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SARKOZY AU CINÉMA
LA RÉALITÉ VUE PAR LA FICTION
A l’affiche depuis une semaine, «La conquête» est le premier film sur un président de la République française en exercice. Les faits sont réels, les personnages existants et les comédiens - dont le Romand Samuel Labarthe - troublants de réalisme. Une seule question: mais comment ont-ils fait? Les quatre acteurs principaux répondent.

Par Laurent Favre - Mis en ligne le 26.05.2011

Mais comment ontils fait? Depuis la sortie, mercredi dernier, du film de Xavier Durringer La conquête, c’est la question que tout le monde se pose. Comment donc les comédiens Denis Podalydès (Nicolas Sarkozy), Florence Pernel (Cécilia Attias), Bernard Le Coq (Jacques Chirac) et le Romand Samuel Labarthe (Dominique de Villepin) ont-ils fait pour incarner avec une telle crédibilité des personnages existants auxquels ils ne ressemblent pas vraiment, voire pas du tout?

Le choc est d’autant plus grand que ce film, la première fiction politique française sur un président en exercice, s’est tourné sans le soutien des grandes chaînes de télévision et dans le plus grand secret. «Comme nous tournions non loin de Matignon, il nous était interdit de traverser la rue pour rejoindre la cantine; nos repas nous étaient amenés sur place», se souvient Samuel Labarthe.

PLUS JUSTE QUE SPECTACULAIRE

Présenté le 18 mai au Festival de Cannes, annoncé comme un brûlot politique, le film a peut-être souffert de cette longue attente nimbée de mystère. Les critiques, notamment françaises, ont été dures pour ce film qualifié au mieux de «bon téléfilm», au pire de «festival de caricatures sans scénario». A trop vouloir être juste, La conquête oublie sans doute d’être spectaculaire mais a le mérite de nous montrer ce qui se passe juste avant et juste après ces scènes de la campagne que tout le monde connaît (la garden party de l’Elysée, de Villepin courant sur la plage, etc). Le président, à la fois humain et bête politique, s’en sort plutôt à son avantage, au contraire d’une presse aux ordres. C’est peut-être cela que les critiques n’ont pas aimé…

Mais comment ont-ils fait? Cette question, nous l’avons posée aux quatre acteurs principaux. Leurs réponses sont une plongée au cœur du métier de comédien.


 
«JE ME SUIS PASSÉ SES DISCOURS EN BOUCLE, COMME UN DISQUE»

S’il avait cherché la ressemblance, Xavier Durringer aurait proposé le rôle de Nicolas Sarkozy à Christian Clavier. Peut-être l’a-t-il d’ailleurs fait… Le choix de Denis Podalydès, comédien plus utilisé au théâtre qu’au cinéma, n’est évident qu’a posteriori. «Il a fait quinze secondes d’essai et j’étais convaincu de tenir mon Sarkozy», raconte le réalisateur de La conquête. Pour cet essai, Podalydès n’avait qu’un peu de cirage noir sur le crâne mais brûlait intérieurement d’une ambition très sarkozienne. «J’étais animé d’une forme de rage. Je savais que je n’étais pas le premier choix, je voulais les convaincre, les bouffer, par orgueil.» Cette assurance ne le quittera plus. Il EST Nicolas Sarkozy. Hormis une perruque pour masquer sa calvitie, Podalydès ne porte aucun artifice. «On a essayé avec une prothèse nasale mais j’avais l’impression de porter un masque. De toute façon, le but n’était pas de lui ressembler le plus possible.» La voix, il en cherche plus les inflexions que le timbre, «cette façon de placer un silence là où tout le monde s’attend à ce qu’il parle». Il «bouffe» ensuite des dizaines et des dizaines d’heures de reportages et de documentaires qu’il charge sur son iPod. «La méthode est simple: on regarde, on écoute, on regarde, on écoute, jusqu’à saturation. Parfois sans les images, parfois en se focalisant sur un détail, à l’affût du moment où il ne semble pas être en représentation, quand il a l’air d’un boxeur épuisé. On se fabrique presque un inconscient avec tout ça.»

La clé, il la trouve dans un détail qui l’avait toujours intrigué. «Je ne partage pas ses idées, mais je me suis toujours surpris à constater que je l’écoutais de A à Z. J’ai compris qu’il avait quelque chose en plus. J’ai cherché à placer cela dans un centre de gravité sur lequel je pourrais me sentir à l’aise et qui me donnerait ce sentiment d’autorité que je n’éprouve pas dans la vie.»


 
«JE DEVAIS TROUVER LA VOIX, ÇA DEVENAIT UNE OBSESSION»

«Tout le monde trouve que je ressemble à Dominique de Villepin, mais personne ne me l’avait jamais dit avant ce film, on me voyait plutôt un air de Mitterrand de profil», sourit Samuel Labarthe, comédien genevois qui vient d’interpréter Jacques Chirac jeune pour la télévision et qui est également connu pour être la «voix française» de George Clooney.

«Il y a bien sûr des effets de maquillage. Nous avons fait appel à un truqueur exceptionnel, Dominique Colladant. Très vite, nous avons abandonné l’idée des prothèses pour ne jouer que sur quelques signes forts: la chevelure, les sourcils, la coloration de la peau. Voilà pour l’aspect extérieur, le plus facile. Après, il faut entrer dans le personnage, l’habiter. Les imitateurs vous aident dans un premier temps parce qu’ils grossissent le trait. Ça fixe les limites. Mais l’imitation est un piège, car soit vous n’en faites pas assez et ce n’est pas crédible, soit vous en faites trop et cela devient une caricature. J’ai passé des heures et des heures sur le site internet de l’INA pour m’imprégner du style de mon modèle.

