C’était il y a cinq ans. La pétillante Cindy Santos s’inclinait de justesse, en demi-finale de la Nouvelle star (M6), face à Christophe Willem. Une défaite honorable, si l’on en juge par le talent du vainqueur belge, désormais durablement installé dans la chanson. Cinq ans, c’est généralement bien assez pour se faire oublier. Cindy a de la chance, on s’en souvient. Une voix de Black dans un frêle corps de blonde aux yeux bleus, la petite puce neuchâteloise nous avait promis un album bien à elle, plein de groove et de funk. Mission accomplie.
Cinq années passées sans faire de bruit, ou presque, c’était le prix à payer pour se libérer, s’émanciper et oser. La jolie Cindy peut être fière. Son album est unique. Ici, pas de guitare sèche et de voix éthérée, Dieu merci, mais une richesse d’orchestration rare, des mélodies accrocheuses et, bien sûr, cette voix, puissante ou caressante, toujours sincère.
Pour passer à l’acte, Cindy Santos aura d’abord dû s’extirper des griffes de la Nouvelle star. Installée au café des Brasseurs, à Neuchâtel, elle raconte, sans chercher à gommer son puissant accent neuchâtelois. Cindy a mûri. Elle n’est plus la gamine qui avait abouti sur M6 par hasard, après avoir accompagné une amie bien plus motivée qu’elle…
«Moi, je crois au destin, ça m’a aidée»
Cindy Santos
Au bout de son parcours télévisé, elle n’était guère rassurée. «J’étais inquiète, reconnaît-elle, mais je ne voulais plus obéir à la production de l’émission qui m’avait tour à tour présentée comme Cindy la rasta, puis Cindy la manga. Quand on est passé à Cindy la lolita, je ne me reconnaissais plus, mais j’ai dû respecter le contrat que j’avais signé. Ce n’est qu’un an plus tard que j’ai enfin pu tourner la page.»
Cindy Santos a rejeté les offres de plusieurs maisons de disques. Il fallait du courage, une certaine dose d’inconscience aussi. «C’est la peur qui m’a conseillée, affirme-t-elle, la peur d’être formatée malgré moi.»
En choisissant de reprendre sa liberté, elle a pris un gros risque. Cinq ans plus tard, la voici récompensée, mais l’attente a été longue. «J’ai ressenti beaucoup de pression, avoue-t-elle. Les gens me demandaient sans cesse quand mon album allait sortir, ou alors ils me disaient que j’étais vouée à l’oubli… Moi, je crois au destin, ça m’a aidée. Mais, sans le soutien de ma famille, je n’y serais pas arrivée.»
UN FOYER ÉCLATÉ
La famille pour salut. Dans son album, largement autobiographique, Cindy revient pourtant sur le foyer éclaté dans lequel elle a grandi, le divorce de ses parents, mal vécu parce qu’on l’accusait, elle, de l’avoir précipité… «Dans la famille de mon père, certains se sont braqués contre moi, disant que je me fichais de lui parce que j’avais refusé de le suivre au Portugal, raconte-t-elle. Mais, moi, je n’ai vécu qu’un an là-bas. Mon pays, c’est la Suisse. J’ai donc choisi de rester auprès de ma mère et, aujourd’hui, je vis toujours avec elle!»
Pendant la Nouvelle star, l’un des membres du jury, Dove Attia, avait évoqué à l’antenne «les failles et les blessures» de Cindy. «Tout cela est derrière moi, confie-t-elle, mais c’est durant cette période-là que je me suis forgé un moral de battante.» Un mal pour un bien. Aujourd’hui, son père a reconstruit un foyer, en Suisse. Il voit sa fille chaque semaine et lui a même donné un demi-frère, Thomas, âgé de 2 ans.
Dans son album, la chanteuse témoigne des difficultés de la vie familiale. Elle dit aussi son bonheur, ses douleurs et ses doutes de femme amoureuse (Tu es), ce qui lui vaut parfois des remarques amusées. «On m’appelle Dalida, parce qu’entre mes ruptures et mon côté Cendrillon je suis un peu comme elle», avoue-t-elle en riant. Dans sa langue maternelle, elle clame son attachement à ses racines (Portuguesa) et se révèle épatante lorsqu’elle chante en anglais (11 times I’ve told you). Elle ose même un texte coquin sur ses plaisirs solitaires (Sexy Toy), preuve que la prude Cindy a bien changé. Sa propre audace l’amuse.
«A contre cœur» est l’album d’une métamorphose. Cindy Santos a travaillé dur pour se l’offrir, mettant de côté l’argent de ses prestations scéniques tout en reprenant le boulot, non plus cette fois en qualité d’assistante en soins, à cause de problèmes dorsaux, mais en tant que réceptionniste.
En 2007, après une récréation dans la série Heidi, Cindy fait la rencontre artistique de sa vie, en la personne de David Wehren, musicien autodidacte (batteur) installé aux Grisons. Celui-ci a des connexions partout, en particulier aux Etats-Unis. Cindy rêve d’y enregistrer. Séduit par son projet musical, David dit banco. En février 2008, c’est le grand départ. Des sponsors ont apporté leur obole. Direction New York et Brooklyn, dans le studio de David Kent, le petit génie qui a façonné le son de Prince et des Red Hot Chili Peppers! Pas étonnant que l’album de Cindy Santos sonne comme du Prince, sauf que, cette fois, les textes sont en français!
UN RÊVE DE GAMINE
Durant cinq jours, les virtuoses américains remplissent sa besace de cuivres, de cordes, de claviers. Ils enregistrent jour et nuit. Du travail sur mesure. Le dernier soir, Cindy Santos et ses boys s’offrent une session live dans un bar, The Rose. Que du bonheur! «A New York, j’ai exaucé un rêve de gamine, souligne-t-elle, j’ai réalisé mon rêve américain.»
A l’écoute de cet album, on pense à Prince, on l’a dit, mais aussi à James Brown pour les cuivres, à Kelis pour l’originalité. «C’est de l’urban funk», souligne fièrement Cindy. Un album francophone et cependant new-yorkais dans l’atmosphère qui s’écoute d’un trait, presque trop vite. Pour justifier sa durée d’une demi-heure, Cindy Santos a une formule bien à elle: «J’ai préféré faire court et bien que long et ennuyeux.»
«A contre cœur», Disques Office. Dans les bacs le 7 novembre prochain. Le single «A contre cœur» ainsi que le titre «11 times I’ve told you» sont déjà disponibles sur la plate-forme iTunes.