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FOOT - XAMAX
BULAT CHAGAEV: PRÉDATEUR OU PIGEON?
Le nouveau propriétaire tchétchène de Xamax tire en rafales depuis son arrivée, le 12 mai. Vingt employés ont déjà été virés! «L’illustré» a dressé la liste détaillée des griefs adressés à son prédécesseur Sylvio Bernasconi, accusé notamment d’avoir dissimulé 4 millions de dettes. Le camp adverse réplique en parlant de fuite en avant qui mènerait Xamax à la ruine.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 02.08.2011

Bulat Chagaev promettait un feu d’artifice. Il a tenu parole. Affublé du bonnet d’âne sur le terrain, son Neuchâtel Xamax continue à faire le spectacle en dehors. Il faut dire que le milliardaire tchétchène a fait fort depuis sa prise de pouvoir, il y a huitante-trois jours: vingt licenciements, série en cours. Personne n’a été épargné. Du staff administratif au staff technique, en passant par les joueurs, les sponsors et même le président Andreï Rudakov, dégradé la semaine dernière, le nettoyage est impressionnant. Un coup de torchon qui émeut jusqu’au monde politique. A l’origine de ce grand chambardement, la conviction du boss de s’être fait rouler par l’ancien propriétaire, Sylvio Bernasconi, puis mener en bateau par des joueurs, Binya, Galatto, Carlão, et surtout des techniciens, Sonny Anderson, directeur sportif, François Ciccolini, entraîneur, Jean-Luc Ettori, entraîneur des gardiens, et Patrick Legain, préparateur physique, qu’il a luimême engagés et qu’il accuse aujourd’hui d’avoir oeuvré à la solde d’agents véreux cherchant à se remplir les poches sur le dos du club. En clair, Bulat Chagaev, qui a usé trois entraîneurs en trois mois (Ollé-Nicolle, Challandes, Anderson), se pose clairement en victime, en pigeon même. Une posture endossée sitôt après la finale de la Coupe de Suisse perdue contre Sion (2-0), un match dont le clan tchétchène est persuadé qu’il a été bradé.

1,2 MILLION POUR ACHETER LE CLUB

Entre les avocats du puissant homme d’affaires et les partisans du camp adverse se joue une vraie partie de poker menteur. L’un d’entre eux, proche de Chagaev, brandit un audit tout juste bouclé d’une centaine de pages censé démontrer que Sylvio Bernasconi aurait laissé pour 4 millions de cadavres dans les placards. «Si vous achetez une voiture et que son propriétaire camoufle délibérément des vices cachés, son acte est pénal. C’est pareil pour une société anonyme», menace-t-il, avant de poursuivre: «M. Chagaev a déboursé 1,2 million de francs pour devenir propriétaire de Xamax. Il se doutait que le club ne respirait pas la santé, mais était loin de l’imaginer cliniquement mort.» Impossible, cependant, de consulter l’épais document. Il faut croire sur parole. Idem pour le bénéfice du Lunch Max, le repas de soutien qui a réuni 1450 personnes le 30 mai dernier, estimé à 350 000 francs, qui aurait mystérieusement disparu ou n’aurait en tout cas pas été affecté au mouvement junior comme le prévoient les statuts. «Que les créanciers mettent le club en faillite! Vous verrez bien qui de M. Chagaev, pas même administrateur de la SA, ou de M. Bernasconi sera poursuivi», s’agace un autre proche du Tchétchène, estimant que son prédécesseur a cru trop vite s’être débarrassé de la patate chaude, selon ses propres termes. «S’il pense, et avec lui les milieux politiques du canton ainsi que tous ceux qui ont gravité autour du club jusqu’à maintenant, qu’il suffit de faire front commun et de charger M. Chagaev pour, in fine, le faire passer à la caisse, il se trompe. N’en déplaise à l’Etat aussi, qui n’a sans doute pas provisionné les 800 000 francs de sa facture pour les frais de sécurité de la saison passée, M. Chagaev est venu à Neuchâtel pour faire revivre et prospérer Xamax, pas pour régler les dettes des anciens gestionnaires.»

