Concerts trop courts, stars en petite forme, spectacles joués d’avance… A l’heure où débute la grande ronde des shows d’été, il est bon d’écouter les leçons de Bruce Springsteen. Le plus généreux,
le plus infatigable, définitivement.
Par
Jean-Blaise Besençon - Mis en ligne le 30.06.2010
Il y a juste une année, le 28 juin (deux jours avant son concert au stade de Suisse à Berne), Bruce Springsteen donnait à Londres un de ces concerts monstres qui font passer n’importe quel autre show pour du pipi de chat.
L’homme en noir
Non content d’avoir composé des brouettes (et des brouettes!) de chansons au poil, l’homme du New Jersey possède aussi un goût très sûr pour ses reprises. Ici, la machine se met en marche avec London Calling, inoubliable hymne de The Clash, ma foi fort bien trouvé pour battre le rappel des 50 000 spectateurs rassemblés à Hyde Park. Springsteen enchaîne avec Badlands, morceau d’ouverture de Darkness on The Edge of Town, paru en 1978, une année avant le chef-d’œuvre du quatuor punk anglais.
A ce moment-là, c’est rien dire que le Boss a déjà mouillé sa chemise: elle est totalement détrempée, la sueur du patron s’écoulant des manches comme d’une gouttière sous un ciel d’orage! Musicalement, le détail n’est pas très intéressant, il résume bien par contre ce qui fait de Springsteen, 61 ans quand même, un rocker comme on n’en voit plus guère.
Certes, comparé aux pépites évoquées ci-dessous, la version 2009 de son E Street Band n’est sans doute pas la plus finement inspirée. Le son est énorme, lourd, et tous les hommes en noir limite sinistres.
Clarence Clemons, le saxophoniste juste remis de graves ennuis de santé, peine visiblement à se mouvoir. Ainsi, les duos--duels se jouent plutôt avec les guitaristes. Par moments on se demande si le violon de Soozie Tyrell ou le piano de Charlie Gordano sont bien utiles dans la mesure où l’on ne les entend simplement pas!
Le plaisir, finalement, n’est pas là, mais dans ce concentré d’énergie et de rock’n’roll (will nerver die) exécuté, sans artifices et sans temps mort trois heures durant. Quelle claque!
London Calling, Live in Hyde Park, Bruce Springsteen & The E Street Band, Sony.
Faux acoustique
22 septembre 1992, Spring-steen se prête au jeu alors très à la mode des concerts unplugged (électricité débranchée) pour MTV. En fait, l’acoustique ne tient que le premier titre, après lequel le patron fait de nouveau rugir les amplis à fond. Avec deux inédits.
In Concert, Unplugged, Sony.
Le best of live
Manque juste les images, mais ce premier live officiel de Springsteen (3 CD), composé avec le plus grand soin, documente à la perfection les années 1975-1985, sans doute les plus fécondes. Voir aussi le fabuleux concert
du 18 novembre 1975 à Londres, offert avec la réédition 30e anniversaire de Born to Run.
Live 1975-1985, Sony.
Le plus brûlant
Une set list de rêve, Darkness on The Edge of Town, Badlands, She’s The One, et un Thunder Road ravageur pour conclure deux heures et demie de concert devant des Espagnols KO debout. Le feu de ce concert exceptionnel du 16 octobre 2002 fait oublier le son parfois un peu brouillon.
Live in Barcelona, Sony.
Le grand retour
Durant l’été 2000, Spring-steen est de retour à New York avec un E Street Band regonflé à bloc après six longues années de silence forcé (le patron se la jouait solo). Le plaisir des retrouvailles est manifeste avec un poignant American Skin (41 shots) en bonus.
Live in New York City, Sony.