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LE PHÉNOMÈNE
BASTIAN BAKER
Parfait inconnu il y a une année, le chanteur romand est aujourd’hui omniprésent et fait l’unanimité. Après la Romandie et la Suisse alémanique, il s’apprête à conquérir la France. Décryptage.

Par Aurélie Jaquet - Mis en ligne le 08.02.2012

Impossible d’échapper au phénomène. La nouvelle star du pays, c’est lui. Lui? Bastian Baker, le jeune chanteur romand que tout le monde s’arrache. Des très regardés Swiss Awards à Zurich aux soirées huppées du Salon de la haute horlogerie de Genève, en passant par la promotion d’easyJet ou de la prochaine rencontre de l’équipe suisse de Coupe Davis, il est partout. Inconnu au bataillon musical et médiatique il y a seulement une année, le Vaudois de même pas 21 ans (il les fêtera le 20 mai prochain) a conquis la Suisse romande et, fait plus rare, commence même à séduire nos voisins alémaniques. Son histoire, on la connaît. Repéré en 2010 par l’homme d’affaires et promoteur lausannois Patrick Delarive, il est programmé en avril 2011 au Caprices Festival.

PREMIER ALBUM

Suit la diffusion sur l’internet et les réseaux sociaux de son premier single, Lucky. Un titre pop-rock efficace qui séduit tant ses premiers fans que les radios romandes, où il passe en boucle. Quelques concerts à l’été 2011 finissent de préparer le terrain pour la sortie, en septembre, de son premier album, Tomorrow May Not Be Better, classé troisième des ventes suisses et premier en Romandie dès son arrivée dans les bacs. «Avec près de 18 000 albums vendus en cinq mois, CD et téléchargements confondus, c’est presque aussi bien que Stress», s’enthousiasme Raphaël Nanchen, cofondateur du Caprices Festival et manager de Baker. Un manager aux anges, qui ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. La prochaine étape de l’ascension de son protégé se jouera à Paris en avril prochain, date de la sortie française de Tomorrow May Not Be Better sous le label Belleville Music. Ses concerts seront quant à eux produits par Gilbert Coullier, qui s’occupe des tournées de Johnny Hallyday, de Céline Dion ou encore de Gad Elmaleh. Rien que ça. «Gilbert Coullier a écouté l’album de Bastian et m’a rappelé trente minutes après pour m’annoncer qu’il voulait signer. Il a trouvé ça génial», raconte Fabrice Nataf, directeur de Belleville Music.

Le public est conquis, les professionnels de la musique séduits, la machine médiatique suit. Le phénomène Bastian Baker est lancé. Comment expliquer un succès aussi fulgurant?

NOUVELLE COQUELUCHE

Difficile de croire qu’il y a à peine plus d’un an Bastien Kaltenbacher chantait encore seul dans sa chambre de la maison familiale de Villeneuve. «Il débarquait de nulle part, il a fallu le faire exister», se souvient Raphaël Nanchen. Et lui trouver un nom. Tout le monde s’accorde sur Bastien. Déjà pris. Ce sera finalement Bastian Baker, une idée de l’artiste lui-même. Tout comme celle de ses T-shirts blancs col en V, sa marque de fabrique. «On se cassait la tête pour savoir comment l’habiller lors de son concert au Caprices Festival. Au final, on s’est dit qu’il fallait qu’il soit lui-même. Il a débarqué avec son jean et son T-shirt blanc. Aujourd’hui, c’est aussi un truc qui le rassure. Ça lui permet d’entrer dans son personnage», poursuit Raphaël Nanchen. Très tôt les médias répondent présent. Ils tiennent leur nouvelle coqueluche romande dans un coin de pays souvent trop complexé pour oser se lancer à l’assaut de la célébrité. Coup de poker, le petit nouveau est beau gosse, plaît aux filles, dégage une énergie fraîche et positive.

 

«J’ai l’impression d’avoir vécu dix ans en une année»
Bastian Baker

 

SURMÉDIATISATION

«En Suisse romande, les journalistes m’ont très vite élevé au rang de people. Tout le contraire des Alémaniques, qui se sont d’abord intéressés à moi pour ma musique», explique Bastian Baker. Pour Michael Drieberg, directeur général de Live Music Productions, une starification trop rapide et pas toujours justifiée peut parfois desservir un artiste. «Le problème, c’est que sa surmédiatisation sème la confusion. C’est effectivement un phénomène incroyable mais pas encore un succès incroyable. Je pense que nous pourrons vraiment mesurer son potentiel le jour où il fera de grandes salles.» Il est vrai que, négociée l’année dernière, avant le début de la bakermania, sa tournée du printemps s’arrêtera souvent dans de petites salles. Qu’importe, c’est sur scène que le chanteur se sent bien et pour elle qu’il fait ce boulot. «Je tiens plus que tout à maintenir cette proximité avec le public», renchérit-il. Un boulot qui lui rapporte un peu plus qu’avant, sans pour autant lui permettre de mener la grande vie. «A moins d’en vendre des millions, les disques, c’est bien connu, ne rapportent pas grandchose à l’artiste. Et la plupart des concerts ne couvrent pour l’instant que les frais. Quant aux autres revenus, comme les redevances radio, on aura bientôt les chiffres pour le premier semestre 2011, une période où Bastian n’était encore pas très connu», commente Raphaël Nanchen. Restent les soirées et événements privés, sur lesquels le manager préfère rester discret. Et les concerts dans les festivals cet été, à travers le pays.

