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MARIAGE PRINCIER
CHARLENE, PRINCESSE DE LA TRISTESSE
Il y avait un moule pour fabriquer une épouse à Albert II de Monaco, l’ex-nageuse sud-africaine s’y est laissée enfermer. Qu’a-t-elle gagné? Un futur mari vieillissant et coureur, une principauté aussi glamour qu’un supermarché moscovite et un mariage marketing.

Par FRANÇOISE BOULIANNE-REDARD - Mis en ligne le 28.06.2011

«Charlene perd peu à peu son naturel, sa gaieté, je la trouve de plus en plus triste, comme éteinte.» «Si sa vie avec Albert est déjà si dure, elle ferait mieux de s’enfuir avant le mariage. Cours, Charlene, cours!» Sur la Toile, les observateurs des royals ont déjà rendu leur verdict. «Remodelée par la chirurgie esthétique et le botox, Charlene ressemble désormais à un alien», résume un blogueur horrifié. Comment ne pas se souvenir que Grace Kelly, pour sa part, avait confié à un journaliste américain s’être sentie comme une extraterrestre en débarquant dans la principauté. L’effet Monaco?

A se pencher sur l’iconographie de la future Altesse Sérénissime, quelques jours avant son mariage, le constat est troublant. Encore spontanée en 2006, mal fagotée certes, mais visiblement ravie d’avoir décroché son visa pour la célébrité, l’ex-nageuse sud-africaine s’est métamorphosée depuis en une image de synthèse: une pincée de top-modèle, une touche de princesse Grace, un zeste de sex-appeal (elle a troqué ses petits seins de nageuse contre deux prothèses juste avant de fêter ses 30 ans). Signe particulier: la soumission.

 

«J’étais très surprise qu’Albert me demande en mariage»
Charlene Wittstock

 

Pis: depuis les fiançailles, ce cinéma muet – à peine quelques sous-titres laconiques –, est devenu parlant. Les contes de fées d’antan avaient au moins le bon goût de s’arrêter à la phrase fatidique: ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants. Dans cette affaire-là, il s’agit de communiquer. C’est ainsi qu’Albert II et Charlene Wittstock distillent d’un air pénétré des banalités sur l’amour, leur désir de fonder une famille, l’action humanitaire, et même l’état du monde, tant qu’à faire. «J’étais très surprise qu’Albert me demande en mariage, ose l’ambitieuse sur TF1. Je ne suis même pas sûre d’avoir dit oui. Je n’avais qu’une idée en tête, qu’il téléphone à mon père.» Faut-il entendre que ce dernier avait averti sa fille qu’elle allait laisser des plumes dans l’aventure? Pas de quoi émoustiller la planète people.

Or, il faut savoir que le sentiment d’importance du prince régnant est inversement proportionnel à la superficie de son territoire, 2 km2. Et que l’attractivité de la principauté s’est sérieusement effritée depuis son entrée en fonction, en 2005. Du coup, ses attachés de presse se sont juré, à coup d’interviews «exclusives», de faire de son mariage tardif, et pour ainsi dire inespéré, l’événement du siècle.

LE MARIAGE DE L’ENNUI

Manque de pot, le prince William et Kate Middleton leur ont brûlé la politesse avec brio, bien qu’ils se soient fiancés cinq mois après le couple monégasque. Plus grave encore que cette concurrence, bien sûr involontaire, l’émotion n’est pas au rendez-vous. Converti aux joies du mariage le couteau sous la gorge, Albert est peu crédible dans son rôle d’époux amoureux, démontrant que le talent d’acteur n’est pas héréditaire. Quant à Charlene, apprentie princesse appliquée, elle a perdu son aura de mystère. Plus ils posent et glosent urbi et orbi, à la télévision et dans les magazines, plus leur mariage menace d’être aussi enthousiasmant qu’une prestation de serment. Tout juste bon à redorer le blason de Monaco auprès des touristes désargentés, mais pas de la jet-set ni du gotha. Les requins de la finance, eux, se sont déjà propulsés vers des paradis plus discrets. La princesse Grace et le prince Rainier, qui pressentaient le désastre, peuvent se retourner dans leur tombe. Comment en est-on arrivé là? Aujourd’hui tout entière tendue vers sa victoire, confite dans ses ambitions, Charlene avait pourtant de la répartie. Lors du match France-Argentine, en 2007, le premier ministre François Fillion s’était agacé, selon Le Point, de ses cris de soutien aux Argentins. «Vous connaissez un peu le rugby?» lui avait-il lancé. «Mon grand-père entraînait les Springboks», avait-elle rétorqué. Elle était alors imperturbable. Echaudée aussi par quelques aventures avec des nageurs et des rugby-men: le Sud-Africain Andre Snyman l’avait en particulier, conformément à son savoir-faire sportif, proprement plaquée. Mais là, promis juré, elle était très amoureuse. «La seule fois où j’ai senti mes genoux trembler, c’est avec Albert, avait-elle confié au début de son idylle à Sports Illustrated. Il a les manières, il a le charme, il est fantastique!»

 

«J’essaie de rassurer Charlene, de l’aider, parce que je l’aime beaucoup»
La princesse Stéphanie

 

Hélas pour elle, de notoriété publique, le prince n’a aucune vocation pour le mariage ni aucune obligation d’assurer la relève dynastique. Son père a fait voter en 2002 une modification de la Constitution qui prévoit que la succession peut s’opérer au profit de ses sœurs ou de leurs descendants. Dès que son emploi du temps le lui permet, Albert II va faire du kart, jouer au beachvolley avec ses copains et chasser les filles peu farouches qui hantent son territoire sans prêter la moindre attention à son embonpoint ou à sa calvitie. Lorsque sa future fiancée s’installe en principauté, il vient de reconnaître deux enfants illégitimes, le fils d’une hôtesse de l’air togolaise déjà maman de deux enfants, et la fille d’une serveuse californienne. Les médias sont déchaînés.

