Ensemble, ils attendent un heureux événement: la réélection de Nicolas Sarkozy. Donné battu il y a encore quelques semaines, le président de la République française renaît dans les sondages à la faveur de deux événements privés, dont aucun n’est à ce jour avéré. L’un, malheureux, atteint son rival socialiste Dominique Strauss-Kahn, accusé de tentative de viol à New York; l’autre, heureux, annonce son épouse Carla Bruni-Sarkozy enceinte. La première dame ne dément ni ne confirme. Elle se tait mais multiplie les apparitions médiatiques. Nicolas Sarkozy a tout intérêt à la laisser faire. Quatre ans après son élection, l’hyperprésident a perdu de sa superbe. Il est même l’objet – la cible? – d’un film qui sort cette semaine à Cannes et en Suisse romande. La conquête, de Xavier Durringer, raconte comment il gagna l’élection de 2007 et perdit sa femme Cécilia, qui le quitta définitivement en octobre. Deux mois plus tard, Carla Bruni entrait dans sa vie. Elle n’est pas dans le film, mais la vedette, aujourd’hui, c’est elle. Voici comment, de figurante, la belle Italienne est devenue le premier rôle féminin.
DU COUP DE FOUDRE AU COUP DE GÉNIE
«On avait écrit que leur mariage durerait à peine dix-huit mois. Bon, ben on s’est plantés, reconnaît Chris Lafaille, coauteur, avec Paul-Eric Blanrue, de Carla et Nicolas, une liaison dangereuse, en 2008. Faut croire qu’elle a envie de rester encore un peu à l’Elysée…» Loin d’être un piège, l’idylle du président avec la chanteuse-mannequin s’est révélée un atout politique. «Carla est ce qui pouvait lui arriver de mieux», écrit le polémiste Franz-Olivier Giesbert. Ils ont en commun ce besoin de raviver le désir et l’intérêt en permanence. Aujourd’hui, elle le leste, le stabilise, lui permet de s’inscrire dans la durée. Il l’avait conquise comme un bastion, brandie comme un étendard, exhibée comme un trophée de chasse, il la met désormais en avant comme un joueur d’échecs active sa reine pour protéger son roi. L’avenir politique de Nicolas Sarkozy tient en partie dans les mains de sa femme. A moins que ce ne soit dans son ventre.
DE LA RUMEUR AU SCOOP
Carla Bruni-Sarkozy est-elle enceinte? La question agite les rédactions parisiennes depuis un mois et la France depuis le 23 avril, depuis que le magazine people Closer a lâché le scoop au présent de l’indicatif. L’annonce a été confirmée par le biographe Yves Derai, démentie par la mère de Carla, réaffirmée par Closer. Elle est étayée par la présence de la première dame, le 26 avril, «dans l’un des centres d’échographie et d’imagerie médicale les plus réputés de Paris, boulevard Saint-Germaindes-Prés» (selon Le Figaro), et par quelques indices moins objectifs: elle aurait arrêté de fumer, se mettrait à porter des vêtements (un peu) amples, a reporté la sortie de son prochain disque et a renoncé à monter les marches à Cannes avec Woody Allen (qui a failli vendre la mèche dans une interview). Même le bienveillant Gala ôte désormais les guillemets et le conditionnel. Jean-Pierre Pernaud, le présentateur du 13 heures de TF1, a conclu une interview de Carla en lui adressant ses «félicitations».
DU SILENCE à L’AVEU
C’est peu et beaucoup à la fois. L’intéressée n’a ni confirmé ni démenti, pas plus que l’Elysée. «Carla enceinte, c’est plus qu’une rumeur, mais il n’y a pas eu de confirmation, pas même en off», explique Renaud Revel, rédacteur en chef à L’Express. Plus qu’une rumeur, cela veut dire quoi? «Il n’y a pas eu de démenti officiel non plus, reprend Renaud Revel. En France, un no comment a valeur de confirmation. Sinon, on vous dit: «C’est faux.» D’autres titres prestigieux avaient l’info, mais seul Closer a osé la sortir.» Dernier scoop en date: une source proche du couple croit savoir que Carla attendrait des jumeaux! Forcément… Les stars, de Roger Federer à Céline Dion en passant par Mariah Carey, ne font pas les choses à moitié et ont tous des jumeaux.
