BÉATRICE BARTON, LA PASSION DES GENS D’ICI
Artisane d’une téléréalité respectueuse des gens, Béatrice Barton réussit tout ce qu’elle entreprend. A quelques mois de sa retraite, nous l’avons suivie lors d’une intense journée de tournage.

Par Blaise Calame - Mis en ligne le 23.08.2011

Cela paraît difficile à croire en la regardant droit dans ses yeux verts, sous une chevelure blond argenté: à la fin de l’année, Béatrice Barton, si fit dans son jean et ses baskets, prendra bel et bien sa retraite.

A quelques mois de ce changement de vie, la productrice à succès reconnaît n’avoir rien planifié pour l’avenir, sinon se rapprocher un peu de ses enfants établis aux Etats-Unis. A la tête d’une petite société de production, baptisée BBD Polymedia, elle proposera encore des choses originales à la TSR, mais sans vouloir en dire davantage pour le moment.

Il ne fait aucun doute que la méthode Barton, mélange de curiosité et d’empathie, de respect et de proximité authentiquement romande, laissera un vide si personne ne reprend le flambeau.

 

«Si j’ai un secret, c’est la curiosité»
Béatrice Barton

 

Face à Béatrice Barton, on comprend vite ce qui fait sa force. Souriante, attrayante, toute simple, la Genevoise a le contact facile. Elle s’intéresse aux individus qu’elle rencontre et sait les mettre à l’aise. Une attitude assez rare chez les gens de télévision qui, loin de la tour de la TSR, font souvent preuve d’arrogance. Pas Béatrice Barton. «Si j’ai un secret, c’est la curiosité, estime-t-elle. Je l’ai toujours eue.»

Sa connaissance des terroirs romands constitue un précieux atout, comme sa popularité, même si elle n’est pas du genre à parader. A Saignelégier (JU), où son équipe s’apprête à tourner le premier épisode d’Un dîner à la ferme en marge du marché-concours, elle est arrivée discrètement, presque incognito.

ELLE SE FAIT OUBLIER!

Elle a pris une chambre pour trois nuits au Café du Soleil et se réjouit, ce midi, de déguster une saucisse d’Ajoie sur la terrasse. Mais le temps file et sa commande tarde... L’une des sommelières vient s’excuser. «Vous êtes de la télé, n’est-ce pas?» dit-elle. Béatrice Barton acquiesce, souriante. «Ben on vous a oubliée... Je suis vraiment désolée. Le pire, c’est qu’hier, on avait déjà quelqu’un d’autre de la télé et qu’on l’a oublié aussi!» Hilare, la productrice laisse couler. Elle mangera en quatrième vitesse.

Son équipe, emmenée par le réalisateur Mauro Losa, est présente également. C’est chaque fois la même, ou presque, car la productrice mise sur l’esprit de famille. Ainsi n’est-il pas rare qu’un technicien, à l’image de Béatrice, noue des liens d’amitié durables avec l’un ou l’autre candidat. «Une fois qu’on est entré dans la bulle intime, on y retourne, confie Patrick Mounoud, caméraman. L’an dernier, je suis allé en famille fêter le 1er Août chez Rémy (ndlr: l’inoubliable agriculteur du Jura bernois révélé dans «Un dîner à la ferme», première saison).»

Pour ce premier tournage de la troisième saison d’Un dîner à la ferme, le team se rend aux Emibois (JU), chez un éleveur de chevaux. Béatrice arrive la première. L’agriculteur est là avec Toinette, son épouse, et leurs enfants. Elle n’a pas eu besoin de les convaincre. Ils étaient partants tout de suite.

Le respect que Béatrice Barton témoigne aux candidats est capital. «Les Romands ont tous des accents. Moi, je trouve que ça a du charme et mon équipe pense comme moi. C’est très important, souligne-t-elle. En France, sur une chaîne commerciale, on se moquerait des gens. Ici, ce n’est pas possible.»

Elle pensait ne produire qu’une saison d’Un dîner à la ferme et la voici embarquée dans un troisième service, certes un peu réaménagé. Serait-elle à court d’idées? «Non, tout cela, c’est de la matière vivante, répond-elle, et les formats évoluent.»

Pour ce premier jour de tournage, le programme consiste à mettre en boîte un maximum d’images de l’activité de l’exploitation. La famille franche-montagnarde enchaîne les séquences avec application. Béatrice observe, silencieuse. Elle prend quelques photos.

«J’ai un oeil partout, confiet-elle, ce qui me permet de souffler parfois une idée au réalisateur. J’emmagasine aussi des impressions qui me serviront pour le commentaire.» Au bout de quatre heures de tournage, elle prend congé de ses hôtes, qui auraient souhaité l’avoir pour goûter. Elle reviendra le lendemain.

Direction L’Etivaz (VD) où, à 20 heures, elle est attendue pour la diffusion publique de Mon village a du talent. Deux émissions en un jour, cela fait beaucoup! Mais Béatrice Barton arrive à l’heure dans le petit village du Pays-d’Enhaut.

EXCITATION À L’ÉTIVAZ

Une diffusion publique a été organisée. Béatrice rejoint Touria Mollien, l’héroïne de la soirée, pétillante Vaudoise d’adoption, née à Perpignan, mais d’origine marocaine. L’ambassadrice de L’Etivaz, qui exploite avec son époux Jean-François l’hôtel du Chamois, est tout excitée. «L’Etivaz?» lance-t-elle à la foule, qui réplique aussi sec: «On est là!»

Parmi les invités, on reconnaît Sylvia, de Cugy (VD), et John Zaugg, l’ambassadeur de Bonfol (JU). «C’est que du bonheur, confie-t-il au sujet de l’après-diffusion. Le lendemain, je faisais mes courses et une dame m’a dit: «Cela fait bizarre de vous voir en vrai!» C’est excellent. Tu donnes beaucoup, mais tu reçois tellement en retour!»

Assise au premier rang dans la salle des Chamois, Touria Mollien se lève pour délivrer un message personnel: «Béatrice, tu as cette humanité en toi, bravo. Surtout, ne t’arrête pas! Les villages ont besoin de toi!» Béatrice sourit, mais elle est émue.

«Béatrice est toute simple, toujours de bonne humeur, confie ensuite Touria de manière plus intime, elle ne fait pas de chichis. La première fois que je l’ai vue, on se tutoyait au bout de dix minutes. Elle m’a convaincue alors que j’étais encore hésitante. Avec elle, c’est toujours à échelle humaine et c’est ce que les gens veulent.»

La diffusion de l’émission est rythmée par les éclats de rire de la salle. L’Etivaz révèle ses talents cachés. La Suisse romande découvre ce village haut perché. Lorsque Touria entonne Il venait d’avoir 18 ans, la chanson de Dalida, le public est bouche bée. Béatrice Barton, elle, est en larmes. «Je pleure à chaque fois, avoue-t-elle en riant, mais là, ça m’a vraiment émue, compte tenu du parcours de Touria, du contexte social.»

Le village de L’Etivaz profitera-t-il de cette diffusion? Président de l’Avenir, qui chapeaute une dizaine de sociétés locales, Sylvain Clot, dit Tintin, est prudent: «Difficile à dire. Le nom du village est déjà connu grâce au fromage. On verra bien.»

Toujours discrète, Béatrice Barton embrasse Touria, John et les autres, après avoir goûté au millefeuille dédié à l’émission. Dans cette nuit claire de veille de pleine lune, elle s’éclipse. Un seul être vous manque...