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RENCONTRE D'EXCEPTION
AUNG SAN SUU KYI, ICÔNE DE LA LIBERTÉ
Symbole de la lutte pour la démocratie, son combat non-violent et son courage exceptionnel contrastent avec la brutalité de la répression de la junte militaire au pouvoir.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 14.06.2011

C’est un miracle si la plus célèbre résistante du monde est encore en vie. Ordinairement sans pitié pour ses opposants depuis qu’elle a confisqué le pouvoir en 1988, la dictature militaire birmane, sans doute la plus répressive de la planète avec celle de son alliée nord-coréenne, n’a pourtant jamais cessé de resserrer l’étau autour de celle qui est devenue la figure de proue de l’opposition. En pure perte.

En effet, malgré les années de prison (deux ans et demi) et d’assignation à résidence (quatorze ans), malgré les tortures morales et physiques, les humiliations et les souffrances, Aung San Suu Kyi, 66 ans le 19 juin prochain, est toujours là. Une fleur de jasmin dans ses cheveux d’ébène, le visage éclairé de ce sourire qui lui donne cet éternel air de jeune fille rebelle. A l’exception de quelques cernes de fatigue, les longues années d’isolement se devinent à peine. Sa silhouette filiforme et frêle dissimule une audace de collégienne et une volonté de libérer ses compatriotes du joug de leurs bourreaux.

 

«La liberté de l’esprit, personne ne peut vous en priver»

 

Même s’il est toujours interdit de prononcer son nom en Birmanie, rebaptisée Myanmar par les généraux, The Lady (la Dame) incarne plus que jamais son rôle d’icône de la liberté et de la démocratie, de déesse des temps modernes adulée par tout un peuple.

C’est sans doute de son père, dont elle a hérité ce regard intense, profond, presque inquisiteur, dont on ne s’échappe qu’intimidé ou envoûté, que la Mandela d’Asie, comme la surnomment avec fierté ses innombrables partisans, a tiré son charisme et son endurance. Fille du héros de l’indépendance, le général Aung San, qui a libéré le pays de la tutelle britannique en 1947, elle n’a pourtant que 2 ans lorsque ce dernier est assassiné par un rival.

FILLE À PAPA

Aux côtés de ses deux frères - l’un d’eux meurt tragiquement à l’âge de 8 ans, noyé dans l’étang familial -, Suu grandit dans le souvenir de ce père admiré et vénéré. Le Bogyoke (le général) est partout. Sur les billets de banque, les timbres-poste, figé dans le bronze à l’entrée des casernes ou dans les parcs. Des écoles, des cliniques, des stades portent son nom. Le 19 de chaque mois, sa mère, Daw Khin Kyi (Daw est la formule de politesse pour les femmes), infirmière, se rend au monastère pour y faire des offrandes aux moines en souvenir de l’assassinat de son mari.

Engagée en politique, elle devient diplomate. Suu la suit dans ses missions et passe sa jeunesse entre la Grande-Bretagne et l’Inde. C’est là qu’elle s’imprègne des idées et de la philosophie du modèle dont elle s’inspire encore aujourd’hui: le mahatma Gandhi. A Oxford, elle poursuit des études de philosophie et d’économie politique qui lui ouvrent les portes des Nations Unies à New York, où elle travaille trois ans. Elle y rencontre son futur mari, Michael Aris, un Anglais passionné de culture tibétaine. Les noces sont célébrées un an et 187 lettres d’amour plus tard à Londres, le 1er janvier 1972. Un mariage qui n’est pas du goût de tout le monde. Une Birmane, qui plus est la fille du Bogyoke, dans le lit d’un Anglais, beaucoup parlent d’insulte. Aung San Oo, son frère aîné, n’est pas le dernier à rallier le camp des intolérants. Pour lui, sa sœur souille le nom de la famille et de la Birmanie. Pour calmer les tensions, le couple s’exile une année au Bhoutan, où Michael poursuit ses recherches.

DISCOURS DEVANT 500 000 PERSONNES

Deux enfants naissent de leur union: Alexander en 1973, titulaire d’un diplôme de mathématiques vivant aujourd’hui à New York, et Kim en 1977, lui-même père de deux enfants, qui travaille comme charpentier en Angleterre. Foudroyé par un cancer de la prostate, Michael Aris meurt en mars 1999, le jour de ses 53 ans. Certains diront qu’il n’a pas supporté la longue séparation d’avec sa femme.

