Casquette et lunettes de soleil sur le nez, elle passe presque inaperçue dans ce café du XVe arrondissement où elle nous donne rendez-vous. Petit havre de tranquillité près de la tour Eiffel, c’est dans ce quartier, où les mamans attablées à la terrasse ne lui sont pas inconnues, que Clotilde Courau a choisi de vivre avec ses deux filles. A quelques jours de sa première apparition sur la scène du mythique Crazy Horse, la fièvre monte. Répétitions en cascade, séances photo, enregistrement des chansons à Londres. Elle s’énerve un peu lorsqu’on mélange son titre de princesse et sa profession. C’est la comédienne qui relève ce défi, martèle-t-elle, pas la princesse. Même si les deux vivent très bien avec ça. Clotilde Courau, fidèle à son credo, aime être là où on ne l’attend pas.
«Je suis princesse, mais la comédienne veut aussi exister»
Un léger trac à quelques jours de monter sur la scène du Crazy Horse?
Pas encore, mais je sais que cela va venir, j’ai vraiment envie d’être à la hauteur de cette nouvelle expérience si enrichissante pour moi.
Vous avez réfléchi longtemps avant d’accepter?
Oui. Mais à partir du moment où j’ai dit oui, j’assume entièrement le fait d’être au Crazy Horse. Ce seront dix jours incroyables, magiques, malheureusement un peu éphémères. Les quatre tableaux auxquels je participe sont d’une beauté hallucinante. Mais, attention, je n’aurais jamais dit oui à quelque chose de vulgaire. Le Crazy Horse n’est en aucun cas une boîte de striptease.
C’est pourtant un endroit où les femmes se dévêtent…
Les filles ne se déshabillent pas, elles sont déjà dévêtues, et c’est la lumière qui les rhabille grâce à la magie et au talent de Philippe Decouflé, le directeur artistique.
Vous n’avez pas peur de choquer les âmes bien nées?
Je suis quelqu’un d’atypique, ma vie est faite de tant d’expériences différentes. J’ai vécu en Egypte, au Bénin, à Paris. J’ai habité des quartiers populaires comme des quartiers chics, j’ai fréquenté le monde du théâtre, puis du showbiz, celui de la jet-set… Tout ça m’a nourrie et a fait de moi un être complexe. J’aime autant Ballads, de Coltrane, que Lady Gaga! Le Crazy, c’est une de mes plus belles expériences artistiques. Petite, je rêvais devant la comédie musicale Fame, c’est elle qui m’a donné envie de faire ce métier. Malheureusement, en France, il existe peu d’écoles où apprendre la comédie, le chant et la danse. Le hasard de la vie m’a amenée à interpréter Irma la Douce, donc à travailler ma voix. Au Crazy, j’approfondis ma technique corporelle. C’est passionnant.
«C’est un acte très fort, de ma part, d’être au Crazy»
Roberto Cavalli, qui a créé vos costumes, dit que la confiance qui vous anime vous permet aujourd’hui d’affirmer pleinement votre féminité, c’est vrai?
Oui. Il faut une confiance en soi totale pour monter sur la scène du Crazy Horse. La salle est petite et le public proche. J’ai le trac à l’idée, justement, de perdre cette confiance. Les danseuses ne doutent pas, elles ne peuvent pas douter.
A leur contact, qu’avez-vous appris sur votre propre sensualité?
Elle est avant tout une allure! Marcher en mettant son plexus en avant, ce qui vous rend plus sensuelle, avoir les épaules en arrière, la main souple. Cela n’a rien à voir avec la beauté extérieure. La plus belle des femmes peut manquer de sensualité si elle n’a pas cette envie de la mettre en avant.
La question qui fâche: princesse et artiste de cabaret, est-ce bien compatible?
Attention aux clichés. Le Crazy Horse n’est pas un cabaret. Il est écrit théâtre-bar sur sa façade. Et je suis une comédienne qui fait simplement son métier. Mais je comprends que je puisse surprendre, moi aussi je me surprends moi-même. C’est parfois compliqué. Je suis princesse parce que j’ai épousé un homme par amour. Ne pas l’épouser parce qu’il est prince aurait été ne pas croire en l’amour, et j’ai décidé de croire en notre histoire d’amour. C’est un homme dont la famille a une histoire importante, que je respecte énormément. J’ai d’ailleurs réalisé un documentaire historique sur la famille de Savoie qui sera diffusé le 18 septembre sur France 3. Mais j’appartiens à une monarchie non régnante. C’est important de le rappeler. Mon titre de princesse est au service de l’autre au travers des nombreuses fondations que je soutiens. Mais la comédienne Clotilde Courau veut aussi exister. C’est d’ailleurs ma passion pour mon métier qui m’a permis de rencontrer Emmanuel.
Et si justement Emmanuel Philibert de Savoie avait émis des réserves?
Mais il n’en a émis aucune. Au contraire, il m’a conseillé de foncer, à la seule condition de pounsi voir venir dans les loges! (Rire.) Hélas pour lui, c’est strictement interdit!
Vous allez vous dénuder sur scène comme l’ont fait avant vous Dita von Teese et Arielle Dombasle?
Non. Chacune vient avec sa personnalité et sa propre définition de l’érotisme. Dita a été strip-teaseuse, se mettre nue fait partie de son histoire; Arielle a décidé de le faire parce que cela correspondait à son désir. Moi, je viens avec mon univers, même si je reste une interprète. J’assumerai la sensualité du lieu en reprenant Les nuits d’une demoiselle, une chanson sur le plaisir féminin chantée par Colette Renard et qui fit scandale à l’époque. Certaines personnes penseront peut-être que c’est insupportable d’érotisme. Vous serez surpris!
Comment réagirez-vous si l’ambassadeur d’Italie est dans la salle?
Pourquoi serait-ce plus gênant d’être dans une robe glamour au Crazy qu’en chemise de nuit dans la pièce de Guitry où je jouais une femme adultère qui se glisse dans le lit de Pierre Arditi? Si quelqu’un de très important vient me voir, je ne baisserai pas le regard. J’assume l’érotisme, la sensualité, j’assume totalement d’être femme. Apollinaire est érotique, le tango est érotique, l’érotisme n’est ni vulgaire ni indécent.
Que répondre à une femme qui vous reprocherait de vous produire dans un lieu entièrement dévolu à la satisfaction des fantasmes masculins?
Qu’elle ne connaît pas cet endroit. Le public du Crazy est en majorité composé de femmes, ce qui est bien normal. Je suis allée voir le spectacle quatre fois avant de dire oui. Je sortais à chaque fois en me disant: «Wouah, je porte ça en moi, quelle chance d’être une femme, quelle chance d’avoir deux filles!» Le Crazy Horse est un hymne à la féminité! C’est un acte très fort de ma part d’être au Crazy, en tant que femme, en tant que mère de deux enfants. J’ai envie de dire aux femmes: «Soyez fières de ce que vous êtes. Et allez voir le spectacle!»
Au Crazy Horse, à Paris, du 19 au 29 septembre. Clotilde Courau sera au théâtre de Beausobre, à Morges, le jeudi 4 novembre pour un spectacle musical mêlant des chansons de Barbara, Boris Vian, Serge Gainsbourg, Polnareff. www.beausobre.ch