Zoo de Zurich, janvier 2011. Coto pénètre, tout fringant, dans l’enclos nuptial. Elena file se réfugier dans le coin le plus éloigné. Pas découragé, le puissant mâle s’avance. La belle fait alors volte-face et c’est la bagarre. Rugissements, morsures, coups de pattes. La tigresse est mordue au ventre et à la tête, une blessure potentiellement grave chez le tigre.
«Heureusement, Elena s’est remise de ses blessures. Mais nous ne comprenions pas son comportement. Au zoo de Munich, dont elle vient, elle était calme. Ici, elle s’est montrée anxieuse et agressive dès son arrivée, le 18 mai 2010. Durant sa quarantaine, elle grognait et montrait les dents à notre approche.
Quand nous l’avons transférée dans un enclos, elle essayait de déchirer le grillage. Sa soigneuse a passé des heures à lui parler, à lui donner de la viande pour gagner sa confiance, mais rien!» raconte Robert Zingg, curateur du zoo.
TROIS JOURS D’APPROCHE
Et puis le miracle. Après la rencontre ratée avec Coto, l’équipe installe Elena dans un nouvel enclos, tout en haut du parc des tigres, et le comportement de la tigresse change du tout au tout. «De là-haut, elle pouvait tout surveiller, c’est peut-être ce qui l’a mise en confiance», suppose Robert Zingg. Aux nouvelles chaleurs d’Elena, en février, une deuxième rencontre est organisée. Mais, les tigres étant des animaux solitaires, pas question de brûler les étapes. Il a fallu trois jours jusqu’à ce que Coto et Elena, se rapprochant petit à petit, finissent pas se retrouver nez à nez au-dessus d’une racine. Et, là, Coto a eu intérêt à être rapide pour éviter le coup de patte que sa belle lui destinait à la fin de chaque accouplement!
UN BÉBÉ MEURT
Une centaine de jours plus tard, dimanche 15 mai, Elena mettait au monde sa première portée: quatre bébés. «Un est mort la première nuit, explique M. Zingg. Le jeudi, on a décidé d’aller le chercher, mais on ne l’a pas trouvé.» En regardant les images de la webcam, l’équipe découvre alors qu’Elena a fini par manger ce petit qui ne voulait pas revenir à la vie malgré les coups de pattes qu’elle lui donnait. Dur! Mais la tigresse a agi d’instinct: un petit mort représente un risque sanitaire pour les autres bébés et son corps peut attirer des prédateurs.
COTO LA BONNE PÂTE
Dans la nature, il n’est pas rare d’ailleurs qu’un bébé tigre soit dévoré, vivant, par un mâle soucieux d’éliminer la possible progéniture d’un rival. C’est pourquoi Coto a été tenu à l’écart des petits jusqu’ici, même s’il est très gentil, très tranquille, très joueur et grand ratatineur de ballons en plastique dur. La rencontre avec ses petits, Lailek, le garçon, Luva et Liska, les filles, devrait avoir lieu en août ou en septembre. Il les a déjà vus et sentis à travers un grillage et s’est montré très amical, leur adressant le pfrou, pfrou, qui veut dire «je t’aime bien» en langage tigre.
LE PLUS GRAND FÉLIN
En attendant, c’est maman Elena qui s’y colle et la tigresse rencontre Elena n’est pas commode: tout ce monde qui se presse au berceau de ses bébés, ça la dérange. D’autant que ces chenapans, aujourd’hui âgés de 2 mois, saisissent la moindre occasion pour s’évader du box, rosser les branches basses du sapin le plus proche, faire du toboggan sur le talus, s’attraper la queue et jouer à chat. Quelle vie! Lailek, Luva et Liska boivent encore le lait de leur mère, qui les allaitera jusque vers 6 mois, mais ils ont déjà commencé à prendre de la nourriture solide. Ils grandissent vite. A 2 mois, Lailek fait un peu plus de 8 kilos, contre 1,5 à la naissance! Dans une année et demie environ, ils partiront vers d’autres zoos, choisis par le Programme européen d’élevage pour préserver la variabilité génétique de cette magnifique espèce. Le plus grand des tigres et de tous les félins est en voie d’extinction: il ne reste plus que 400 à 500 tigres de Sibérie dans la nature!
Vidéos et informations: www.zoo.ch