Une facture à laquelle la nouvelle équipe n’échappera pas, c’est celle des indemnités que Sonny Anderson, François Ciccolini, Jean-Luc Ettori et Patrick Legain, tous sous contrat pour une année avec une année supplémentaire en cas de qualification européenne, lui réclament, pour licenciement abusif: 1,6 million de francs. «Lorsqu’un contrat est rompu sans justification, on s’expose à une indemnité punitive d’environ six mois de salaire en plus de ceux de la saison en cours», évalue un proche du dossier, qui attend de Bulat Chagaev qu’il règle au plus vite ce contentieux. Dans le même registre, Didier Ollé-Nicolle, remercié le soir même de l’arrivée aux commandes du Tchétchène, attend lui aussi ses indemnités, tout comme Bernard Challandes, qui n’a touché que 40 000 des 110 000 francs de sa «pige» effectuée en mai.

CHAGAEV N’AURAIT ENCORE RIEN PAYÉ

Dans le camp des anciens dirigeants, on dit tomber des nues. Et on réfute en bloc toutes les accusations en prenant à témoin la licence de jeu accordée au club ce printemps par la Swiss Football League. «Un sésame que Xamax n’aurait jamais obtenu si les cadavres dont parle M. Chagaev existaient. Ou alors, qu’il les montre une fois pour toutes. A ma connaissance, des courriers recommandés lui ont été envoyés en ce sens, auxquels ni lui ni son staff n’ont daigné répondre», rétorque un conseiller de l’ancienne équipe, convaincu que cette dernière n’a rien à se reprocher. Au contraire, notre interlocuteur estime que le nouveau patron des rouge et noir n’a pas encore dépensé un seul centime depuis son arrivée. «Entre l’argent de la finale de la Coupe et la tranche des droits de télévision, le club a encaissé près de 1,5 million ces dernières semaines. Sans compter le million versé pour la saison en cours par deux gros sponsors la veille même de leur exclusion et qui n’a pas encore été remboursé malgré des demandes réitérées. Enfin, bien que les renouvellements d’abonnements ne fassent que commencer, on peut imaginer qu’un peu d’argent est déjà rentré par ce biais.» La saison dernière, Xamax comptait 40 membres business à 40 000 francs chacun, 178 adhérents à 10 000 francs au Club des amis et 500 à 2000 francs au Club des 200.

Ce n’est pas tout. Selon un ex-membre du staff administratif, Bulat Chagaev n’aurait pas payé l’immense feu d’artifice du 27 mai dernier, ni indemnisé le club pour les deux matchs gratuits qu’il a imposés en fin de saison. Un montant que Philippe Salvi, l’ancien directeur du club, aurait logiquement réclamé à son nouveau patron, initiative qui aurait contribué à son licenciement. Quant au bénéfice du Lunch Max, il aurait servi à payer les salaires et les factures du mois de mai. «Le club n’a qu’un porte-monnaie. Que ce soit pour les charges courantes ou le million que coûte le mouvement junior, l’argent se fond dans la masse», justifie-t-on.

En aparté, certains s’étonnent également que Bulat Chagaev, «que personne n’obligeait à racheter le club en douze heures», n’ait pas pris la peine d’éplucher les comptes. «Venir se plaindre après n’est pas très crédible», estime un autre observateur avisé du club, en affirmant qu’un adjoint de Sonny Anderson, alors encore sous contrat, s’est fait éjecter de l’hôtel où il logeait parce que le club ne payait pas sa chambre. Notre interlocuteur émet également de gros doutes à propos du fameux rapport d’audit visant Sylvio Bernasconi. «Trois fiduciaires ont successivement jeté l’éponge à peine leur mandat commencé», assure-t-il, avant de conclure: «De deux choses l’une: ou M. Chagaev admet qu’il s’est trompé, fait amende honorable et assume ses engagements, ou tout cela se terminera par un immense procès ou, pis, par son départ. Dans ce cas, Sylvio Bernasconi aura le devoir moral de reprendre les rênes du club et de trouver des solutions. Cela lui a déjà été suggéré», confie ce conseiller juridique.


TÉMOIGNAGES

 

GILBERT FACCHINETTI

«L’ÂME DU CLUB S’EST ENVOLÉE»

Au milieu de ce chaos, comment ne pas penser à lui? Gilbert Facchinetti, 75 ans, dont 54 de bons et loyaux services au club qui l’a élevé au rang honorifique de président central à vie, est très affecté par la situation. «L’âme du club s’est envolée », lâche-t-il, la larme à l’oeil. Désabusé, dépité par la tournure des événements, le chef historique des rouge et noir refuse pourtant de rendre les armes. «A une année du centième anniversaire du FC Xamax, ce n’est pas le moment.» Le président de coeur n’est pas seul dans cette épreuve. «Je reçois des messages de soutien de tout le pays. Des téléphones, des courriers, souvent touchants, toujours réconfortants. L’attachement à Neuchâtel Xamax est intact», assuret-il, soulagé.