UN ARTISTE ACCESSIBLE

Car si la Romandie est logiquement la première à avoir succombé au charme du chanteur, la Suisse alémanique n’a pas tardé à s’emparer du phénomène. Un cas de figure certes assez rare dans notre pays, mais pas unique pour autant. «Stress reste l’artiste romand le plus reconnu ici, explique Fabian Zürcher, journaliste people à Blick. Toutefois, le fait que Bastian Baker chante en anglais et puisse s’exprimer en suisse allemand dans les médias sont deux grands atouts pour qui souhaite s’exporter outre-Sarine.» Le Romand fait la une de Migros Magazin et de SI Style, apparaît chez lui dans l’émission Glanz & Gloria, sur SF, et envoie balader le Röstigraben.

Une accessibilité linguistique là-bas, une proximité géographique ici. Et un succès qui flatte un public suisse peu coutumier de la «peopolisation» de l’un des siens. L’idole n’est plus à l’autre bout du monde mais en bas de chez nous. «C’est une chance pour la Suisse, il n’y a pas trente-six mille artistes comme lui ici», argumente Alain Morisod, qui a reçu le chanteur aux Coups de cœur à la fin de l’année dernière. «C’est quelqu’un d’authentique, de très à l’aise avec les gens et qui sait mettre le public dans sa poche. Il est extrêmement doué humainement et musicalement. Je ne serais pas étonné qu’il cartonne à l’étranger, ni d’apprendre qu’il a vendu 2 millions d’albums», poursuit le chanteur et animateur. D’autres ont un avis plus nuancé à son sujet. «Il bénéficie en Suisse d’une place extraordinaire mais, en débarquant en France, il sera confronté à un marché beaucoup plus concurrentiel, affirme Michael Drieberg. C’est là qu’on pourra vraiment voir s’il possède ce petit plus qui accroche le public. Aujourd’hui, malgré son charisme et un talent indéniable, il est en terrain conquis.»

Reste que, du talent, le jeune homme en a à revendre, et tout le monde s’accorde à le dire. On peine d’ailleurs à trouver des avis contrastés sur lui, tant la reconnaissance est unanime. Même ses gentils détracteurs s’avouent bluffés par la facilité avec laquelle ce jeune Romand débarqué de nulle part a conquis son public. Comme Pierrick Destraz, de Couleur 3, invité par Vincent Veillon, animateur des Matinales sur les mêmes ondes, à figurer sur sa parodie du clip Lucky, devenu Gnocchi pour l’occasion. «Ses chansons tiennent sur trois accords, c’est commercial, assez lisse, rien ne dépasse. Mais ça fonctionne et ça reste en tête. Franchement, ce n’est pas donné à tout le monde de faire ce qu’il fait.» L’histoire montre d’ailleurs que les tubes les plus simples sont souvent ceux qui fonctionnent le mieux.

 

«Je suis conscient que la concurrence sera plus rude en France»
Bastian Baker

 

SACRÉE DOSE DE TALENT

«C’est ce qui s’est passé avec les Beatles ou Kings. Quand on écoute Lucky, on n’a qu’une envie, c’est de le réécouter. Il y a une séduction immédiate. Bastian, c’est un beau gosse, un type charmant, mais qui sait avant tout écrire des chansons formidables et qui a une sacrée dose de talent», affirme Fabrice Nataf. Et le Romand n’est pas doué qu’à l’écriture ou à la composition. Difficile à croire, en le voyant sur scène, que le jeune homme a moins d’une année d’expérience à son actif. Jonglant avec le français, le suisse allemand ou l’anglais, il est capable de s’adapter à tous les publics auxquels il s’adresse, d’enchaîner un concert au Hallenstadion de Zurich pour les Swiss Awards devant un parterre de personnalités politiques et médiatiques après un showcase dans un magasin de disques rempli par des fans hystériques. Le principal intéressé reste pourtant modeste. «Je continue à prendre du temps pour des web radios ou de petits médias et à répondre à mes fans. Ce n’est pas parce que je reçois plus que je veux donner moins.» Les pieds sur terre, on espère que le Romand les gardera malgré l’envol qui l’attend peutêtre en France dans quelques semaines.

Tomorrow May Not Be Better, distr. Phonag Records.



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Tags: Bastian Baker, chanteur romand, phénomène romand, «Tomorrow May Not Be Better» Aller en haut de page Haut de page

 

Clip du single "Lucky"

Vidéo réalisée pour L'illustré cet automne

"Colorful Hospital" - Live acoustic 2011

"Tomorrow May Not Be Better" (Live Piano Acoustic)

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