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LA POLÉMIQUE
POURQUOI TANT DE HAINE?
Alors que deux livres, dont une enquête à charge, sortent sur elle cette semaine, la première dame de France est la cible de toutes les attaques. Qu’a-t-elle donc fait pour mériter ainsi pareil traitement?

Par Laurent Favre - Mis en ligne le 14.09.2010

Qui veut la peau de Carla Bruni-Sarkozy? Depuis des mois, pas une semaine sans une nouvelle rumeur, forcément désobligeante, envers l’épouse du président de la République française. Elle fait une apparition dans le prochain Woody Allen? On fustige les ordres venus «de tout en haut» pour permettre au réalisateur de tourner à sa guise dans Paris, on ironise sur son cachet au tarif syndical (150 euros par jour de tournage), on se gausse des 35 prises nécessaires pour une seule scène, on médit sur son talent présumé de comédienne, on lance des paris sur sa présence dans le montage final.

Décide-t-elle de soutenir Sakineh, cette Iranienne accusée d’adultère et condamnée à la mort par lapidation? Les journaux de Téhéran la traitent de «prostituée italienne», de «femme immorale». En France, les réactions sont tièdes au regard de l’outrage. Ses rares soutiens proviennent de camps généralement hostiles: les Chiennes de garde, Bernard-Henri Lévy. Au contraire, Catherine Deneuve l’éreinte depuis Venise. «Etant donné son passé, elle aurait mieux fait de se taire, son soutien pourrait être une arme à double tranchant.» Des propos que l’actrice a depuis démentis. Tous les journalistes présents auraient-ils mal entendu? A moins qu’ils ne soient mal intentionnés.

PROCÈS D’INTENTION

C’est le procès que l’on fait déjà à Besma Lahouri. Cette journaliste française publie cette semaine Carla, une vie secrète. Une biographie «non autorisée» (elle a rencontré près de 80 témoins mais pas son sujet d’étude) que l’éditeur Flammarion a opportunément présentée comme un brûlot. Les conseillers de l’Elysée sont parvenus à se procurer le livre avant sa sortie et l’ont épluché en vue d’éventuelles suites judiciaires. Ce ne sera vraisemblablement pas le cas, officiellement parce que ce bouquin «inintéressant et bourré d’erreurs» ne mérite pas tant de publicité.

«Il n’y a qu’avec Michelle qu’elle accepte de partager l’affiche»
Un proche de Carla Bruni, cité par Besma Lahouri

Un autre ouvrage sur Carla Bruni sort ce jeudi. Ecrit par les journalistes Yves Derai et Michaël Darmon, Carla et les ambitieux (Ed. du Moment) bénéficie des lumières de la principale intéressée. Une faveur suffisante pour que le livre soit considéré comme un complaisant pare-feu orchestré par l’Elysée. La gentille bio contre la méchante bio, et Dieu y reconnaîtra les siens.

ELLE COMPTE SES UNES DE MAGAZINES

Si l’on se fie aux bonnes feuilles publiées en avant-première par l’hebdomadaire Marianne, la méchante bio de Besma Lahouri ne révèle rien de vraiment fracassant. Elle a tout de même le mérite d’éclairer d’un jour nouveau la personnalité de Carla. Sa jalousie envers Cécilia Attias, qu’elle considère encore et toujours comme une rivale à qui elle livre une compétition à distance. Carla ne s’estimerait en revanche pas la rivale mais bien l’égale de Michelle Obama, la seule première dame à laquelle elle veut bien être comparée, et même associée. Problème: cette considération ne serait pas réciproque, loin de là.

Le livre décrit une Carla Bruni comptant ses couvertures de magazines et se désintéressant totalement de sa fondation. Débarquant au Burkina Faso, elle constate avec soulagement que personne ne remarquera qu’elle porte des jeans. Au chapitre des sentiments, elle apparaît volage en amour et fidèle en amitié. Ses ex célèbres et nombreux forment ainsi une confrérie plutôt encombrante avec laquelle Nicolas Sarkozy, bon gré mal gré, doit composer.

Rien de bien terrible. Seulement le portrait d’une femme insaisissable. «Carla est quelqu’un qui vit dans le XVIe arrondissement de Paris, entourée de personnel. Elle n’a aucun contact avec la réalité et vit dans une bulle dorée. Elle n’est pas proche des Français et s’intéresse surtout à son image, qu’elle cherche à maîtriser par tous les moyens», résume Besma Lahouri dans Marianne.

Son image, pourtant, lui échappe. Aujourd’hui, plus personne ne croit à son personnage de sainte, totalement dédiée à «mon mari». Les sourires sont trop figés, les poses trop maniérées. Et le grand écart trop grand avec l’ancienne Carla.

«Elle est inconstante en amour mais fidèle en amitié»
Le Times de Londres

Il n’y a pas si longtemps, l’Italienne la plus célèbre de France incarnait encore une sorte d’idéal féminin. Contemporaine, libre, indépendante, séduisante, cultivée, elle avait réussi sa reconversion dans la chanson et menait ses amours au gré de ses humeurs ou de ses envies. L’énumération de ses conquêtes témoignait davantage de son éclectisme et de son ouverture d’esprit (l’acteur Charles Berling, l’avocat Arno Klarsfeld, les philosophes Jean-Paul Enthoven puis son fils Raphaël) que d’une quelconque instabilité émotionnelle. A l’aise entre les griffes de Mick Jagger comme au bras de Laurent Fabius, Carla était la parfaite amazone des temps modernes.

