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DÉSASTRE ÉCOLOGIQUE
LA MARÉE NOIRE DE TROP
Une nouvelle fois, des millions de litres de pétrole vont détruire un morceau de nature vaste comme la Suisse. L’explosion, le 20 avril, de la plateforme «Deepwater Horizon», au large de La Nouvelle-Orléans, obligera-t-elle les dirigeants politiques à imposer de vraies règles du jeu aux marchands d’or noir? Rien n’est moins sûr.

Par Philippe Clot - Mis en ligne le 15.06.2010

COMMENT EN EST-ON ARRIVÉ LÀ?


Il faudra des mois pour évaluer l’impact de cette catastrophe sur la nature et l’économie. Mais ses raisons sont déjà claires.


LES CAUSES DU DRAME

Mais pourquoi le génie humain, capable d’envoyer des hommes sur la Lune, ne parvient-il ni à sécuriser une installation conçue pour creuser un bête trou dans le fond marin ni à reboucher rapidement ce même trou en cas de rupture du tuyau? C’est LA question qu’on entend ces jours au café du Commerce.

La réponse générale tient en deux mots: l’irresponsabilité et l’affairisme. Ce qui s’est passé démontre en effet que la compagnie pétrolière BP a négligé la formation de son malheureux personnel (onze employés de la plateforme sont morts dans l’explosion), qui a été pris de court par la surpression soudaine dans ce forage pétrolier qui est, rappelons-le, le plus profond jamais réalisé. BP a aussi trouvé superflu de développer des moyens techniques permettant rapidement de colmater un puits à 1500 mètres de profondeur. Pour la présidente d’Ecologie libérale, Isabelle Chevalley, qui suit de près le dossier des marées noires, «cet accident n’aurait jamais eu lieu si les normes de sécurité et les procédures d’urgence avaient été respectées».

Et si BP n’était pas très motivée à colmater la fuite?

Autre spécialiste, François Damerval, attaché parlementaire à Bruxelles de la députée européenne Corinne Lepage, grande figure de la défense des intérêts des régions des victimes des marées noires en France, va plus loin: «On peut aussi se demander si BP est vraiment motivée à colmater cette fuite, car le fait de déverser des tonnes de béton sur celle-ci remettrait en cause l’exploitation future de ce gisement. Cette question se pose dans la mesure où, lors de la catastrophe comparable, en 1979, de la plateforme Ixtoc 1, dans le golfe du Mexique également, la fuite avait pu être résorbée avec cette méthode. Pourquoi ne refait-on pas, plus vite cette fois, la même opération, puisque cela a déjà réussi?»

Alors pourquoi, face au cynisme des compagnies pétrolières, les dirigeants politiques n’imposent-ils pas des règles contraignantes pour ce type d’exploitation à risque? Et pourquoi les Etats sont-ils toujours obligés de se référer aux pollueurs pour trouver des solutions?



QUELLES SOLUTIONS?

Il y a désormais deux problèmes à résoudre au large de la Louisiane et sur des centaines de kilomètres de côtes: le premier, c’est de boucher ce trou qui continue à cracher officiellement 800 000 litres de pétrole brut par jour au fond de la mer. En fait, cette estimation donnée par la compagnie BP est sans doute en dessous de la réalité, d’après des experts indépendants.

Comme le dit plus haut François Damerval, la seule solution déjà expérimentée avec succès est en théorie simple: injecter des tonnes et des tonnes de béton dans et sur les trous de forage éventrés. Mais les techniciens de BP ne semblent pas capables jusqu’à présent de réaliser cette opération à 1500 mètres de profondeur.

Le deuxième défi, encore plus délicat, consiste à minimiser l’impact de ces millions de litres de pétrole poussés par les vents et les courants vers les côtes de la Louisiane et peut-être aussi de la Floride. Ces régions comptent de nombreuses réserves naturelles d’importance mondiale. Sans ces îlots de nature semés au milieu de vastes régions dénaturées, des milliers d’espèces prestigieuses ou discrètes, migratrices ou sédentaires, ne pourront pas survivre.

BP a choisi de dissoudre le pétrole pour éviter l’engluement des mangroves, écosystèmes côtiers broussailleux, très fragiles, impossibles à nettoyer, contrairement aux rochers bretons par exemple.

Mais est-ce une bonne solution que d’ajouter encore un produit de synthèse dans une mer qui n’est déjà pas conçue pour digérer du pétrole?

L’option solvant pas si mauvaise

Pour Isabelle Chevalley, ellemême chimiste de formation, le choix du solvant pulvérisé sur les nappes de pétrole est défendable. «Vu les caractéristiques de la région, il est assez pertinent d’éviter que le pétrole n’arrive tel quel sur les côtes. Le solvant permet de le séparer en morceaux au lieu de le laisser engluer toute la végétation. Mais cette option va polluer la mer ellemême. En fait, la seule bonne solution pour l’avenir, c’est de se dire que l’or noir, comme son nom l’indique, est précieux, et qu’il faut l’économiser!»



LES LEÇONS À TIRER


Alors que la précédente administration Bush rêvait de faire des trous partout dans la mer et dans les réserves naturelles de l’Alaska, pour pomper à chaque fois l’équivalent de quelques mois de consommation de pétrole des Etats-Unis, l’administration Obama a choisi de promouvoir le développement des énergies renouvelables, déjà en plein boom dans ce pays.

Cette marée noire va renforcer cette option de politique énergétique plus écologique. Mais, pour faire passer son American Power Act, son projet de loi énergétique, Obama a dû faire des concessions aux pétroliers, notamment en les laissant continuer à forer au large des côtes américaines. Et le président se retrouve ainsi avec une fesse sur le banc des accusés.

