Dans le centre-ouest du Brésil s’étend le plus grand marais du monde. Les habitants tentent tant bien que mal de préserver ce milieu extrêmement riche en traditions et en biodiversité, mais menacé. Une famille suisse a relevé le défi.
Par
Quan Ly - Mis en ligne le 28.07.2010
S’étendant dans le centreouest du Brésil et débordant sur le Paraguay et
la Bolivie, le plus grand delta intérieur du monde (210 000 km2, soit
cinq fois la Suisse) vit au rythme de l’alternance entre saison humide
et saison sèche.
Les premières pluies d’octobre, suivies par les orages et les déluges de
novembre, inondent jusqu’à 80% des terres les bonnes années. Les
innombrables cours d’eau convergent vers cette vaste dépression formée
au moment de la surrection des Andes. Souvent éclipsé par la renommée de
l’Amazonie, le Pantanal (du portugais pântano, signifiant marécage)
offre pourtant une formidable mosaïque d’écosystèmes. L’immense marais
constitue l’habitat de 3500 végétaux connus, abrite l’une des plus
fortes concentrations d’animaux, assure la survie de plus de 650 espèces
d’oiseaux et 325 espèces de poissons. Des animaux menacés de
disparition prolifèrent: les loutres géantes d’Amazonie envahissent les
cours d’eau, les caïmans se comptent par millions (entre 20 et 35!), les
effectifs des aras hyacinthes explosent et les jaguars, en prédateurs
suprêmes, ont de quoi festoyer.
LE GRAND FESTIN
A partir du mois de mars, la chaleur absorbe peu à peu l’humidité. Partout, le niveau des eaux diminue. De mer intérieure, le Pantanal se fait lacs, étangs et, in fine, flaques. Les piuvas, arbres emblématiques de la région, croulent sous les fleurs et annoncent le début de la saison sèche. Le grand festin peut commencer. Forêts et savanes regorgent de fruits qui laissent échapper leurs graines, régals des toucans et des aras. Sur les berges, perchée et dissimulée dans les branches, la faune est à l’affût des proies qui se concentrent autour des derniers points d’eau. La boue resserre son étau sur les poissons qui se retrouvent ainsi piégés. Pour le plus grand bonheur des oiseaux qui s’adonnent à la pêche miraculeuse. Les caïmans entament pour leur part de longues marches sous le soleil pour gagner les ultimes points d’humidité.
L’homme, lui, a appris depuis longtemps à s’adapter aux cycles des inondations. Depuis deux cents ans, des colons portugais pratiquent un élevage extensif des bovins, produisant plus de bétail durant la saison sèche et bénéficiant de la fertilité des sols pendant la période humide. Lorsque le marais se vide de son eau, les pistes encore boueuses reliant les immenses propriétés (fazendas) sont à nouveau praticables. On peut alors se retrouver entre voisins, se rendre en ville. Les enfants reprennent la route de l’école.
Cependant, confrontés au morcellement de leur domaine par le jeu des héritages, aux fluctuations du marché de la viande qui poussent à un élevage intensif, les propriétaires fonciers assistent aujourd’hui à une dégradation progressive de l’usage traditionnel de leurs terres.
Le Pantanal est aux mains des planteurs de soja, des charcoals boys qui déboisent à tout va pour alimenter toujours plus de fourneaux à charbon de bois, des éleveurs qui intensifient leur production de bétail sur des parcelles réduites et, surtout, des exploitations minières.
ÉCOSYSTÈMES MENACÉS
Face à cette menace pour les écosystèmes, certains ont décidé de réagir. C’est le cas du biologiste Lucas Leuzinger et de sa femme Marina Schweizer, agronome. Avec leurs deux filles, Leticia et Ana Emilia, ils prennent soin de leur fazenda Barranco Alto et de ses 10 000 hectares, que Jorge Schweizer a acquis dans les années 80. Ce couple suisse polyglotte s’investit dans la protection du marais, créant ses propres réserves naturelles, s’interdisant de déboiser et d’augmenter le troupeau. Autre objectif: maintenir à tout prix les populations sur cette terre menacée, riche de traditions et de biodiversité. Pour ce faire, ils financent une école pour les enfants des fazendas environnantes, favorisent l’emploi à la ferme des femmes des cow-boys. Ils offrent également un accueil écotouristique de qualité grâce à leur écolodge, qui dispose de quatre chambres seulement. Pour eux, la préservation du Pantanal ne passe pas par le tourisme de masse.
EN SAVOIR PLUS
Vous pouvez mieux connaître les activités proposées par Lucas Leuzinger et Marina Schweizer en surfant sur leur site internet: www.fazendabarrancoalto.com.br