LES CAISSES SONT VIDES

Faisant mine d’ignorer son statut de manœuvre de diversion, Charlene joue habilement ses cartes: patience, dévotion et modestie. Mais son esprit de compétition reste en éveil. Pas une seconde, elle ne renonce à son ambition de devenir princesse, comme elle l’avouera inconsidérément au Journal du Dimanche, il y a dix jours: «J’ai appris pendant cinq ans le protocole du palais, les us et les coutumes de la principauté. Je me sens prête.»

Elle a gagné. Mais elle aurait tout aussi bien pu perdre, car c’est la raison d’Etat qui a triomphé, pas elle. A Monaco, rien ne va plus. Les caisses se vident, un bon cinquième des réserves a fondu, l’immobilier piétine. Le projet d’extension de la principauté, 12 hectares arrachés à la mer pour quelques poignées de milliards de francs, s’est embourbé. «Vous, vous avez la crise, s’est plaint au Nouvel Observateur un membre de la famille Pastor, qui tient le haut du pavé dans le secteur de la construction. Nous, nous avons la crise plus Albert.»

Dans le palais du prince, on n’empoisonne plus ses ennemis, seulement l’atmo-sphère. Il fallait la poigne de Rainier pour gérer l’ingérable, et son fils, fréquemment qualifié de velléitaire, le sait. Avant même de succéder à son père, il a engagé un James Bond de pacotille, l’Américain Robert Eringer, pour lui organiser des services secrets, mais en fait surtout pour découvrir qui, parmi sa garde rapprochée, livre à la presse des détails croustillants sur ses frasques et celles de ses sœurs. Le résultat de ces enquêtes l’atterre, mettant en évidence la duplicité et la malveillance de son entourage. Le barbouze est viré en 2007, et le souverain se met en mode fuite, multipliant les voyages à l’étranger et œuvrant au bénéfice du sport et de l’écologie, ses vraies passions. Ses absences se multiplient à tel point qu’on a cessé de hisser le drapeau sur la principauté quand il s’y trouve, indique encore le magazine français.

MAL À SON IMAGE

Après avoir observé le prince ramasser des sacs-poubelles éventrés au bord de la route de la Turbie, un esprit malveillant a trouvé la formule: «Rainier était un bâtisseur, Albert un éboueur.» C’est faux, bien entendu; le prince s’est en particulier beaucoup engagé pour sortir son pays de la liste grise des Etats fermant les yeux sur le blanchiment d’argent. Mais cela n’a évidemment pas contribué à renflouer ses caisses ni à remplir ses palaces et son casino.

Bref, Monaco a mal à son image et seul le mariage de son souverain pouvait encore tenter de restaurer son lustre perdu. D’autant que les princesses Caroline et Stéphanie, qui avaient amassé un capital de gloire planétaire en faisant tout faux, se sont rangées, la maturité aidant, dans des rôles moins amusants. Caroline, qui se déclarait prête à voir son frère épouser Joan Collins tant elle était impatiente de le voir marié, fait même bonne figure à Charlene, contrairement aux pronostics.

«UNE FEMME FORTE»

Stéphanie est encore plus enthousiaste, qui a confié cette année à Paris Match sa foi en la fiancée de son frère: «C’est une femme forte, peut-être parce qu’elle est sportive de haut niveau, mais elle est aussi très sensible. J’essaie de la rassurer, de l’aider, parce que je l’aime beaucoup. Je peux jouer la grande sœur par moments, parce qu’il est important qu’elle ait quelqu’un à qui se fier.» On ne saurait mieux dire ce que Charlene a déclaré en substance au magazine Tatler, en 2010, déclenchant l’ire des supporters de l’étiquette: «Victime de la jalousie, je ne me suis fait que deux amis à Monaco.»

Mariage il y aura pourtant, les 1er et 2 juillet prochain. William et Kate ont déjà annoncé qu’ils n’en seraient pas. Exit les images solennelles et émouvantes dans la cathédrale, comme pour Rainier et Grace, la cérémonie religieuse aura lieu dans la cour d’honneur du Palais. Albert II tient à une fête populaire.

Quand le soufflé sera retombé, il ne restera plus que deux cartes dans la main du couple sérénissime pour faire encore bruisser les gazettes. Un héritier. Ou alors des infidélités, et une jeune épousée en proie au spleen. Mais Charlene aura-t-elle la virtuosité de sa brillante consœur Diana, feu la princesse du peuple, pour alimenter la chronique avec ses tribulations conjugales?



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Tags: Charlene Wittstock, Albert II, Monaco, mariage, 1er et 2 juillet 2011, Grace Kelly, prince Rainier, Caroline, Stéphanie, principauté Aller en haut de page Haut de page

 

SI VOUS ETIEZ À LA PLACE DE CHARLÈNE, RENONCERIEZ-VOUS AU MARIAGE OU PAS? (sondage réalisé du 22 au 28 juin 2011, minuit)


Résultat final (142 votes)

CHARLENE WITTSTOCK EN IMAGES

INTERVIEW DE CYRILLE BOULAY, HISTORIEN DES MONARCHIES, SUR CHARLENE

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