Mélodiste de génie, le regretté Gainsbourg a souvent mis son talent au service du cinéma. En rééditant quelques-unes de ses musiques sous forme de COFFRETS VINYLES, le label Universal lui rend hommage.
Par
Blaise Calame - Mis en ligne le 28.07.2010
Serge Gainsbourg avait beau considérer la musique «comme un art mineur», il sut parfois élever ses compositions jusqu’au sublime, notamment pour le cinéma. Peut-être était-ce pour lui, inconsciemment, une façon de racheter ses piètres prestations devant et derrière la caméra… Peintre de grand talent mais rongé par le doute, Lucien Ginsburg se rêvait secrètement cinéaste. Bien sûr, il y avait la musique, mais pour ce génial mélodiste, par ailleurs redoutable jongleur de mots, composer était si facile que cela ne pouvait décemment être sérieux… L’image, c’était autre chose.
Son cinéma, Serge Gainsbourg le voulut esthétiquement sublime, véhiculant des idées fortes et un zeste de provocation. Le public le bouda, comme les critiques. Les films de Gainsbourg, dont le concept était souvent déroutant, firent des bides. Lui-même s’en retrouva blessé.
Aussi, sans pour autant renoncer à ses rêves de cinéaste, Serge Gainsbourg sut se résoudre à réserver essentiellement son talent aux musiques de films, ceux des autres surtout.
FILMS TOMBÉS DANS L’OUBLI
«Ecoute ma voix, écoute ma prière,
écoute mon cœur qui bat, laisse-toi faire, je t’en prie ne sois pas
farouche, quand me vient l’eau à la bouche.» A l’image du début du
thème de L’eau à la bouche, en 1959, énoncé sur un tempo jazzy, les
compositions de Gainsbourg ont durablement marqué les esprits, souvent
bien davantage que les films pour lesquels elles étaient écrites…
En
proposant à la vente deux coffrets au tirage limité à 2000 exemplaires,
comprenant chacun douze 45-tours vinyles, le label Mercury rend hommage
au génie de Gainsbourg. Aux chansons succèdent des thèmes parfois
franchement expérimentaux, cosignés avec de grands compositeurs: Alain
Goraguer, Michel Colombier, Jean-Claude Vannier, etc. Le premier
coffret propose, outre les thèmes de Striptease (1963), de la comédie
musicale Anna (1966) avec Anna Karina au chant ou encore du feuilleton
télévisé Vidocq (1966), deux 45-tours inédits: Le jardinier
d’Argenteuil, datant de 1966, et Si j’étais un espion, film réalisé par
Bertrand Blier en 1967.
Même principe pour le second coffret,
couvrant les années 1966-1990, avec là aussi quelques perles, à l’image
de Manon 70 (1968), Le pacha (1968) ou encore Je t’aime moi non plus
(1976) et sa fameuse Ballade de Johnny-Jane. Le titre inédit est ici
tiré du film Les cœurs verts d’Edouard Luntz, sorti en 1966. La plupart
de ces 45-tours, quasiment introuvables en version originale,
s’arrachent à prix d’or sur l’internet ou chez les disquaires
spécialisés, et pas seulement en France ou en Suisse. Il suffit d’aller
fouiner dans une échoppe londonienne pour s’en rendre compte.
«Je ne veux plus entendre que le silence», déclarait Gainsbourg peu avant de disparaître en 1991. Plus que jamais, réécoutons-le!