Pour Facchi, le principal responsable de ce désordre n’est autre que Sylvio Bernasconi. «Il a cédé le club au plus offrant, sans se soucier du reste. Il faut maintenant espérer que Bulat Chagaev tienne ses engagements. Je ne le connais pas. Je l’ai apostrophé après le match contre Lucerne. Il est revenu sur ses pas, m’a embrassé puis a tourné les talons», raconte celui qui fut le principal bailleur de fonds du club durant près de quarante ans. «Combien j’ai mis? Même sur mon lit de mort, je ne le dirai pas.» Quand on aime… C. R.

 

CHRISTINA MINEZAC, VOISINE DE BULAT CHAGAEV

«IL NE MÉRITE PAS TOUTES CES CRITIQUES»

Simple, poli et généreux. C’est ainsi que Christina Minezac (67 ans), l’unique voisine de Bulat Chagev à qui elle a vendu en décembre 2009 la villa mitoyenne à la sienne, à un jet de pierre du Léman, à Saint-Sulpice (VD), décrit le nouveau propriétaire de Xamax. «Il a emménagé en mai 2010 avec Irina, sa femme, leurs deux filles, Dagmara (13 ans) – du même prénom que sa société financière établie à Genève, Dagmara Trading SA –, Tamara (8 ans) et Lolita (16 ans), leur nièce. Les trois suivent une école privée à Lausanne. Ils forment une famille très unie», relève la municipale vaudoise, Ukrainienne par son père. Des voisins simples, sympas, assure-t-elle. «Madame n’a pas de femme de ménage, fait ses courses à la Migros comme vous et moi. Lui est très respectueux et s’est montré bienveillant avec mon papa, orthodoxe, décédé l’année dernière à l’âge de 102 ans. Bien qu’il soit musulman, M. Chagaev se recueille chaque semaine sur sa tombe», s’émeut-elle, avant de fustiger l’attitude des médias: «Il ne mérite pas toutes leurs critiques. L’autre jour, il m’a montré les tours de passepasse financiers de ses prédécesseurs à Xamax. J’ai été choquée. » Christina préfère parler du piano demi-queue qu’il vient d’offrir à un EMS et de cet enfant russe gravement malade dont il finance les soins de manière anonyme. La provenance de sa fortune et ses relations privilégiées avec le dictateur tchétchène Ramzan Kadyrov? Des questions privées, qui ne la regardent pas, coupe-t-elle. «Quand il rentre de Grozny, où il se rend en jet privé, il n’oublie jamais de me ramener des tomates et des concombres», insiste cette ancienne cadre d’une multinationale. «Et lorsque la famille part en vacances, Monsieur profite de faire faire des travaux dans la maison. Il paie d’avance pour être sûr que tout soit fini à son retour. 70 000 francs pour l’escalier en marbre du jardin, 30 000 francs pour la peinture des façades…». C. R.

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Tags: Bulat Chagaev, foot, Xamax, Neuchâtel Aller en haut de page Haut de page

 

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clodo, le 30.10.2011 à 22:07

Je ne comprend pas latitude de cet homme, c'est affreux de venir faire un bordel pareille quand tout allait assez bien au Neuchâtel Xamax. Je tiens à féliciter et remercier tous les joueurs d'être toujours là et de bien jouer. Que va devenir ce club avec un beau terrain. Je pense que ce MONSIEUR doit s'en aller ! Merci à tous ceux qui se battent. clodo

m8888, le 17.08.2011 à 12:24

Faites attention aux petits suisses, Monsieur Chagaev, c'est une mafia locale, qui dirige la justice, ne finissez pas comme ROGER Marc

frangin, le 05.08.2011 à 21:15

M. Chagaev, je vous soutiens et ne crois plus un mot de berlusconi, lui qui a dit que ceux qui n'ont pas de fric n'ont rien a dire, c'est un pauvre type. Demandez conseil a GILBERT FACCHINETTI, c'est un roi du foot.

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