Par
Michel Jeanneret - Mis en ligne le 04.05.2011
C’est une histoire à l’américaine. Un scénario de western moderne. Le méchant s’est fait descendre et le héros, débarrassé de la vermine, peut s’en aller. Le rideau se baisse. «Happy end…» C’est ainsi que les Etats-Unis aimeraient voir la mort de Ben Laden, aveuglés par un désir de revanche compréhensible mais inutile. Bien sûr, la fin de celui qui incarne le Mal et un certain nombre de nos peurs a quelque chose de jubilatoire, mais elle est tout sauf le dénouement heureux d’un bon film. Car le décès de Ben Laden ne réglera rien. Au contraire, il ne fait qu’ouvrir un nouveau chapitre dans cette spirale de violence qui pourrit nos vies. Une violence qui devrait être l’arme de dernier recours pour régler les problèmes, mais dont on fait désormais un usage ordinaire. Soyons clairs: la mort de l’homme le plus recherché de la planète n’a qu’une valeur purement symbolique, le goût d’une vengeance qui ne résout rien et que l’on essaie de travestir en acte de justice.
Face aux scènes d’hystérie captées dans les rues américaines, face à cette transe collective, il est en effet difficile de ne pas ressentir un gros malaise doublé d’une certaine inquiétude. On comprend bien que la mort de Ben Laden puisse avoir quelque chose d’expiatoire pour un peuple touché dans sa chair, mais on ne peut pas s’empêcher de se dire que l’on s’enferme ainsi dans une voie sans issue. En renonçant à le capturer, les Américains ont fait du terroriste le plus célèbre au monde ce qu’il voulait probablement: un martyr. Pis, en rendant une sanction sans procès, les Etats-Unis n’ont fait que renforcer la guerre des nerfs et du sang qui se joue entre les groupuscules islamistes violents et le monde occidental.
La vengeance appelle la vengeance, elle est un acte émotionnel et c’est justement pour prévenir ses méfaits que la justice publique a été inventée. Une justice qu’on ne rendra jamais en tuant des gens, fussent-ils les pires salopards de la terre. Il ne s’agit pas ici de défendre Ben Laden et les actes abominables qu’il a revendiqués. Mais il faudra tout de même un jour que les dirigeants de ce monde se montrent capables de gestes forts et pacifistes, les seuls qui seront efficaces pour lutter contre l’extrémisme et lui faire perdre sa légitimité. Il faut avoir le courage de briser ce cercle.