Elle rêve d’espace. Mais pas d’espace vert. D’espace interplanétaire et des plaines rougeoyantes de Mars. Dans ses rêves, Barbara Burtscher foule la planète rouge ceinte de l’équipement des astronautes de la NASA. La jeune astrophysicienne de 25 ans, professeur de physique dans une école de Wattwil, dans le canton de Saint-Gall, est une vraie passionnée d’astronomie. Si c’est une inconnue en Suisse romande, en Suisse alémanique elle jouit d’une notoriété certaine. Depuis environ un an, on la décrit comme la future nouvelle astronaute helvétique et à ce titre elle est devenue une personnalité. A tel point qu’elle fut même l’invitée de la très populaire émission Samschtig Jass, en février, sur la télévision alémanique. Outre-Sarine, magazines et quotidiens lui ont presque tous consacré des portraits, la présentant comme l’étoile montante du ciel helvétique. Mais l’étoile Barbara Burtscher pourrait bien s’avérer plutôt filante... Aujourd’hui, la Saint-Galloise est au cœur de la polémique. Selon une enquête du Tages Anzeiger, elle n’aurait aucun lien avec la NASA et son histoire ne serait en gros que fumisterie.
BOULIMIQUE D'ASTRONOMIE
«Je n’ai jamais prétendu être une astronaute de la NASA, se défend aujourd’hui la Saint-Galloise sur son site internet. J’ai toujours affirmé que je poursuivais une formation pour devenir astronaute sur des bases privées, avec le soutien de sponsors bienveillants.» Mais comment d’une apprentie astronaute autodidacte a-t-on pu faire l’espoir suisse de l’exploration spatiale?
Il faut dire que la jeune femme est une boulimique d’astronomie. Elle organise depuis quatre ans le Swiss Astronomy Day, a fondé l’Association astronomique du Toggenbourg. Elle est viceprésidente de la section suisse de la Mars Society et organise des conférences baptisées «Astro-Show». Médiatiquement, tout s’est accéléré l’an dernier, lorsqu’elle est partie aux Etats-Unis. Au camp d’été de l’US Space and Rocket Center, à Huntsville, en Alabama, une sorte de musée dédié à l’exploration spatiale, mais surtout lorsqu’elle a réalisé un séjour sur la Mars Station, en Utah, en décembre dernier. Ce centre de recherche appartient à la Mars Society, une société privée dont le but est de faire la promotion de la planète Mars et de son exploration. Pendant dix jours, elle arpente le désert de l’Utah en habit d’astronaute et simule une mission sur la planète rouge avec d’autres scientifiques passionnés. Dès lors, la jeune femme se transforme en espoir suisse de l’espace, se pose même en successeur du célèbre Claude Nicollier. On les voit d’ailleurs ensemble à la première du film The Marsdreamers, à Zurich.
«Oui, je l’ai rencontrée à deux occasions, confirme Claude Nicollier entre deux vols sur Hunter à Sankt Stephan. Elle m’a demandé de faire une photo lors de la projection du film, j’ai accepté. C’est une jeune femme très motivée, mais c’est une rêveuse. Elle s’imagine que la voie qu’elle a choisie peut la conduire à réaliser son rêve. Il n’y a toutefois qu’une manière de devenir astronaute, c’est le chemin traditionnel à travers les sélections faites par l’ESA ou la NASA.»
ENTRE RÊVE ET RÉALITÉ
Alors, naïve ou vraie arnaqueuse version Frank Abagnale, cet escroc qui se faisait passer pour aviateur ou médecin, interprété par Leonardo DiCaprio dans le film Arrête-moi si tu peux? Pour l’ancien astronaute vaudois, la jeune Saint-Galloise a surtout eu tendance à mélanger rêve et réalité. «Je suis persuadé qu’il n’y a aucune malveillance de sa part. Pour moi, tout cela est de l’ordre du malentendu. Et c’est une excellente connaisseuse et démonstratrice du ciel, elle a un vrai talent pour faire partager son amour de l’espace.»
Une jeune femme à la fois compétente et passionnée, des médias volontiers enthousiastes pour tout ce qui touche à l’espace qui ont insuffisamment vérifié ses dires et une professeur de physique, flattée de l’attention qu’on lui porte, qui ne rectifie pas les raccourcis des journaux: voilà comment une jeune Saint-Galloise est devenue l’espoir de la NASA. L’histoire, finalement, plaisait à tout le monde.
Rattrapée par la polémique, la jeune professeur a dû se mettre en congé maladie, son corps traduisant les tourments de son esprit. «Il faut d’abord relever qu’il s’agit d’une affaire privée, souligne Martin Gauer, directeur de l’Ecole cantonale de Wattwil, où Barbara Burtscher enseigne. Au niveau du collège, c’est une excellente enseignante, très enthousiaste, compétente et appréciée. Elle a beaucoup d’activités annexes, notamment l’astronomie, ce que je trouve très positif pour son enseignement. Elle est jeune, passionnée, je crois qu’elle a été un peu naïve dans cette affaire. Si les médias ont une part de responsabilité pour n’avoir pas mieux vérifié l’histoire, Barbara a, à mon avis, eu un usage pas suffisamment précis et attentif du mot NASA. Et quand elle a vu comment on la décrivait dans les journaux, elle aurait dû éclaircir la situation.» Mais le directeur ne le voit pas comme un problème pour son établissement.
«Non, au niveau de son enseignement, je n’ai rien à lui reprocher. J’attends d’elle maintenant qu’elle éclaircisse la situation face à ses collègues, à ses élèves et aux médias et qu’elle fasse son autocritique. Jusqu’à présent, je l’ai surtout vue mettre en cause les journaux…»
UN SAUT À 10 000 MÈTRES
Même si des liens avec la NASA existent, le centre de recherche de la Mars Society n’est en aucun cas un centre d’entraînement pour les astronautes américains. De même l’Education Center de l’US Space and Rocket Center de Huntsville ne conduit pas à la navette Endeavour. Elle offre informations, supports et expériences pour les enseignants. Mais la jeune femme n’en démord pas. Son rêve, elle y tient. Avec la société allemande Space Travellers, elle a ainsi réalisé un saut en chute libre à plus de 10 000 mètres d’altitude, suite de sa préparation privée d’astronaute.
«Je continue mon programme d’entraînement pour devenir astronaute, dit-elle. Je sais que l’objectif est encore très loin et le chemin d’un vol dans l’espace escarpé, mais je ne veux pas me laisser pousser hors de ma voie. Je me réjouis des prochaines étapes en route pour un vol dans l’espace.» Pas sûr, désormais, que les médias la suivent jusque-là…