Suu avait repris un doctorat en littérature birmane à l’Université de Londres. Elle ne le terminera jamais. Le 31 mars 1988, un appel de Rangoon brise net la paisible soirée familiale. Victime d’une attaque cérébrale, sa mère a été transportée à l’hôpital dans un état critique. Le lendemain, Aung San Suu Kyi est dans l’avion. Elle ne quittera plus la Birmanie pour ne pas prendre le risque de ne plus pouvoir y entrer. «Quand elle est partie, j’ai eu le sentiment que nos vies allaient changer à jamais», confiera Michael.

A son arrivée, Suu découvre une capitale en plein chaos où il flotte une odeur de révolution. Sept mois auparavant, sur le conseil de ses astrologues, le dictateur au pouvoir a décidé de dévaluer la monnaie nationale: 80% des billets de banque se retrouvent sans valeur du jour au lendemain. Des troubles éclatent, mais la révolte est matée dans le sang. Dix mille morts, dont beaucoup décapités à la baïonnette. Tueries, tortures et arrestations allaient désormais se succéder.

 

«C’est par votre soutien que les choses peuvent changer en Birmanie»

 

En tête des manifestations toujours plus fréquentées, des bras brandissent des portraits du Bogyoke Aung San. Ecœurée par cette situation qu’elle ne supporte plus, Aung San Suu Kyi s’engage en politique. Elle lance un appel à la solidarité internationale, mais les pays voisins coupent les liens avec cet Etat désormais mis au ban de la communauté internationale. Dans la foulée, elle cofonde la Ligue nationale pour la démocratie (LND), dont elle est la secrétaire générale. En juin 1988, elle prononce son premier discours devant plus de 500 000 personnes.

Plébiscitée par la population, Aung San Suu Kyi prône la non-violence pour renverser le régime et propose des réformes pour installer durablement la démocratie. La provocation de trop pour les militaires, qui l’emprisonnent et lui offrent la possibilité de quitter le pays. Elle refuse. Commencent alors de longues périodes d’assignation à sa résidence du 54, rue de l’Université, à Rangoon: de 1989 à 1995, de 2000 à 2002 et de 2003 à fin 2010. Une mesure qui n’empêche pas la LND de remporter 392 des 492 sièges en lice lors des élections de 1990. Mais le régime invalide le scrutin et accentue la répression contre les opposants.

L’HÉRITAGE DU PÈRE

De sa villa, celle que ses sympathisants appellent affectueusement la Colombe en cage ou le Papillon d’acier, continue de lutter malgré l’interdiction d’activité politique qui la frappe. Elle écrit plusieurs livres et devient aux yeux du monde la figure emblématique de tous les combats pour la défense des droits humains. Son engagement et sa bravoure lui valent une multitude de prix, dont le Nobel de la paix en 1991. Plus elle cherche à renouer le dialogue pacifique avec la junte, plus sa peine est régulièrement prolongée au mépris du droit et des pressions internationales. Elle est enfin libérée le 13 novembre dernier, une semaine après les élections que beaucoup qualifient de mascarade. La LND, qui a décidé de boycotter le scrutin, est une nouvelle fois dissoute par le régime.

Qu’à cela ne tienne. Au pays de l’or et des larmes, paradis perdu au carrefour de la Chine et de l’Inde, le destin extraordinaire d’Aung San Suu Kyi brille encore. Pris en otages, spoliés et acculés à la faillite malgré le pétrole, les rubis, le bois précieux et tant d’autres ressources, 50 millions de Birmans se reconnaissent dans les valeurs démocratiques et non-violentes que la Dame personnifie. Son jour viendra…

The Lady, de Luc Besson, retrace la vie d’Aung San Suu Kyi. Avec Michelle Yeoh dans le rôle de la Dame. Sortie en salle le 11 octobre.

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Tags: Aung San Suu Kyi, Birmanie, Rangoon, Ligue nationale démocratique, LND, junte, «The Lady», Luc Besson Aller en haut de page Haut de page

 

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shédrup, le 16.10.2011 à 19:03

La sérénité, le calme mental & une compassion infinie, voilà vers quoi tend notre vénérable Aung San Suu Kyi, nobel 1991 ( + que méritée).Quel exemple cette flamme qui passe à travers nos consciences comme la lueur d'un remord fugitif... Prières & admiration infinie

Association Suisse-Birmanie, le 15.06.2011 à 12:37

MERCI pour les deux superbes articles ! Cordiales salutations Association Suisse-Birmanie www.birmanie.ch

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