOSITION
L’INVENTION D'ANDY WARHOL
En quelque 70 toiles et dessins, le musée de Bâle revient sur les premières années d’Andy Warhol en artiste libre. Quatre ans seulement, mais qui vont totalement révolutionner l’art et sa diffusion.

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 10.09.2010

En 1960, Andy Warhol a 32 ans. Il est un illustrateur réputé; ses dessins de chats, de chaussures, de papillons comblent ses clients publicitaires. C’est à ce moment-là, en quelques mois, qu’il fait subir à son art une métamorphose spectaculaire et totalement imprévisible. Le moment extraordinaire où un créateur décide de se consacrer à une activité artistique totalement libre.

Dessinateur raffiné, réputé pour ses dessins truculents, l’artiste se met ainsi à peindre en empruntant ses modèles à des images déjà existantes. Comme Roy Lichtenstein, il emprunte aux comics, la BD populaire américaine. Il agrandit Dick Tracy, fait décoller Superman, s’amuse avec Popeye. A la publicité, il emprunte les images les plus triviales, comme celles qui illustrent les miracles de la chirurgie plastique ou du développement des abdominaux. Il a saisi le charme obsédant des images rabâchées et celui plus fort encore des objets familiers. Certaines huiles des années 60 montrent à la fois un objet-catalogue (poste de télévision, réfrigérateur) et un remplissage abstrait à grands coups de pinceaux. Pourtant, Warhol ne cède jamais vraiment à l’expressionnisme abstrait, l’art de Pollock, de Rothko, de Willem de Koonig, qui détient alors les faveurs des faiseurs de mode.

ET L’ART FUT POP

N’importe quel Américain des années 60 (le succès dure toujours) était capable de repérer une boîte de soupe Campbell’s dans un supermarché. Mais aucun d’entre eux n’avait eu l’idée de la peindre de face et d’en faire une œuvre d’art. Warhol oui. Il reprenait ainsi à la société de consommation un petit bout de ce qu’il lui avait apporté en tant que graphiste, il modernisait aussi d’un grand coup l’art toujours un peu figé de la nature morte. Les fabricants de posters ont reproduit par milliers sa boîte en majesté. A y regarder de plus près, les boîtes abîmées, déformées sont beaucoup plus intrigantes, comme celle ci-dessus, dont l’étiquette déchirée donne à voir les marbrures du métal et rappelle qu’ici-bas même les conserves sont mortelles. Et puis Warhol n’arrête pas là la révolution qu’il a mise en branle. Et, comme toute révolution, la sienne passe par les outils de production. «Maintenant, j’utilise la sérigraphie. Je pense que quelqu’un d’autre devrait pouvoir faire toutes mes peintures à ma place.» En se passionnant pour la sérigraphie, Warhol bouscule aussi la «valeur» des œuvres d’art, les siennes devenant reproductibles à l’infini ou presque. C’est l’époque aussi des Do It Yourself où, comme dans les livres d’enfants, chacun est susceptible d’achever le tableau en appliquant les couleurs selon les numéros… En 1964, Warhol est riche et célèbre. Il inventera encore la Factory, le Velvet Underground, des films formidables, le plus chic des magazines, mais il ne retrouvera jamais jusqu’à sa mort, en 1987, l’insolente assurance d’un jeune artiste.

Andy Warhol, The Early Sixties. Musée des Beaux-Arts, Bâle. Jusqu’au 23 janvier 2011.

www.kunstmuseumbasel.ch



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Tags: exposition, Bâle, Andy Warhol, art Aller en haut de page Haut de page

 

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