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BD
L’ÉPREUVE PAR 7
Nouveau venu dans la BD suisse, le Fribourgeois GION CAPEDER signe «Le 7», un premier album superbe, au scénario complexe, à plusieurs niveaux de lecture. Rare.

Par Blaise Calame - Mis en ligne le 13.04.2011

Si le 7 est en général un chiffre associé à la chance, cela ne saurait constituer une règle. Dans le cas présent, c’est même tout le contraire, le 7, juillet en l’occurrence, constituant pour le garçon au cœur du récit de Gion Capeder, nouveau venu dans la bande dessinée romande, un jour sombre. Une épreuve aussi, délicate.

Disons-le tout de suite, ce premier album est remarquable. Un graphisme clair, dépouillé, lumineux dans le choix des couleurs, et surtout un scénario étoffé, à plusieurs niveaux de lecture. On l’a déjà dit, le protagoniste est un ado. A moins qu’il ne s’agisse de l’adolescence elle-même?

Notre antihéros, un jeune semblable à des milliers d’autres, n’a pas de nom dans l’intrigue. Une manière de souligner qu’il est en recherche d’identité, plus encore depuis le divorce de ses parents. Plutôt mal dans sa peau, il vit dans un bloc avec sa mère et son petit frère. Son père, absent, communique avec lui par SMS, sans pouvoir l’aider à se construire, à s’affirmer. Coincé dans cet immeuble de la région fribourgeoise, il rêve d’un ailleurs. Un jour d’été, il subtilise les clés de la voiture de sa mère et démarre. Inconscient des risques, il roule. Au détour d’une route de campagne, il fauche un motard et le tue.

Le mal est fait. Instinctivement, il fuit et rentre, non sans vomir en chemin. Doit-il tout avouer? Mais à qui, comment? Il choisit de se taire. A son mal-être ordinaire s’ajoute désormais le poids de sa culpabilité. Comment vivre avec un tel fardeau? Le peut-il? Son exutoire, ce sera la BD, et Marie, une fille, son héroïne, pour mieux brouiller les pistes. A travers elle, il témoigne du calvaire qu’il endure. Transfert. Il flirte avec la schizophrénie, mais enfin il avance, enfin.

La lecture de Le 7 exige une attention soutenue, à cause du dédoublement narratif, de la logique fragmentée.

DU BELLUARD À LA BD

S’agit-il d’un récit autobiographique? «En tout cas, je n’ai tué personne, répond Gion Capeder, 39 ans. Ma mère n’avait même pas de voiture… Moi, j’ai bien eu un vélo, mais je ne suis pas allé très loin.» A Fribourg, il n’est pas un inconnu. Avant de faire de la BD, ce licencié en philosophie et histoire de l’art a exercé la fonction de directeur du Belluard, démissionnant en 2007. Un artiste, un vrai.

Comme son héros, il a été le spectateur impuissant du divorce de ses parents, vers l’âge de 10-11 ans, puis s’est beaucoup interrogé durant l’adolescence, rêvant lui aussi de partir. Le dessin puis la peinture ont été pour lui de précieux alliés, suivis par la sculpture et la vidéo. Des artistes tels que les Américains Bruce Nauman et Chris Ware l’ont influencé et l’influencent encore, le premier pour sa façon de secouer, d’agresser le spectateur – la scène de l’accident dans Le 7 en témoigne –, le second pour sa ligne claire.

Avec Le 7, Gion Capeder cherche moins à nous distraire qu’à nous tritouiller les méninges. Son propre passage de l’enfance à l’adolescence lui a servi de combustible. «Ce qui m’a ensuite intéressé le plus, avoue-t-il, c’est d’instaurer un procédé de manipulation qui crée une forme de confusion», chez son personnage principal comme chez le lecteur. C’est déroutant, mais réussi.

Le 7, Gion Capeder: 27 fr. Disponible en librairie ou via le site www.gioncapeder.ch



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Tags: BD, album, «Le 7», Gion Capeder Aller en haut de page Haut de page

 

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