«A NOTRE TOUR DE PAYER»

Tout aurait donc basculé le 2 février 2008. Par un mouvement de balancier aussi surprenant qu’outrancier, Carla Bruni est, depuis son mariage avec Nicolas Sarkozy, devenue calculatrice, dépourvue de talent, bête, vénale, superficielle. Et même moche, pendant qu’on y est (puisque son visage toujours plus tiré apparaît comme de moins en moins esthétique). Si, dans un premier temps, son côté gauche bobo a profité à son mari, c’est désormais elle qui traîne comme un boulet la mauvaise image du président.

Qu’a-t-elle donc fait pour mériter cela?

En fait, il n’est guère besoin de faire quoi que ce soit. Elle l’avait senti. Carla s’était ouverte de la relativité des choses et de la versatilité des gens à Blaise Calame dans L’illustré, en 1997, du temps où il était possible de l’aborder. «J’ai la très nette sensation que les gens ont une envie folle de voir quelque chose d’obscur et de malsain. Il y a un tel désir, une telle pulsion de la part des médias, des gens extérieurs… C’est insupportable pour les gens. A notre tour de payer! C’est lié à la morale judéo-chrétienne et au fait que nous autres modèles sommes censés avoir ce que les gens désirent le plus: la richesse, la beauté, la jeunesse. On souhaite donc qu’il y ait une rançon à tout cela.»

 



 

DANS SA CHRONIQUE «ENTRE NOUS SOIT DIT», LE JOURNALISTE CHRISTOPHE PASSER ÉVOQUE CARLA BRUNI

 

J’ai monté les marches du Festival de Cannes, il y a quelques années. C’était pour la projection d’un film avec Emmanuelle Béart, j’y allais comme simple spectateur. A gauche et à droite de l’escalier tendu de rouge se pressaient les grappes endimanchées de photographes. Je me suis dit que ça me ferait un souvenir. Alors j’ai pris un air de vedette. Enfin, disons que j’ai essayé de me faire une mine de vedette méconnue. Soleil de fin d’après-midi, je suis remonté le plus lentement possible vers le Palais, une marche après l’autre, genre c’est super banal, les gars, j’ai l’habitude, je fais la gueule et c’est un style. J’attendais juste un flash ou l’autre et ensuite il m’aurait suffi d’aller demander sa carte au type.

Personne n’a déclenché. Personne. Je n’avais absolument pas une allure de star méconnue, j’imagine, juste ma tête banale de quidam inconnu. Il est bien plus difficile que l’on croit d’avoir l’air de ce qu’on n’est pas.

Tenez, Carla Bruni, par exemple: comment le merveilleux Woody Allen, en tournage à Paris, a-t-il pu se l’imaginer en train de sortir d’une boulangerie avec une baguette de pain? Elle n’aura jamais l’air de quelqu’un avec du pain, cette fille. Elle aura toujours l’air de Carla Bruni, cet air de mannequin fameux à qui, justement, on apporte du pain.

Et encore, les mannequins ne mangent pas de pain, ça fait grossir, ils grignotent un peu de salade sans sauce.

De méchantes commères ont d’ailleurs aussitôt rapporté le problème. Plus de trente prises, et Woody Allen en train de lui expliquer, à Carla, qu’il ne fallait pas marcher en regardant la caméra avec un sourire niais. Ou que personne chez les gens normaux ne balançait sa baguette dans la rue comme si c’était un parapluie de grand couturier à 1000 balles. Et Sarkozy qui s’énervait. Et Woody Allen qui promettait au final qu’elle avait été parfaite, qu’il garderait absolument tout dans son film.

La rumeur suivante, il y a quelques jours, c’était qu’il l’avait d’ores et déjà coupée au montage. J’étais intrigué par ce mot: «coupée». Ça m’a rappelé la fin tragique de Marie-Antoinette, le mannequin autrichien qu’avait marié Louis XVI. Encore une histoire de baguette de pain, d’ailleurs: sauf que puisque le peuple en manquait, Marie-Antoinette préconisait les brioches à la place. Allen connaît trop bien la French monarchy et la psychanalyse pour avoir loupé ça: Carla la Présidente aurait été évidemment bien plus crédible en sortant de la boulangerie avec un gros paquet de brioches. Dans la rue, elle aurait commencé à les lancer aux gens, allez, youpi, prenez, c’est de bon cœur, mangez mes brioches. On aurait vu des Roms courir en essaim autour d’elle, les attrapant au vol, se prosternant devant sa grâce. Mais bon, c’est un autre film.

Carla Bruni n’a pourtant pas été coupée, aux dernières nouvelles. C’était encore médisances, jalousies, et je demeure dans la curiosité réjouie de voir ce futur film. «J’ai des questions à toutes vos réponses», a dit un jour si justement Woody Allen.

«Elle n’aura jamais l’air de quelqu’un portant du pain, cette fille. Elle aura toujours l’air de Carla Bruni, mannequin à qui on apporte du pain»



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Tags: Carla Bruni-Sarkozy, Nicolas Sarkozy, Woody Allen, France, Paris, politique, biographie Aller en haut de page Haut de page

 

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