«En France, un «no comment» a valeur de confirmation»
Renaud Revel, rédacteur en chef médias à «L’Express»
Plus sérieusement, le désir de maternité de Carla Bruni-Sarkozy, déjà mère d’Aurélien (11 ans) ne fait aucun doute. Elle l’a confié en 2008 à Vanity Fair, fait dire à Jacques Séguéla le 2 novembre 2009 dans Voici, et demandé à Vishnou en décembre dernier lors d’une visite en Inde. A 43 ans, c’est sans doute maintenant ou jamais. Cette envie, parfois qualifiée d’obsessionnelle, nourrit les rumeurs.
DU PLANNING FAMILIAL AU CALENDRIER ÉLECTORAL
Premier divorce, premier (re)mariage, la présidence Sarkozy sera-t-elle également celle de la première naissance à l’Elysée? Carla Bruni a été annoncée enceinte en décembre 2007 (c’était, paraît-il, la raison de leur mariage express), en février 2008, en août 2009. En 2009, Voici se fait l’écho de rumeurs annonçant un projet d’enfant… pour 2011, juste avant l’élection de 2012. Le couple aurait été impressionné par le gain de sympathie du président à la suite de son fameux malaise vagal. Un bébé en octobre, comme l’annonce Gala, serait du plus bel effet à six mois de l’élection et en pleine primaire du parti socialiste. Mais de là à planifier l’arrivée de la cigogne, il y a un fossé. L’Hebdo prête peu ou prou la même intention à la socialiste bernoise Ursula Wyss mais, côté français, on hésite quand même. «On prête beaucoup aux Sarkozy, mais imaginer un plan média autour d’un bébé, je trouve cela honteux, excessif et surréaliste», s’emporte Renaud Revel.
Un sondeur sondé par Le Nouvel Obs estime qu’un enfant amènerait cinq points de popularité en plus. L’exécution de Ben Laden en a rapporté onze à Barack Obama, mais bon… Pendant ce temps, Dominique de Villepin se fait plaquer par sa femme et Dominique Strauss-Kahn menotter par la police new-yorkaise.
DE MARILYN À BERNADETTE
«Mon ancien patron à Paris-Match, Roger Théron, disait toujours aux politiques: «Faites comme Kennedy!» Sarkozy, lui, a toujours tout fait à l’américaine. Mais une grossesse calculée, c’est quand même difficile à imaginer, Carla n’est plus toute jeune», estime Chris Lafaille. Ah, Kennedy… Le mythe de JFK a toujours beaucoup impressionné Nicolas Sarkozy. «Entre nous, ce sera comme Kennedy et Marilyn», promet-il à Carla un soir de coup de foudre chez Jacques Séguéla. Quatre ans plus tard, c’est moins le rôle de Marilyn que celui de Jackie Kennedy qui semble intéresser Carla. Elle ne chante quasiment plus et a appris tant bien que mal le job de première dame. Un peu plus en retrait, un peu plus discrète, un peu moins rebelle. Une grossesse la fait définitivement changer de statut: d’insaisissable princesse à reine mère.
