LA PRO
La Pre Monica Castiglione-Gertsch est directrice du Centre du sein et médecin responsable de l’Unité d’oncogynécologie médicale des Hôpitaux universitaires de Genève.
Nos cheveux, et tous les poils de notre corps, partagent une particularité avec le cancer: ils sont générés par des cellules à division rapide. C’est cela qui les place dans la ligne de tir des traitements visant ce type de cellules. Pour les protéger, la médecine n’a qu’une option à proposer: le bonnet glacé ou casque réfrigérant. Celui-ci limite la circulation des médicaments dans le cuir chevelu en resserrant les vaisseaux sanguins. Mais, outre le fait que le porter durant les séances est assez douloureux, il n’est pas sans risque. Interview.
Le casque réfrigérant est-il le seul moyen de prévenir la chute des cheveux?
Oui. Toutefois, nous ne l’employons presque plus. Il existe en effet un risque que les patients développent des métastases du cuir chevelu, puisque le casque limite les dégâts mais aussi la protection de la chimiothérapie dans cette région.
Ce risque n’est-il pas minime?
J’en ai assez vu dans ma longue vie oncologique pour en avoir peur.
Le cancer du sein est-il plus à risque que les autres pour la perte des cheveux?
Non. Ce n’est pas le type de cancer qui est lié au risque de perdre les cheveux, mais le type de traitement qu’on doit appliquer.
Pour le sein, quels traitements nuisent aux cheveux?
Beaucoup de chimiothérapies, par exemple la cyclophosphamide, l’adriamycine/ épirubicine et les taxanes. Mais une certaine chute des cheveux, généralement modeste et qui n’entraîne pas l’usage d’une perruque, peut aussi être observée avec les thérapies antihormonales, en particulier avec les inhibiteurs de l’aromatase (Femara, Arimidex, Aromasin).
Quels sont les cancers qui nécessitent des traitements à risque pour les cheveux?
Si l’on parle de cancer en général, je dirai que ceux du sein, de l’ovaire, du poumon, de l’estomac, ainsi que les lymphomes, les leucémies et les sarcomes, sont les types de cancers pour lesquels on emploie le plus fréquemment des médicaments qui provoquent une chute des cheveux.
Qu’est-ce que le nouveau Centre du sein des HUG propose aux femmes pour les aider?
Notre prise en charge comprend une aide pour l’achat d’une perruque et des conseils pour les chapeaux, foulards et bonnets, ainsi qu’un soutien psychologique.
Heureusement, les cheveux finissent par repousser. Il faut attendre longtemps après la chimio?
Quelques semaines, pas plus. Ils repoussent souvent frisés mais, avec le temps, ils redeviennent comme avant. Certaines femmes m’ont même dit qu’ils étaient plus beaux qu’avant.
DÉCOUVRIR ET OFFRIR
L’ALBUM SOURIRE
Touchée par un cancer du sein l’an dernier, Sandrine Schwab a perdu ses cheveux au cours de la chimio. Pour doper son moral et celui de ses cinq enfants, cette mère de famille de Lignières a alors commencé à dessiner un petit personnage, chauve comme elle, qui vit mille mésaventures rigolotes avec sa perruque: Razetacouette. Aujourd’hui, les cheveux de Sandrine ont repoussé et Razetacouette est l’héroïne d’un livre sorti en octobre, que la jeune femme dédie à toutes celles qui passent par là et à leurs enfants. «Pour les aider à rire de ce qui fait pleurer.»
Razetacouette, son chat et la perruque vagabonde, 100 pages, 50 dessins. Librairie Payot Neuchâtel et La Chaux-de-Fonds: 28 fr. www.razetacouette.com: 24 fr. + port.