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PLONGÉE MORTELLE
LA DERNIÈRE PLONGÉE DE «BRI»
Personnalité attachante, femme de caractère, la plongeuse valaisanne avait fait des grandes profondeurs son terrain de jeu. Mais vendredi 14 mai, en Egypte, lors d’une plongée d’entraînement à 200 mètres, elle n’est pas remontée à la surface. C’est tout le monde de la plongée et son Chablais natal qui sont en deuil.

Par Yan Pauchard - Mis en ligne le 19.05.2010

Brigitte Lenoir avait un rêve, celui de descendre là où aucune autre femme n’avait encore été, au cœur des abysses qu’elle aimait tant. Son projet s’appelait Deep230, soit la profondeur que la plongeuse de Monthey s’était fixée pour battre le record du monde féminin, détenu par une Sud-Africaine avec 221 mètres. Mais son rêve s’est brisé vendredi dernier, funeste 14 mai 2010, lors d’un entraînement en mer Rouge, dans la station égyptienne de Dahab. Bri, comme la surnommaient ses amis, n’est pas remontée à la surface. La faute à un incident technique. Imprévisible. Foudroyant. Lors de la remontée après une plongée à 200 mètres, le système d’injection a connu une défaillance. La Valaisanne s’est soudain retrouvée avec beaucoup trop d’oxygène dans l’organisme. Elle a fait une crise hyperoxique. Elle était à - 147 mètres. La mort a été quasi immédiate. Les trois plongeurs qui l’accompagnaient à ce moment n’ont rien pu faire. Elle avait 40 ans. Elle laisse un fils, Dylan, 12 ans.

La nouvelle de l’accident a provoqué une onde de choc dans le petit monde de la plongée profonde. Avec ses talons aiguilles et son mascara, Bri était une personnalité atypique dans ce milieu très masculin. «On se souvient tous de ses joies, de ses coups de gueule. Tu savais toujours quand elle était là», confie son ami et coach, Jean-Luc Morier. Surtout, la Valaisanne en imposait à ses collègues par son professionnalisme, sa détermination, sa minutie. «Brigitte possédait une connaissance technique hors du commun, confirme Sébastien Micheloud, instructeur à Monthey. Elle avait effectué une grosse préparation, aussi bien physique que mentale.» Footing, natation, VTT, cardio, musculation, taï-chi, elle s’entraînait avec assiduité depuis des mois.

Expérimentée, elle avait à son actif plus de 1000 plongées, dont une centaine à plus de 100 mètres de profondeur. Elle fonctionnait également comme plongeuse d’intervention, auprès de l’Organisation cantonale valaisanne de secours, pour toute opération de recherche de personnes disparues dans le lac ou en rivière.

CHAMPIONNE MODESTE

Pour cet entraînement à Dahab, encore une fois, elle n’avait rien laissé au hasard et s’était entourée d’un encadrement professionnel. La sécurité était assurée par pas moins de dix plongeurs, dont le Français Pascal Bernabé, le recordman du monde avec ses - 330 mètres, certainement l’homme le plus expérimenté de la planète. Plus de 100 bouteilles de secours avaient également été disposées tout au long de la descente. «Je n’ai jamais rencontré quelqu’un d’aussi consciencieux, poursuit Jean-Luc Morier. Elle pouvait faire et refaire les calculs. Elle ne se contentait d’aucune approximation.» Quelques minutes avant sa dernière plongée, sereine, c’est elle qui rassurera un ami caméraman. «Je la sens bien», lui a-t-elle glissé. Sur le pont du bateau, elle affichait le calme des gens qui se savent prêts. Qui connaissent également les risques.

«Une personnalité attachante, un coeur énorme, gros comme ça»

La plongée, Brigitte Lenoir l’a découverte en 2001, au retour de Zurich, où elle avait passé son brevet fédéral de spécialiste en exportation. Elle y goûte pour la première fois à la gouille du Duzillet, à Saint-Triphon. Elle attrape immédiatement le virus. Fonceuse, en neuf mois, la Valaisanne passe tous les brevets jusqu’au niveau semi-professionnel. En 2009, une rencontre avec Pascal Bernabé la convaincra de tenter ce record du monde féminin. Deep230 était né. Comme toujours, elle s’y lance à fond. Le 10 avril dernier, dans le Léman, au large du Bouveret, elle réussit un premier exploit. Elle descend à 154 mètres et bat ainsi le record de plongée avec recycleur. Cette performance connaît un certain retentissement, presque à l’insu de Brigitte. «Les médias sont venus, alertés par le bouche à oreille, et peut-être parce que c’est une femme. Elle ne cherchait pas à faire parler d’elle, c’était même plutôt le contraire. Elle plongeait avant tout pour elle», relève Jean-Luc Morier. Anita Charrière, une collègue et amie, confirme que la plongeuse de Monthey s’étonnait plutôt de cette petite notoriété: «Des gens lui demandaient même des autographes, elle n’en revenait pas.»

TÊTE BRÛLÉE

«La plongée, c’était sa passion, mais elle n’était pas du tout dévorante, tient à préciser Gilles Woeffray, son frère cadet. Il y avait son fils, elle passait beaucoup de temps avec lui.» Elle était restée très attachée à son Chablais, elle qui a passé toute son enfance à Choëx, sur les coteaux surplombant Monthey, ville où elle était née le 15 septembre 1969. Tête brûlée depuis toute petite, elle y a fait les quatre cents coups. On se souvient encore du jour où, faisant de l’équitation, dans sa jeunesse, elle avait terminé dans le Rhône avec son cheval. «Surtout, elle avait beaucoup d’empathie pour les gens», ajoute Gilles Woeffray. Ses amis plongeurs décrivent «une personnalité attachante, un cœur énorme, gros comme ça». Brigitte s’épanouissait également professionnellement dans son job de courtière en immobilier, qu’elle exerçait à Monthey, après avoir travaillé dans l’exportation de vin sur la Riviera vaudoise. «Dans le boulot, elle était d’une grande éthique, souligne Anita Charrière, qui était son assistante. Bri était quelqu’un de droit, honnête, franc. C’était quelqu’un de bien.»

Une cérémonie religieuse sera donnée ce mercredi 19 mai, à 10 heures, à l’église catholique de Monthey, sa ville. Il y aura son fils Dylan, ses parents, Yvette et Jeannot, sa grande sœur et ses deux petits frères, la famille, ainsi que de très nombreux amis. Ils lui rendront un dernier hommage. Malheureusement, le corps de Brigitte n’a pas pu être ramené à la surface. Les plongeurs qui l’accompagnaient ont essayé de la tracter. Sans succès. Ils y auraient aussi laissé leur vie. A 150 mètres de profondeur, chaque minute de perdue peut se révéler fatale. Le cœur gros, ils ont donc dû laisser Bri être emportée par les courants au fond de ces abysses qu’elle aimait tant.




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Tags: Brigitte Lenoir, plongée, plongeuse, disparition, Egypte, Chablais Aller en haut de page Haut de page

 

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