Pilotée par l’Elysée, son évolution est balisée par de multiples petites phrases savamment distillées comme des petits cailloux blancs sur le chemin de la sagesse. Elle fut d’abord «opposée à un second mandat» de son mari. Puis elle fut moins catégorique: «je ne le souhaite pas vraiment», mais «en tant qu’épouse» et «pour sa santé». Puis encore un peu moins: «Quelles que soient la situation et les décisions que prendra mon mari, je ferai tranquillement avec.» Aujourd’hui, c’est elle qui a de facto lancé la campagne du président-candidat et affirme marcher à ses côtés. «Etre auprès de mon mari à la présidence de la République, pour moi, n’est pas un enfer mais une expérience. Je serai là pour l’aider.» «Je sais que Nicolas Sarkozy et elle ont établi un contrat de mariage très détaillé, assure Chris Lafaille. Il y est précisé son rôle exact, ses obligations, ses interventions publiques et médiatiques, sa carrière de chanteuse.» Mais chanteuse, Carla, un peu lâchée par le revirement de ses ex-amis saltimbanques, un peu contrainte par le désintérêt croissant de sa musique, ne l’est plus vraiment.
DE LA COPINE À LA MANIPULATRICE
Carla Bruni-Sarkozy est «bouche cousue» sur le thème de la grossesse mais cela ne l’empêche pas d’être omniprésente dans les médias. Fin avril, elle s’adressait aux lecteurs du Parisien. Une opération séduction que l’arrestation de Ben Laden le même jour fit passer au second plan. Les «vraies gens» sélectionnés par Le Parisien pour poser des questions eurent droit à une visite-surprise de Nicolas Sarkozy, venu en coup de vent embrasser son épouse. Quelques jours plus tôt, l’écrivain Alexandre Jardin assista à la même scène pour Paris-Match. Tout comme les lectrices de Femme actuelle l’an dernier! Et comme Woody Allen sur le tournage de Midnight in Paris.
«Tout est défini dans leur contrat de mariage»
Chris Lafaille, biographe
C’est un peu gros mais il y a plus subtil; Cécilia contrôlait tout, Carla suggère. Elle séduit par le sentiment de proximité et de simplicité qu’elle crée sans effort. Les lectrices du Parisien, à qui elle ne dit rien mais sur le ton de la confidence, sont sous le charme. Les journalistes, ceux qu’elle fait asseoir à côté d’elle pour l’interview, ceux à qui elle laisse son numéro de portable, ceux à qui elle adresse ensuite un SMS pour dire «je suis déçue», sont, eux, franchement manipulés.
Elle connaît parfaitement les médias et presque aussi bien les patrons de presse. Son réseau est impressionnant. Elle a fait un gros chèque en 2005 au magazine Les Inrockuptibles, l’hebdo culturel branché. Elle est amie de Denis Olivennes, ancien patron du Nouvel Observateur, de son successeur Laurent Joffrin (ex-Libération), de Christophe Barbier, le boss de L’Express, qui vient de publier une interview-fleuve de Nicolas Sarkozy, de Colombe Pringle, la rédactrice en chef de Point de vue, qui est de tous les déplacements officiels.
D’ARTISTE DE GAUCHE À «ULTRASARKOZYSTE»
Restait un élément: la conversion politique. En décembre 2007, Carla Bruni est presque une prise de guerre pour Nicolas Sarkozy. Amie des artistes, ancienne maîtresse de Laurent Fabius, elle est étiquetée socialiste. En juin 2008, Carla se déclare «épidermiquement de gauche». Pas de problème, l’heure est à l’ouverture; le gouvernement Fillon recrute au sein du PS. Trois mois plus tard, sur Canal+, elle assure qu’elle est «encore de gauche». Un an plus tard, le 15 janvier 2009, l’ouverture a du plomb dans l’aile et Carla opère un recentrage: «Je suis de gauche, mais je ne le revendique pas comme une provocation.» En 2010, on ne sait plus où la situer: «Je n’ai jamais voté pour la gauche en France, et je vais vous dire, ce n’est pas maintenant que je vais m’y mettre.» Et finalement le coming-out du 2 mai. Dans Le Parisien, Carla Bruni-Sarkozy se définit comme «ultrasarkozyste», et «plus du tout, du tout de gauche». Un couple est né.