Des chiffres en colonnes, des expressions savantes: le certificat d’assurance de votre caisse de pension s’apparente pour beaucoup à une énigme aussi indéchiffrable que le mystère de la construction des pyramides. Alors au-delà du pur décryptage de ce document (lire ci-contre) que faut-il réellement savoir sur votre deuxième pilier? Si tout le monde a en tête qu’il peut choisir entre une rente ou le retrait du capital, comment et à quelles conditions choisir? Et, surtout, à quoi rester attentif pour pouvoir bénéficier de tous les choix possibles? Cinq questions pour, presque, tout savoir sur le deuxième pilier.
1. QUI EST ASTREINT À COTISER AU 2e PILIER?
Tous les salariés qui ont eu 17 ans révolus et qui touchent un salaire plus élevé que le seuil minimal, soit 20 880 francs annuels en 2011. Toutefois, les jeunes actifs jusqu’à 24 ans ne sont assurés que contre les risques de décès ou d’invalidité. L’épargne vieillesse ne commence qu’à partir de 25 ans.
2. QUAND PUIS-JE TOUCHER MON 2e PILIER?
Le deuxième pilier comporte deux volets: une assurance décès et invalidité qui s’active évidemment en cas de sinistre - soit votre décès ou une invalidité partielle ou totale - et le volet vieillesse que vous touchez lorsque vous prenez votre retraite ou pour l’acquisition d’un logement principal. Il faut savoir que vous ne pouvez pas utiliser votre deuxième pilier pour l’achat d’une résidence secondaire. Pareillement, il est important de connaître le délai de libération des fonds de votre caisse. Il oscille généralement entre un et six mois. C’est dire que, si vous envisagez l’achat d’un logement, il faut veiller à connaître ce délai pour ne pas voir une vente vous passer sous le nez.
Par ailleurs, vous ne pouvez légalement prendre votre retraite qu’à partir de 58 ans et pour autant que le règlement de l’institution de prévoyance le stipule. Souvent, les caisses de pension prévoient cette possibilité à partir de 59 ou 60 ans, et votre rentre sera doublement réduite, puisque d’une part vous aurez cotisé moins longtemps et d’autre part le calcul de la rente s’établit sur un plus grand nombre d’années.
Si vous souhaitez prendre le capital plutôt que la rente, vous devez anticiper votre décision. «La plupart des caisses prévoient un délai entre un et trois ans pour libérer des fonds qui s’élèvent souvent à plusieurs centaines de milliers de francs, explique Roland Bron directeur romand de la société de conseils VZ VermögensZentrum. Les caisses doivent en effet pouvoir planifier leurs investissements.» De plus, vous ne pouvez retirer le capital qu’à partir d’un minimum de 20 000 francs et une fois tous les cinq ans.
Suivant votre âge, la situation évolue également. Jusqu’à 50 ans, vous pouvez retirer l’entier de votre avoir vieillesse. A partir de 50 ans, vous ne pouvez retirer que le montant de l’avoir que vous aviez à l’âge de 50 ans ou alors la moitié de l’avoir total que vous avez actuellement.
3. ACCÈS À LA PROPRIÉTÉ: NANTIR OU SORTIR SON 2e PILIER?
Le désavantage, lorsque vous sortez tout ou partie de votre deuxième pilier pour acquérir un logement, c’est qu’évidemment vous amputez votre avoir vieillesse et que la rente à votre retraite sera diminuée. Pour éviter cela, vous pouvez mettre votre deuxième pilier en gage. «C’est ainsi une garantie pour la banque, qui pourra se payer les intérêts sur ce capital si vous ne les payez pas, glisse Roland Bron. Fiscalement, c’est aussi plus intéressant que si vous sortez votre deuxième pilier. En revanche, cela signifie que le montant de votre hypothèque sera plus haut, car vous ne pouvez nantir généralement que jusqu’à 90% de la valeur de votre deuxième pilier. Les intérêts et l’amortissement seront donc aussi plus élevés.» L’avantage est que vous conservez alors toutes les prestations de votre institut de prévoyance.
4. QUID DE MON CONCUBIN?
En cas de décès, si vous êtes marié vous aurez droit à une rente de veuf ou de veuve qui s’élève au minimum à 60% de la rente que l’assuré aurait pu percevoir au moment de son décès. Les concubins sont aussi considérés pour autant qu’ils aient vécu sous le même toit pendant les cinq ans précédant le décès de l’assuré. Mais attention: les instituts de prévoyance ne sont pas obligés de les traiter de la même manière qu’un couple marié. Il est donc important de consulter le règlement de sa caisse à ce sujet. D’autant que, si un assuré décède avant sa retraite sans laisser d’héritier, la caisse peut s’approprier son épargne. Mais beaucoup d’institutions prévoient une clause bénéficiaire qui permet à l’assuré de désigner la personne qui recevra le capital vieillesse en cas de décès. Il est donc important de le savoir pour pouvoir faire figurer le nom de la personne que vous souhaitez voir hériter votre épargne, par exemple votre concubin justement.
5. RACHETER DES ANNÉES DE CAISSE DE PENSION?
C’est une manière d’optimiser sa situation fiscale. Si vous n’avez pas cotisé dans la même entreprise depuis l’âge de 25 ans, vous pouvez racheter les prestations de votre caisse. L’avantage est que ce montant peut être déduit de votre revenu sur votre feuille d’impôt est que vous améliorez ainsi les conditions de votre future rente. Toutefois, si vous rachetez des années de cotisation, vous ne pourrez retirer cet argent dans les trois ans suivant le rachat et ne disposerez donc pas de cette somme pour acquérir un éventuel logement. Par ailleurs, si vous avez déjà sorti une partie de votre deuxième pilier pour acquérir un logement, vous ne pouvez pas racheter des années de cotisation avant d’avoir complètement remboursé la somme empruntée.
A lire
«Le 2e pilier», Pittet Associés, éditions LEP, 2010. «Les trois piliers», Joy Demeulemeester, Editions Plus Sàrl, 2009.