ELLE VA LES MENER À LA CRAVACHE!
La nouvelle présidente de l’UDC genevoise veut démontrer qu’elle est plus qu’une image glamour. Cavalière émérite, fan de Blocher, elle se voit déjà sauter les obstacles et ressusciter sa section dévastée. Rencontre avec une dame de fer, allergique à l’Europe, notamment.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 07.09.2010

Ses yeux noisettes, ses longs cheveux blonds encadrant son joli visage, son large sourire et son corps d’athlète les font tous fondre. A 31 ans, Céline Amaudruz est la nouvelle coqueluche de la section genevoise de l’UDC qui l’a triomphalement bombardée à sa présidence, le 30 août dernier: 97 voix contre 17 à son rival masculin. Qui l’eût cru? En face, un homme de 69 ans honorablement connu, membre de la Constituante, né d’une famille paysanne, le prototype même du militant agrarien: Ludwig Muller, sentant venir le tsunami, avait même voulu se retirer en cours de vote face à la bimbo girl tout juste trentenaire, mélange de Barbie et de majorette, comme la décrivent avec méchanceté ses adversaires politiques. Un sacré binz. A l’image de l’état de la section UDC du bout du lac, minée par une impitoyable guerre des chefs à laquelle la nouvelle élue devra mettre fin avant les élections municipales et fédérales de 2011. Mission impossible, ricane déjà Eric Stauffer, le bouillonnant président du Mouvement Citoyens genevois (MCG), pour qui Céline Amaudruz n’est rien d’autre que le bras armé de son papa, Michel, membre discret mais influent de l’UDC.

«À LA MAISON, C’ÉTAIT MOI LA PLUS REVOLTÉE»

«Jamais, sous ma présidence, une fusion avec le MCG ne sera d’actualité.» Céline Amaudruz donne le ton et a horreur des comparaisons. «J’ai ma personnalité, mon caractère et mes convictions», recadre-telle lorsqu’on tente de la situer à mi-chemin entre Marine Le Pen et Sarah Palin. Mais, qu’elle le veuille ou non, entre l’image de la jeune gestionnaire de fortune de l’UBS, cavalière hors pair, et celle de la présidente régnant sur huit mâles UDC au comité, quelque chose ne colle pas. Comme une erreur de casting. L’élection donne plutôt l’impression d’un brillant coup marketing. La jeune députée, élue au Grand Conseil en octobre 2009, huit mois seulement après son entrée en politique, répond pile-poil aux canons rigides de son parti.

Même préadolescente, elle n’en a jamais douté. «Mes premières discussions politiques remontent à l’époque du vote sur l’Espace économique européen. A la maison, c’était moi la plus revoltée», se souvient-elle, tout en racontant ses débats souvent houleux avec une copine socialiste de fac de droit, pendant ses études. UDC et fière de l’être. Jusqu’au bout des ongles et des clichés frisant la caricature. «J’aime le jass, la fondue, la raclette, la montagne, le ski, faire du shopping en Suisse et les courses dans mon village de Puplinge», énonce fièrement la jeune cadre dynamique au détour d’un discours courtois, souriant et sans inhibitions. Surprenant.

«L’équitation m’a appris qu’on pouvait gagner la première manche et être éliminée à la seconde»

A l’aube, elle a un rendezvous quotidien avec Ulisca, sa jument hollandaise de 9 ans, qu’elle chevauche avant de rallier son bureau des Acacias. Un héritage de son éducation: «A la maison, quand on se levait à 7 heures, c’était jour de grasse matinée.» En fait, ça ne rigolait pas avec papa et maman Amaudruz, avocats tous les deux, divorcés mais associés au sein de la même étude. «Nous avons certes été élevés dans un milieu privilégié, avec mon frère et ma sœur. Ce qui n’a pas empêché nos parents de nous inculquer leur esprit volontaire et combatif», explique Céline, soucieuse de préciser qu’elle n’a aucun lien de parenté avec un certain Gaston du même nom, sombre révisionniste vaudois.

«JE SUIS FORMALISTE, PAS RACISTE»

Au-delà de sa passion équestre, la présidente brandit une autre de ses valeurs-étalons, politique celle-là: Christoph Blocher. Son modèle. Le seul politicien suisse à ses yeux qui, avec Oskar Freysinger, a le courage d’exprimer son opinion. «Demandez à un cadre PDC, socialiste ou radical ce qu’il pense de l’adhésion à l’Europe, par exemple. Il vous rétorquera que ce n’est pas le moment d’évoquer cette question», fustige-t-elle, excitée comme une ado avant un concert de Tokio Hotel à l’idée de rencontrer son mentor le week-end prochain, à Yverdon, à l’occasion de la réunion des présidents de section.

Car, derrière une image glamour, le discours de Céline Amaudruz est aussi ferme que sa poignée de main. Primo: pas question de se rapprocher plus que nécessaire de l’Union européenne et encore moins d’y adhérer. Secundo: pas question non plus d’assouplir la politique d’immigration, bien au contraire. «Je suis formaliste mais pas raciste. Nous avons des lois, je demande qu’on les respecte et qu’on les applique, ce que Genève ne fait pas.» Tertio, et revenant en boucle, l’insécurité. Avec ce slogan qu’une majorité grandissante d’électeurs semble adorer: davantage de caméras de surveillance et de policiers dans les rues.

Simple, efficace, cette rhétorique musclée distillée la bouche en cœur par une fille bien sous tous rapports a fait craquer l’UDC genevoise, mise au garde-à-vous par sa nouvelle présidente dès la première séance de comité, lundi. «En préambule, j’ai simplement rappelé le point No 1 de nos statuts. A savoir qu’un membre nuisible au parti pouvait être exclu à tout moment.»

Céline Amaudruz, dont le cœur à prendre bat désormais pour la politique, entend bien étendre son opération séduction à gauche et à droite. Car son horizon est sans limites. «Quand je m’engage dans quelque chose, je vais jusqu’au bout, même si l’équitation m’a appris qu’on pouvait gagner la première manche et être éliminée à la seconde», pondèret-elle aussitôt, les pieds plantés dans ses bottes de cavalière. S’ils ne veulent pas finir débordés par son galop d’enfer, les persifleurs de service feraient bien de s’en méfier…