«La Plage, c’est un peu comme un paquet de chips, une fois que tu as mis la main dedans, tu ne l’enlèves plus!» confie Michael Othenin-Girard, président de La plage des six pompes, festival international des arts de la rue, dont la 18e édition s’ouvrira dimanche à 11 heures à La Chaux-de-Fonds. Un président, mais bénévole, parmi quelque 350 autres.
«J’ai commencé au bar, avoue Michael Othenin-Girard en riant. A l’époque, il y a environ dix ans, j’étais à la piscine quand, un jour, un ami m’a parlé de la Plage. J’ai trouvé le concept festif et réjouissant, et j’ai foncé. Le volontariat, c’est le secret. Je le défends corps et âme.» En réalité, seules trois personnes sont salariées à l’année au sein de l’association Agora, responsable de l’organisation, à raison d’un poste à tiers-temps chacun environ.
ITINÉRAIRE CULTUREL
Si les Chaux-de-Fonniers connaissent l’origine du nom du festival, une leçon de rattrapage s’impose pour les autres. Il convient d’abord d’expliquer que La plage des six pompes est un festival déambulatoire, empruntant un itinéraire précis. A l’entrée se situe la fontaine des Six Pompes, d’où l’on rejoint La promenade. Ce parcours a été imaginé, à l’origine, pour les familles ouvrières de l’industrie horlogère qui n’avaient pas les moyens d’aller à la mer l’été. L’esprit se perpétue.
Cette année, le festival a 18 ans. Le voici majeur! Dans l’esprit des organisateurs, il a atteint «le naufrage de raison, et non pas l’âge, parce que nous tenons à cette dimension de folie: un peu de déconne, ça fait du bien». A l’affiche, une bonne quarantaine de compagnies venues de Suisse, de France, de Belgique, d’Italie, du Canada et des Etats-Unis, qui présenteront, durant sept jours, plus de 45 spectacles et près de 140 représentations «au chapeau». Autrement dit, à votre bon cœur! Le festival, lui, est gratuit, le sirop pour les enfants aussi.
«Il ne faut pas que le portemonnaie soit un obstacle à la culture pour les familles, insiste Michael Othenin-Girard. Je dis souvent que nos VIP à nous, ce sont les mômes, les seniors et les personnes à mobilité réduite. Ainsi, malgré l’introduction de la TVA à laquelle nous sommes soumis, nous n’avons pas répercuté les 8% sur le prix des boissons par exemple, et nous en sommes très fiers. De la même manière, il n’y aura aucune pub sur le site. On dissimulera même les marques des frigos. On se couche sans doute sur des fortunes, mais tant pis.» Un choix courageux, quand on sait que le budget global avoisine le demi-million de francs. Que se passera-t-il si d’aventure la pluie et le froid s’abattent sur le décor balnéaire du festival? «Nous avons prévu des solutions de repli», répond le président, rassurant. En 2010, malgré une météo maussade, pas moins de 70 000 spectateurs se sont déplacés.
«Nous ne sommes pas une braderie, précise-t-il, et notre ambition première consiste à valoriser l’art de la rue, qui ne se limite pas à un jongleur sur un monocycle…» Le domaine d’application est vaste, les univers forts et singuliers, et La Tchaux offre aux artistes des conditions rares. «La plage à 1000 mètres, c’est leur récompense, confie encore le président. Se produire dans un urbanisme classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, n’estce pas le plus beau des terrains de jeu?»
La Plage des Six Pompes, La Chaux-de-Fonds. Du 31 juillet au 6 août. Renseignements: 032 967 89 95, www.laplage.ch
PROGRAMMATION
COUPS DE CŒUR
Trois compagnies françaises ont tapé dans l’oeil avisé des organisateurs: le Snob et compagnies, sorte de fanfare émouvante doublée d’un ballet de musiciens; le Cirque Trottola, un cirque contemporain jouant l’histoire émouvante d’un trio qui tente de s’aimer; Annibal et ses éléphants, une troupe créée en 1812 qui propose cette année Les misérables, de Victor Hugo, dans son théâtre à l’italienne. Un vrai bijou, paraît-il.