En fait, le pouvoir politique semble résigné à laisser les compagnies pétrolières s’autoréguler. «Prenons un exemple qui concerne de près votre pays, la Suisse, sourit François Damerval. Regardez ce qui se passe avec les banques après, pourtant, la crise financière: ce sont elles-mêmes qui continuent à fixer les taux minimaux de fonds propres. C’est pareil pour le pétrole. On ne voit pas se profiler un organisme de contrôle indépendant
pour inspecter les installations et édicter des règlements faisant office de loi. Et c’est ainsi que BP peut prétendre sans rire, après l’explosion de sa plateforme, qu’un tel accident reste «trop improbable» pour mériter la création d’organismes de contrôle indépendants. Il y a quand même une chose positive aux Etats-Unis et qui n’existe pas en Europe: depuis le naufrage de l’Exxon Valdez au large de l’Alaska, seuls les navires à double
coque ont le droit de transporter du pétrole sur les eaux américaines. Comme quoi il est possible d’imposer des décisions contraignantes intelligentes.»

Consommer moins d’énergie? ils n’y pensent même pas…


Le pétrole reste pourtant mondialement trop puissant pour être chaperonné. Et la demande énergétique américaine demeure pathologique. Rappelons qu’un Américain consomme en moyenne deux fois plus d’énergie qu’un Suisse. Avec un tel niveau de gaspillage, car un Suisse ne vit de toute évidence pas deux fois plus mal qu’un Américain en consommant deux fois moins d’énergie, le potentiel d’économie est gigantesque.

«Mais tout est d’abord question d’argent, particulièrement dans le cas de la Louisiane, précise François Damerval. L’économie de cette région défavorisée et qui peine à surmonter les conséquences de l’ouragan Katrina, dépend totalement des plateformes du golfe du Mexique. Il est donc très improbable que cette marée noire remette en question les projets pétroliers locaux.


LES PRÉCÉDENTS


C’est chaque fois la der des ders, promis, juré. Mais il y en a toujours une nouvelle pour faire oublier la précédente. Qui se souvient vraiment, à part les habitants des régions les plus touchées, de l’Amoco Cadiz et l’Erika? Et quelles sont les conséquences des précédentes marées noires? «Dans le cas du naufrage de
l’Amoco Cadiz, en 1978 en Bretagne, la mer a résolu le problème visible en quinze ans. Mais aucune étude épidémiologique n’a été menée pour mesurer les effets sur la santé des habitants et des gens qui ont travaillé
au nettoyage des côtes durant des mois. C’est plus que regrettable», explique François Damerval.

Même sentiment d’inachevé avec l’autre grande marée noire française, celle due au naufrage de l’Erika, en 1999, au large du Finistère et de la Vendée. «Malgré tous les efforts des défenseurs des régions polluées, on ne sait toujours pas ce qu’il y avait exactement à bord de ce navire. Or, s’il y avait non seulement du pétrole mais aussi des déchets, cela changerait tout sur le plan juridique: la compagnie Total serait pénalement responsable et devrait payer les frais de nettoyage. Comme l’enquête n’a pas été menée comme il aurait fallu, c’est la compagnie propriétaire du bateau qui a été jugée responsable et celle-ci a organisé sa faillite pour éviter de passer à la caisse.» Et, là encore, les études pour mesurer l’impact sanitaire de la marée noire font
défaut. Et tous les responsables s’en tirent à bon compte. Et on ne s’est pas donné les moyens de mesurer les conséquences à long terme de ce genre de pollution massive.

Chaque marée noire a un coût économique énorme


Pourtant, de nombreuses activités humaines sont affectées par les effets de souillure et d’engluement du pétrole.

La plus visible, le tourisme, est durablement perturbée, ainsi que les activités portuaires. Les exploitations d’aquaculture en mer et les élevages d’huîtres sont stoppés pour des durées indéterminées, comme c’est le cas en Louisiane. Les pêcheurs amateurs et les ramasseurs de coquillages sont mis au repos forcé.

Les activités industrielles dépendant du pompage permanent d’eau de mer peuvent aussi être concernées. Mais en fait, comme le rappelle le site www.marees-noires.com, «toutes les installations, tous les
outils de l’activité humaine sur le littoral peuvent être touchés, qu’ils soient fixes ou flottants. Légère, l’atteinte peut être génératrice d’une simple gêne. Plus lourde, elle peut paralyser l’activité jusqu’à l’achèvement du nettoyage.» Mais ces dégâts se chiffrent par millions alors que l’unité de base du commerce du pétrole est le milliard…

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Tags: Reportage, BP, marée noire, pétrole, Louisiane, plateforme, «Deepwater Horizon» Aller en haut de page Haut de page

 

Quel est le meilleur moyen de sanctionner BP? (sondage réalisé du 9 au 15 juin 2010)


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DÉBUT DU NAUFRAGE

Animation décrivant le naufrage de la plateforme Deepwater Horizon.

L'EXPANSION DE LA NAPPE

Animation réalisée par CNN décrivant l'expansion de la nappe du 22 avril au 4 mai.

VUE SATELLITAIRE

Depuis le satellite Modis Terra, le 30 avril

SCÉNARIOS DE SAUVETAGE

La chaîne Al Jazeera présente les différentes options envisagées pour stopper la fuite de pétrole.

L'étendue de la nappe sur Google Earth

Grâce à ce logiciel, vous pouvez déplacer toute la nappe vers n'importe quelle ville d'Europe (Suisse comprise) pour vous faire une meilleure idée du désastre. Edifiant.

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Le logo de BP détourné

A défaut de passer au goudron et aux plumes les cadres dirigeants et les membres du conseil d'administration, les internautes se défoulent sur le logo de la compagnie. Regardez.

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