«Les chevaux aident les hommes, les hommes aident les chevaux», tel est le credo de la Fondation pour le cheval, qui héberge 170 équidés âgés dans ses trois homes des Franches-Montagnes.
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Mireille Monnier - Mis en ligne le 20.07.2011
Ils sont là, 60 chevaux paissant au milieu des sapins du Jura, crinière au vent, paisibles sous les nuages qui s’amoncellent. Viçoso, le vieux lusitanien, avance, entouré des dames de son harem sous l’œil attentif de Leo, l’ancien sauteur, qui se rêve chef à la place du chef. Royan, l’ex-bête de concours, colle aux basques de son nouveau copain Cynar, qui n’en demandait pas tant. Cacao veille sur Famous, la ponette à la triste vie. Iltschi porte avec fierté les 36 ans qui font de lui le doyen du troupeau. On est à Maison Rouge, tout près du village des Bois, et si ce n’est pas le paradis des chevaux, ça y ressemble.
Au commencement était l’indignation. Hans Schwarz, journaliste, écrivain et cavalier passionné, refusait que des chevaux qui avaient servi l’homme pendant une quinzaine d’années en soient remerciés par un aller simple à la boucherie. Le Bernois en fit un des combats de sa vie et, en 1958, grâce au soutien de mécènes et d’amis, il achetait la ferme du Roselet, près des Breuleux, et la transformait en home pour chevaux âgés.
Pas avant 18 ans
Cinquante-trois ans plus tard, le Roselet a fait des petits. Le Jeanbrenin, ouvert il y a vingt-cinq ans près de Tramelan, et Maison Rouge, belle propriété de 57 hectares, il y a douze ans. Réunis par la Fondation pour le cheval, ces trois homes abritent aujour-d’hui 170 pensionnaires, surtout des chevaux, mais aussi des ânes et des poneys qui ont bien mérité leur retraite. «Nous sommes toujours complets et la liste d’attente est longue, comme dans un EMS», plaisante Béatrice Michel, responsable des chevaux au sein du conseil de la fondation.
La vie en troupeau
Pas besoin d’être riche pour prétendre au paradis équin. Si l’animal a encore un propriétaire et que celui-ci en a les moyens, il lui en coûtera 200 francs par mois. Sinon, la fondation est soutenue par 35000 donateurs, offre des parrainages, publie chaque automne un nouveau recueil d’histoires de ses pensionnaires illustré par de superbes photos et a ouvert un restaurant pour recevoir ses visiteurs aux stations du Roselet et de Maison Rouge. En fait, la seule condition pour fouler le paradis du sabot, c’est l’âge: interdit aux moins de 18 ans, sauf exception. Ce qui laisse une belle tranche de retraite à savourer, puisque l’espérance de vie du cheval est de 30 à 35 ans.
«Certains boitent un peu, leur robe est plus terne, mais ils ont une joie de vivre communicative; pour les visiteurs, c’est une belle leçon de vie. Et puis, quand ça ne va plus, selon le choix du propriétaire, on fait venir le vétérinaire ou le boucher ici pour qu’ils ne soient pas stressés», témoigne Yves Lambert, palefrenier responsable à Maison Rouge.
Tu m’aides, je t’aide
Mais pour l’instant c’est la belle vie. Si chacun a son box, les chevaux vivent beaucoup dehors, hiver comme été. Au départ, chacun doit apprendre à vivre en troupeau, d’abord sous la houlette d’un ancien, et puis on trouve sa place, ses copains. Et à chaque nouveau venu, des liens se défont, d’autres se créent. «Après quelque temps, même si un cheval a été battu, il devient calme et gentil; tous comprennent qu’ici ils sont en sécurité. Ils retournent à la nature, à leur monde.»
«Les chevaux aident les hommes, les hommes aident les chevaux.» Pour boucler la boucle de sa philosophie, la Fondation pour le cheval a un petit élevage de franches-montagnes dans lequel elle choisit chaque année un poulain pour le former à l’équithérapie et l’offrir, à l’âge de 3-4 ans, à une association qui travaille avec des handicapés. L’homme aide la fondation, la fondation aide l’homme. _
Fondation pour le cheval, Le Roselet, Le Jeanbrenin, Maison Rouge, visites gratuites tous les jours de 7 à 19 h, animations pour enfants sur réservation. Renseignements: 032 959 18 90, www.philippos.ch/fr