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RÉTROSPECTIVE
FEMMES EN FOLIE
Elle est au centre de son œuvre et pourtant on ne connaît pas de femme dans la vie d’EUGÈNE GRASSET… Riche rétrospective à Lausanne.

Par Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 13.04.2011

 

Contrairement à ses camarades du Chat noir, Toulouse-Lautrec ou Steinlen, Eugène Grasset ne fréquentait pas les cafés-concerts et autres cabarets parisiens dans ces premières années du XXe siècle… Célibataire endurci à qui l’on ne connaît pas d’aventure galante, Grasset était un homme pudibond mais qui, en revanche, a couché des centaines de dames sur papier! Affiches, illustrations, tapisseries, céramiques, vitraux, calendriers: son art se décline en toutes sortes de formes et les femmes sont quasi omniprésentes. Femmes princesses du Moyen Age ou femmes fleurs, déesses celtes ou femmes folles qui lui font peur: «harpie embusquée sous des oripeaux calculés pour faire disparaître ses imperfections», note-t-il en 1910 dans son carnet… Voir aussi La vitrioleuse (aussi nommée La tasse de grès), ci-contre, pour comprendre la hantise de ces inconnues qui l’habitera jusqu’à sa mort, en 1917.


 

UN ART NOUVEAU

Eugène Grasset est né à Lausanne en 1845, d’un père ébéniste. Il prend ses premiers cours de dessin auprès de François Bocion, maître paysagiste du Léman, et suit (brièvement) ensuite des cours d’architecture au Polytechnicum de Zurich. En 1871, à 26 ans, et après un voyage en Egypte qui nourrira toute son œuvre à venir, il s’installe à Paris, qui s’éveille alors à l’Art nouveau. Doué d’une culture encyclopédique, fort d’une connaissance parfaite des différents matériaux et convaincu que l’art de demain sera guidé par une observation attentive de la nature, Grasset trouve rapidement sa place parmi les créateurs phare de ce renouveau esthétique; il sera exposé jusqu’à Vienne par la Sécession de Josef Hoffmann et de Gustav Klimt. Mobiliers, bijoux et même une police de caractère (le Grasset), sans oublier la Semeuse, logo des Editions Larousse, qui le rendront célèbre… Ce travailleur infatigable s’essaie à tous les genres. Sa maîtrise exceptionnelle des lettrages, l’originalité de ses cadrages, la richesse de ses ornements, sa palette chromatique sans pareille rendent ses œuvres immédiatement familières.


 

Pour aider à vendre une abricotine («Délicieuse liqueur», rappelle l’affiche) ou «la meilleure de toutes les encres», pour faire connaître un garage pour «automobiles et cycles» ou le catalogue du grand magasin La belle jardinière, il convoque la femme muse, fait de sa chevelure des nuages en liberté et de ses courbes des plantes grimpantes. L’art appliqué, sobre et cultivé, de Grasset n’a plus grand-chose à voir avec les images publicitaires d’aujourd’hui; les siennes n’ont pourtant rien cédé de leur subtile modernité.

Eugène Grasset - L’art moderne et l’ornement, Musée cantonal des beaux-arts, Lausanne. Du 18 mars au 13 juin.



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Tags: Art, exposition, Eugène Grasset, Musée cantonal des beaux-arts, Lausanne Aller en haut de page Haut de page

 

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