Tapez «mère protectrice» sur Google, et vous verrez Carla Bruni-Sarkozy talonner de près la louve romaine du Capitole. Un nouveau symbole de la maternité nous est né: la louve de l’Elysée, prête à montrer les dents pour défendre ses petits. Exit l’ancienne top-modèle, la chanteuse à guitare et même la femme du président, pour l’instant en stand-by, désormais c’est la mamma qui prend toute la place. Du moins, c’est ainsi qu’elle est apparue l’autre soir sur le plateau de l’émission Sept à huit, sur TF1. Très madone avec ses cheveux lissés, sa voix douce, ses mains posées sur le ventre, symbole désormais de tout son univers. La première dame de France s’est muée en première mère du pays. Même quand elle évoquait la campagne présidentielle, elle a tenu à faire la distinction entre la citoyenne, qui soutiendra son mari et la femme. «Moi, l’être humain, j’ai toujours peur pour lui.»
C’est la nouvelle Carla Bruni. Qui défendra bec et ongles sa progéniture contre la curiosité publique. «Je ferai tout pour protéger cet enfant à venir et je le ferai avec la plus grande vigueur. Je ne montrerai jamais la photo de cet enfant! Je pense que l’exposition à la vie publique est un choix d’adulte.»
«J’ai de la peine à croire que Sarkozy ne va pas instrumentaliser cette naissance»
Renaud Revel, rédacteur en chef à «L’Express»
Circulez, il n’y aura rien à voir! Pas de couverture de Gala avec le bébé présidentiel dans son landau? Aucun bambin gambadant sous le bureau de papa, façon John-John Kennedy, qui avait ému toute l’Amérique? Difficile d’y croire, tant ce bébé semblait providentiel – «Un bébé, c’est cinq points dans les sondages», affirme un spécialiste. Alors y aura-t-il un combat au sommet entre la louve protectrice et le lion désireux de rester le roi de l’Hexagone? Lui voulant profiter de cet instant historique (la première fois qu’un chef d’Etat français devient papa durant son mandat) pour se démarquer à tout jamais de son image bling-bling?
«J’ai de la peine à croire qu’il ne va pas instrumentaliser cette naissance pour se recomposer une image du couple et de la famille digne de celle d’Epinal», ironise Renaud Revel, rédacteur en chef à L’Express. Camille de Roffignac, sa quasi-homologue à Closer, le magazine people qui a annoncé le premier la grossesse de Carla, semble croire à la sincérité de la première dame: «Pour moi, elle tiendra son engagement. Peut-être que, à la rigueur, les Sarkozy feront comme Jean-Luc Delarue, qui avait donné à toute la presse une image de son fils à la maternité, et basta!»
Carla la discrète, on connaissait déjà. Elle qui n’a jamais annoncé officiellement sa grossesse, laissant l’image de son ventre qui s’arrondissait servir, comme l’a si joliment relevé Madame Figaro, de «photo faire-part».
«Une photo volée à la place d’un communiqué, il fallait y penser!»
En mai, Carla avait déjà avoué au Parisien qu’elle était «bouche cousue pour protéger quelque chose». Protection. Le mot phare, désormais, de Mme Sarkozy. Qui parle volontiers face aux caméras de son «côté mère poule». «On ne fait pas un enfant pour la galerie. Je comprends l’intérêt des médias et je n’y vois aucun inconvénient pour moi-même ou mon mari. Pour les enfants, c’est impossible pour moi!»
UNE GRANDE ERREUR
L’épisode de Petra l’a traumatisée, dit-on. Souvenez-vous: en mai 2008, lors d’un voyage privé en Jordanie, Aurélien, son fils de 10 ans, juché sur les épaules de Nicolas Sarkozy, avait dû se cacher le visage sur ordre de sa mère pour échapper aux objectifs. Une image parue dans toute la presse qui a horrifié Carla. «Ça a été une grande erreur, je n’aurais jamais dû emmener mon fils visiter ce site magnifique. J’aurais dû prévoir qu’il y aurait des photographes là-bas, j’ai été imprudente!»
Il paraît, selon Yves Azéroual, un de ses biographes, auteur du récent People Politicus, qu’elle se serait d’ailleurs fait remonter les bretelles à cette occasion par la grand-mère paternelle d’Aurélien, la journaliste au Nouvel Observateur Catherine David, mère du philosophe Raphaël Enthoven.
A Disneyland, pourtant, fin 2007, Carla Bruni n’avait pas trop prévu non plus la présence des journalistes quand elle arpentait avec Nicolas Sarkozy, Aurélien et sa propre mère les allées du parc de Marne-la-Vallée. Une scène qui avait d’ailleurs officialisé la liaison du mannequin et du président. «C’était leur période people, relativise Yves Azéroual. Aujourd’hui, ils sont passés à autre chose. Il y a la crise, la récession, on ne peut plus afficher son bonheur, il faut montrer aux Français qu’on est aux affaires, qu’on est des gens normaux. Or, ce sont les people qui montrent leurs enfants dans la presse, pas les gens normaux.»
UNE AFFAIRE DE FEMME
La deuxième maternité de Carla sera donc privée ou ne sera pas. Comme le notait François Caviglioli, du Nouvel Observateur, «la Sarkozie, d’ordinaire si exhibitionniste, a choisi d’en faire une affaire de femme, pas une affaire d’Etat.»
Chris Lafaille, autre biographe du couple présidentiel, explique: «Leur stratégie de communication est conçue au millimètre près. Ils marchent sur des œufs. Ce sera un subtil dosage entre montrer et ne pas montrer cet enfant. Sarkozy a enfin compris que les Français n’étaient pas si bêtes, et toute tentative de charme qui viserait à utiliser cet enfant à toutes les sauces, naissance, baptême, premiers pas, serait très mal perçue. Je ne pense pas, malgré tout, qu’ils puissent se priver de le montrer une fois ou l’autre. Ce sera peutêtre à l’occasion de photos prétendument volées, comme celles de la baignade, cet été, au cap Nègre!»
On l’a compris. Aussi sincère soit-elle, Carla devra faire rimer protection avec raison. Et suivre, pourquoi pas, à la lettre le précepte de François Hollande, autre candidat à l’élection présidentielle de 2012: «Il ne faut rien cacher, mais en même temps ne rien exhiber!»