Le Tramway du sud-ouest lausannois (TSOL), aujourd’hui devenu le M1, a célébré ses 20 ans le 24 mai et Gribouille était de la fête. La petite tigresse a été l’agent très spécial du TSOL durant quinze ans et, même si elle ne travaille plus depuis 2007, elle figure toujours au budget à raison de 100 francs par mois. «A l’époque, raconte Christophe Riedo, mécanicienélectricien du métro ouest, on avait douze rames numérotées de 201 à 212; Gribouille portait au cou une médaille gravée du numéro 213!» Sa mission? Traquer les souris qui infestaient le dépôt d’Ecublens. L’idée de faire appel à des pros venait d’Albert Comte. En juillet 1992, cet ancien du TSOL amenait donc deux chatons, Gribouille et son frère, lequel s’empressait de déserter. Christophe Riedo travaillait alors au Lausanne-Ouchy. Il n’a fait la connaissance de Gribouille qu’en 2000, à son arrivée à l’atelier d’Ecublens. «Je suis hyperallergique aux chats, mais j’en ai toujours eu. Quand je prenais Gribouille sur les genoux, c’était l’horreur, yeux rouges, larmoiements, éternuements. Mais, depuis qu’elle est chez moi, j’ai dû me dire que je voulais que ça aille, en tout cas je n’ai plus eu de problèmes. Elle dort même avec ma femme, Karine, et moi.»
UN PEU D'ARTHROSE
Au dépôt, Gribouille avait la cote. Les conducteurs lui glissaient un morceau de jambon de leur sandwich, la secrétaire garnissait sa gamelle, le sous-directeur, Pierre-Alain Guignet, emmenait ailleurs ses visiteurs si la chatte faisait la sieste sur son bureau. «Quand on arrivait, le matin, il y avait toujours deux ou trois rates de souris et de mulots posées devant la porte et elle était assise à côté, toute fière», se souvient Christophe Riedo. Et puis, en 2007, le mécano remarque que la chatte se néglige. «Elle avait le poil terne, le derrière sale, elle faisait ses besoins dans l’entrepôt. On parlait d’euthanasie. Alors, avec l’accord de ma femme, j’ai profité d’une pause de midi pour la prendre et la ramener chez nous, sans rien dire à personne. Et ça a été incroyable: à peine arrivée, elle a passé au moins trois heures à se pomponner et s’est intégrée directement.» A 19 ans, bien sûr, Gribouille a un peu d’arthrose – mais pas assez pour l’empêcher de sauter sur la table du balcon pour voler du saumon. Elle est sourde aussi, mais pas aux demandes de câlins, trois heures de papouilles par jour ne lui font pas peur. Et, malgré son grand âge, elle est tout à fait capable de voler dans le poil du matou de la famille, Plume. Enfin, la sédentaire qui a passé quinze ans à Ecublens, est devenue une globe-trotter. France, Allemagne, Espagne, Pays-Bas, les Riedo emmènent leurs chats partout, hop dans le panier et en voiture sur le siège arrière, entre les enfants.
«Gribouille fait vraiment partie de la famille. Elle nous a amené tellement d’amour, de réconfort, que ma femme me dit toujours: «Pourquoi est-ce qu’on ne l’a pas prise avant?» En tout cas, nous avons décidé de ne plus avoir que des vieux chats; il y en a tellement à la SPA.»