» J’ai d’abord trouvé la voix. C’était devenu une obsession, j’y pensais en permanence. Ensuite, il a fallu se régler avec les autres comédiens, trouver le bon ton. Cela a pris quelques jours. Par hasard, je tournais au même moment un téléfilm dans lequel je jouais Chirac jeune. Bernard Kouchner nous avait loué ses bureaux et nous tournions au Quai d’Orsay. Et j’étais là, déguisé en Chirac à cuisiner l’huissier du ministère pour obtenir des infos sur Dominique de Villepin. Le tout dans le plus grand secret parce que nous avons craint jusqu’au bout que le film ne se heurte à une sorte de veto présidentiel. Ce ne fut pas le cas, ce qui prouve que l’on vit dans un pays sain. En revanche, l’ancien ministre Roland Dumas m’a assuré sur un plateau télé que Mitterrand n’aurait jamais laissé faire une chose pareille.»


 
«CÉCILIA RENTRE LES ÉPAULES, COMME POUR SE PROTÉGER»

Elle ne lui ressemble pas physiquement et n’a pas cherché à imiter sa voix, que le grand public n’est de toute façon pas capable d’identifier. Pour Florence Pernel, jouer Cécilia Attias (ex-Sarkozy), c’est se heurter à un être paradoxal. «Elle est à la fois dans l’ombre et en pleine lumière, totalement présente mais toujours un peu ailleurs.» Au début, la comédienne s’est attachée à trouver le timbre de voix de son modèle. «C’était inutile, on ne connaît pas sa voix. Par contre, on la voit beaucoup dans des documentaires, dans un reportage d’Envoyé spécial qui lui est consacré notamment. Ces documents étaient une formidable mine d’informations.»

Florence Pernel en retire l’image d’une femme plus fragile que son apparente froideur le laisse supposer. «Elle avait des responsabilités écrasantes tout en redoutant le monde de la politique. C’est sans doute cette contradiction qui suscitait chez elle de la confusion. En la jouant, j’ai constamment pensé à ce décalage qu’il y avait entre la personne qu’elle est sans doute profondément – quelqu’un de réservé – et l’image qu’elle projetait.»

L’actrice se transforme d’abord physiquement: teinture brune, lentilles bleues et hauts talons pour se grandir de dix bons centimètres. «La taille est très importante. Cécilia est grande, c’est quelque chose qui l’a toujours singularisée et sans doute mise mal à l’aise. Cela l’a rendue timide. J’ai traduit cela en jouant les épaules serrées. Cécilia rentre les épaules, comme pour se protéger.» Allaitelle être crédible? «On tournait dans le XVIe arrondissement, là où vivaient Nicolas et Cécilia. Une vieille dame qui passait par là m’a toisée de haut en bas, un peu pincée et m’a dit: «Vous voyez, finalement, vous êtes revenue.» Ça m’a vraiment rassurée sur mon interprétation. Mais une autre fois, au Pornic, on m’a prise pour Carla Bruni. Je me suis consolée en me disant que c’était flatteur pour ma ligne.»


 
«AU DÉBUT, ON CHARGE LE TRAIT ET PUIS ON AFFINE PETIT À PETIT»

Le Coq en Chirac. Yves Le Coq? Non, Bernard, sans lien de parenté, acteur et non imitateur. La confusion avec la voix des Guignols – «je connais un peu Yves et je l’admire» – place immédiatement le doigt sur la difficulté. «Jacques Chirac est sans doute l’homme le plus imité de France, même les gamins s’amusent avec ça. Il fallait éviter la caricature. Mais je remercie les imitateurs: ils m’ont donné une mine d’informations très utiles. Après, notre rôle à nous est de faire oublier tout ça.» Comment? «C’est toujours pareil, il n’y a pas vraiment de méthode, pas de recette. On observe, on laisse venir, comme un thé qui infuse. J’ai essayé d’être crédible. Bon, il paraît qu’il y a au départ une petite ressemblance physique. Ça aide. Mais il a fallu quand même un peu plus qu’un coup de peigne en arrière. Au début, on charge le trait et puis, petit à petit, on enlève, on retire, on épure. Tout cela est assez minimaliste, en fait. Les autres comédiens vous aident également, ainsi que les décors, les costumes, au sens premier dans ce cas précis. Lorsque je me suis vu devant ma glace, je me suis dit que je pouvais être crédible.»

«Ensuite, j’ai travaillé la voix. Non pas le timbre, mais les inflexions, sa façon d’appuyer certains syllabes. Je n’ai pas insisté sur ses fameuses liaisons, dont les imitateurs se régalent. Mais Chirac, ce sont aussi des mimiques, une gestuelle bien particulière, une manière de marcher et un regard très particulier.»

Face à la question récurrente du «comment ont-ils fait?», Bernard Le Coq est celui qui rechigne le plus à s’exprimer. «Moins j’en sais sur l’acteur et plus je crois au personnage. A force de trop vouloir raconter les coulisses, on risque de ne plus se laisser entraîner par la magie du truc. C’est un peu dommage, non?»

La conquête, film de Xavier Durringer. Avec Denis Podalydès, Florence Pernel, Bernard Le Coq, Samuel Labarthe, Hippolyte Girardot. En salle depuis le 18 mai, 1 h 45.



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Tags: Cinéma, film, politique, France, Sarkozy, Cécilia, Dominique de Villepin, Chirac, Denis Podalydès, «La conquête», Samuel Labarthe Aller en haut de page Haut de page

 

LA BANDE-ANNONCE DU FILM "LA CONQUÊTE"

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