LA ROMANDE QUI SE JOUE DES MOTS
Anne Moser, candidate du jeu «Télé la question» sur RTS Un, en est à sa huitantième victoire. Passionnée de lecture, cette Romande de 47 ans sidère par sa rapidité et sa culture générale. Portrait d’une femme timide, qui va devoir quitter le plateau parce qu’elle gagne trop.

Par Anne-Florence Pasquier - Mis en ligne le 13.03.2012

Sa main sur le buzzeur, les yeux rivés sur la phrase mystère, Anne Moser est d’attaque. Prête à dégainer les réponses plus vite que son ombre. Elle met KO son adversaire, alors désarmé, dès la première manche. La candidate du jeu Télé la question, sur RTS Un, ne laisse aucune chance à quiconque ose la défier. C’est tout juste si le présentateur, Philippe Robin, a le temps de poser les questions qu’elle résout déjà l’anagramme du mot caché et devine les lettres manquantes de la phrase mystère.

Sa prestation est bluffante. Et c’est ainsi, quotidiennement à 17 h 40, depuis le 9 novembre dernier. Ce jour où elle détrôna le champion du moment, Yann et ses 33 victoires. La championne, elle, en comptabilise désormais 80, empochant au passage le joli pactole de 30 000 francs. Un record jamais vu pour le jeu télévisé, entamé l’automne passé, qui teste la culture générale des concurrents.

Et justement, celle d’Anne est si vaste qu’elle a de quoi interloquer les 48 000 téléspectateurs toujours plus fidèles au rendez-vous. Car la Genevoise, assistante de direction et mère de deux enfants, est devenue une énigme à elle toute seule. On a envie de gratter, de savoir qui se cache derrière cette candidate invincible.

À «QUESTIONS POUR UN CHAMPION»

«Je suis une grande timide», glisse-t-elle discrètement. Assise dans son canapé rouge, souriante, elle reste réservée, puis écoute attentivement nos questions. Une qualité certainement héritée des années d’entraînement à suivre Questions pour un champion. Anne en est une fan inconditionnelle depuis 1988. D’ailleurs, l’émission ne tardera pas à déclencher chez elle la fièvre des jeux télévisés.

 

«Je ne fais rien de spécial pour gagner. Mais j’adore lire»
Anne Moser

 

C’est compter sans les encouragements de son mari, qui la pousse, pour la première fois, à se présenter sur le plateau télé du jeu-culte français. Deux mois plus tard, la si craintive Anne se voit déjà sélectionnée à Paris. «La veille, je n’ai rien dormi, rien mangé», se souvient-elle. Ce qui ne l’empêche pas de remporter trois parties d’affilée, un résultat que semble regretter la compétitrice d’aujourd’hui: «C’était très difficile d’aller plus loin. Au moins, c’était la bonne école pour apprendre à buzzer.»

Forte de cette expérience, Anne n’hésitera donc pas à s’inscrire à Télé la question, là où, depuis six mois, elle règne sans partage. Elle devient alors une petite star locale dans sa commune, le Grand-Saconnex. Le garagiste la reconnaît à la pompe à essence. «Les gens m’arrêtent, me félicitent quand je fais mes courses», s’étonnet- elle. Quant à ses collègues de la Haute Ecole de santé de Champel, ils lui demandent parfois son aide pour corriger des fautes d’orthographe ou s’ils doutent du sens d’un mot.

ELLE SAIT TOUT

Anne intrigue. Son côté Madame Je-Sais-Tout en devient presque agaçant. D’autant plus qu’elle ne sait dire d’où lui vient toute sa culture générale. Un cadeau tombé du ciel? «Non, mais je lis beaucoup. Je ne peux pas m’endormir sans avoir lu quelques passage d’un bouquin», avoue la lectrice invétérée de Paul Auster et d’Arto Paasilinna, un auteur finlandais déjanté. Parfois, elle s’y plonge pour deux ou trois pages, plus souvent pour 50. «J’aime voyager dans les livres», confie Anne. Elle ajoute que «les jeux télévisés, c’est comme les livres, on vit dans un autre monde, on peut s’évader de la réalité». Anne commencerait-elle à dévoiler ses secrets?

A voir, il suffit de la lancer sur sa tactique de jeu et, là, elle ne s’arrête plus de parler. «J’ai surtout une bonne mémoire», affirme-t-elle à l’aube de ses 47 ans. «Je n’ai rien fait de spécial, j’en apprends chaque jour.» Tout semble si simple qu’on la jalouserait presque. A 12 ans déjà, elle pratiquait les mots croisés et fouillait les définitions dans le dictionnaire. Alors, forcément, ça aide. Tout comme le bac littéraire qu’elle a passé en France.

 

«Une fois sur le plateau télé, je vis dans un autre monde»
Anne Moser, championne de «Télé la question»

 

Venue de Franche-Comté, il y a treize ans, la binationale a emmené avec elle ses anciens trophées de concours de natation de l’époque où elle aiguisait déjà son esprit de compétition. Mais aussi son goût pour les jeux de société, hérité de son père, et sa curiosité pour les voyages. «Avec mes parents, petite, j’ai découvert presque toutes les régions de France, ça forme aussi la culture», poursuit Anne, décidée à faire bon usage de ses gains de Télé la question. Elle partira en famille à la découverte de la Suisse alémanique pour combler ses uniques lacunes de son domaine de prédilection, la géographie. «Ou peut-être Londres ou l’Ecosse», se demande-t-elle, encore hésitante.

ÇA DÉRANGE

Ce qui est sûr, en revanche, c’est qu’Anne devra bientôt quitter le jeu Télé la question. Son parcours sans faute a fini par énerver certains téléspectateurs, aux griefs parfois méchants mais à la signature toujours anonyme. Terminées ses séances adorées de maquillage ou ses chances de croiser «le beau Massimo Lorenzi» dans les coulisses de la RTS. Les producteurs en ont décidé ainsi. Leur nouveau règlement limite à 30 le nombre de participations. «On a plus de 100 candidats en liste d’attente, il faut leur laisser aussi une chance», se justifie Thierry Venturas, responsable de l’unité divertissement de la RTS.

La championne aura donc droit à un maximum de 110 passages. Quelque peu soulagée, Anne est contente de retrouver bientôt un semblant d’ordre dans sa vie, «les contraintes d’organisation ne sont pas faciles à gérer entre le travail et la famille». Anne continuera encore à s’amuser sur les autres plateaux télé, soutenue par ses enfants et son mari. Prochaine étape, tenter de nouveau le casting du jeu de Nagui, Tout le monde veut prendre sa place. Vu les envieux qu’elle a déjà faits, difficile de croire qu’elle ne va pas réussir.