Passé les portes du sas qui ouvre sur le Jungle Trek, une vague de chaleur humide vous arrache à la campagne de Chiètres pour vous déposer tout transpirant au cœur de l’Amérique centrale. Même faune, même végétation, on se balade dans le modèle réduit de la réserve de Shipstern, 11 000 hectares de zone protégée par le Papiliorama, au Bélize.
C’est là qu’à mi-juin le tronc creux qui sert de nichoir aux toucans arc-en-ciel se met à résonner de petits cris. Les deux œufs de Touki, 17 ans, et de sa compagne, Severina, 11 ans, ont éclos.
28 ANS SANS NAISSANCE
Caspar Bijleveld, directeur du Papiliorama, n’ose se réjouir d’emblée. «Touki et Severina ont eu un oisillon l’an passé, mais il n’avait pas survécu, et la dernière fois que des toucans arc-en-ciel se sont reproduits en captivité, à Wuppertal, en Allemagne, remonte à 1983!» Pas question pourtant de se substituer à la nature pour garantir la survie des petits. «Nous avons juste poussé les protéines dans leur nourriture et ajouté des boulettes contenant du thé tannique et un médicament homéopathique.»
ALERTE, BÉBÉ ÉGARÉ
Ces oiseaux grimpeurs sont en effet sujets à l’hémochromatose. Cette maladie, qui fait s’accumuler le fer dans le foie, a été leur principale cause de mortalité en captivité, jusqu’à ce qu’on découvre le truc des toucans sauvages pour s’en protéger. «Ils boivent dans les creux d’arbres ou les étangs pleins de feuilles, où l’eau est chargée en tanins qui capturent le fer avant qu’il n’entre dans le système digestif.»
A mi-juillet enfin, le premier des oisillons montre le bout de son bec… et stresse tout le Papiliorama. «Il était là tout seul, au bord du sentier qu’empruntent les visiteurs, apparemment incapable de voler», raconte Caspar Bijleveld. «On l’a mis sur une branche, en sécurité, mais il a fallu attendre trois heures avant que les parents ne viennent s’en occuper.»
Aujourd’hui, ces fripons, dont on ignore encore le sexe, s’amusent à faire courir d’un bout à l’autre du Jungle Trek ceux qui veulent les voir de près.
UN BEC QUI TROMPE
Si les couleurs éclatantes de leurs parents sont encore pastel chez eux, ils sont déjà forts en bec: celui-ci fait un tiers de leur taille! A l’âge adulte, malgré son aspect massif, le bec ne pèse que 20 g sur les 400 du corps au total.
C’est le matin et en fin d’aprèsmidi, quand ces omnivores se nourrissent, que vous aurez le plus de chances de les observer en activité. Sinon, aux heures de la sieste, un toucan n’est qu’une boule de plumes queue en l’air.
J’Y VAIS
Papiliorama, 3210 Chiètres, tél. 031 756 04 51, www.papiliorama.ch Horaire: été, de 9 à 18 h; hiver, de 10 à 17 h. Prix: adultes, 18 fr.; enfants, de 4 à 15 ans, 9 fr.