Imaginez. Vous êtes en train de prendre l’apéritif sur votre terrasse et vous voyez débouler, trottinant, un petit blaireau qui vient se coucher à vos pieds! L’aventure paraît incroyable, l’animal étant un grand méfiant, pas très facile à observer dans la nature. Mais elle est bien arrivée à une famille des hauts de Vevey, le 18 avril dernier. Et le lendemain, Joey a fait son entrée au zoo la Garenne.
JOEY SE PREND POUR UN CHAT
«D’après son poids, 2,1 kg, elle devait avoir à peu près 1 mois», estime Paolo Schwab, chef d’exploitation du zoo. «Elle était en bonne santé, mais le garde-faune nous l’a amenée à cause de son comportement. Normalement, un petit de son âge reste au terrier près de sa mère, qui l’allaite jusque vers 3 mois. Sa mère est-elle décédée? Une personne l’a-t-elle prise à la maison pour la biberonner? En tout cas, Joey est très familière avec les humains.» Aujourd’hui, Joey n’a toujours pas compris qu’elle est un blaireau. Eux sont nocturnes, elle, vit le jour. Installée à la station de soins du zoo, la petite protégée de Paolo Schwab a été nourrie au biberon avec du lait pour chiot, avant de passer au régime omnivore qui est celui de ces mustélidés. Dans la nature, tout leur est bon: les lombrics, dont un seul blaireau peut avaler jusqu’à 100 kilos par an, les rongeurs, les œufs d’oiseaux, les insectes, les champignons, les fruits, les graines... Même un nid de guêpes de temps à autre ne leur fait pas peur. En trois mois, Joey a grimpé à 10 kilos, son poids d’adulte – qui devrait friser les 16 kilos quand elle fera ses réserves de graisse pour sa période de léthargie hivernale. Mais elle reste accro aux humains. «Dès qu’elle perd le soigneur des yeux, c’est elle qui revient au contact. Elle est joueuse comme un chat. Si on s’accroupit près d’elle, elle nous mordille la main et elle va se mettre sur le dos pour avoir des papouilles. On a beau lui dire «non», c’est un mot qu’elle ne comprend pas.»
DEVIENDRA-T-ELLE UN BLAIREAU?
Relâcher Joey dans la nature n’est donc pas envisageable pour l’instant. Le zoo lui a installé un parc où elle pourra se creuser un terrier labyrinthique, comme ceux qui ont miné la digue du Rhône dans le Chablais, et apprendre à chercher sa nourriture, qui sera dissimulée à cette fin. «Si elle s’en sort bien dans le parc, si elle arrive à se détacher un peu de l’homme, ou alors si elle change en atteignant sa maturité sexuelle, vers 2 ans, peut-être pourrons-nous la remettre en liberté», espère Paolo Schwab. Sinon, Joey devra demeurer au zoo.
Zoo la Garenne, Le Vaud, ouvert tous les jours, l’été de 9 à 18 h, l’hiver de 9 h à 17 h 30. Entrée: adultes, 10 fr.; enfants de 5 à 15 ans, 5 fr. www.lagarenne.ch