Seules contre toutes. Les Romandes ne seront que deux à briguer le titre de Miss Suisse 2011 cet automne à Lugano, toutes griffes dehors! Une blonde et une brune. La blonde, c’est Kristina Bazan, 17 ans, la benjamine. Gymnasienne à Nyon, où elle étudie les arts visuels en deuxième année, cette pétillante fashion victim surnommée Kri, blogueuse patentée, vit à Begnins (VD), comme Phil Collins naguère. «Gamine, je suis allée un jour toquer à sa porte pour l’inviter à assister à mon spectacle de danse, lancetelle dans un éclat de rire. Il n’est pas venu.»
Pour l’accompagner face aux dix autres beautés venues de tout le pays, une brune torride, Julia Marinkovic, 19 ans, de Genève, en passe d’obtenir son diplôme de commerce. Son vœu à elle? Devenir clerc d’avocat et se spécialiser dans le droit de la famille – un choix inspiré par une trajectoire de vie délicate, qui l’a vue délaissée par sa mère, puis adoptée par une tante. D’un battement de cils, Julia vous ensorcelle. Une bouche façon Angelina Jolie, qu’elle admire, une tache de beauté sur le front en guise de signature, un caractère généreux, mais méfiant, surtout envers les hommes.
BEAUTÉS SLAVES
Kristina Bazan et Julia Marinkovic ont beaucoup en commun, à commencer par leurs yeux bleus. Elles sont toutes deux polyglottes et originaires d’Europe centrale. Kristina est née à Minsk, en Biélorussie, où elle a vécu jusqu’à l’âge de 4 ans. Elle a ensuite suivi ses parents en Suisse, après deux ans passés dans le Kentucky (Etats-Unis) où son père, Vladimir, peaufinait sa formation d’informaticien. Ce dernier, âgé de 37 ans, travaille désormais à Zurich. Les fins de semaine, il retrouve Kri et Julia, 36 ans, son épouse, Biélorusse comme lui, responsable des finances à l’UICN, une ONG spécialisée dans la défense de l’environnement, installée à Gland.
Archétype de la beauté slave, ce qu’elle ne peut contester physiquement, Kristina Bazan parle le russe, l’anglais, le français et l’allemand. «Avec mes parents, je parle russe, mais je me sens Suissesse à 100%, parce que c’est le pays où j’ai vraiment grandi, confie-t-elle. Je n’ai pas du tout l’âme slave. Au mieux, j’ai hérité de leur convivialité, de leur façon de parler fort, peut-être, mais sinon, en dehors de l’intérêt que je partage avec ma mère pour les ballets ou le patinage artistique, je ne vois pas bien…»
Julia Marinkovic, elle, a vu le jour dans la ville serbe de Cuprija située à 140 km de Belgrade. «C’est important de savoir d’où l’on vient, souligne-t-elle. Moi, je n’ai pas de parents. Ma mère est partie quand j’avais 3 mois et mon père ne pouvait m’élever. J’ai été adoptée par sa tante
Jasmina, qui vivait déjà en Suisse. J’avais 4 ans quand je suis arrivée à Genève.» Julia raconte sans s’apitoyer sur son sort: «Grâce à ma tante, je n’ai jamais manqué de rien et j’ai vécu une enfance heureuse.» Depuis un grave accident de la route, la tante de Julia ne travaille plus. Et le père de Julia a fini par la rejoindre en Suisse. Il s’est remarié. Il lui a même donné un demi-frère. «C’est mon petit frère», sourit-elle.
Repérée il y a deux ans par le propriétaire d’une boutique de mode genevoise qui lui a offert de poser pour ses premières photos, Julia Marinkovic affirme avoir pris tardivement conscience de sa beauté: «Tout est dans mon regard. Beaucoup de gens croient que je charme, mais non.» Nombreux sont les hommes qui, convaincus de l’avoir séduite, lui ont glissé leur numéro… «Je séduis sans m’en rendre compte», affirme-t-elle.
On imagine volontiers Julia Marinkovic en amoureuse transie. On se trompe. «Je suis célibataire depuis le mois de janvier. J’ai eu une relation qui, sans jamais vraiment bien se passer, a duré près d’un an et demi. Aujourd’hui, entre les examens, la famille et l’élection, je suis bien assez occupée!»
A la différence de Julia, Kristina vit une belle histoire d’amour, avec James, 20 ans, un photographe qu’elle a rencontré il y a un an au gymnase, «via Facebook», soulignetelle en riant. «On se soutient énormément, on ne se prend pas la tête», confie-t-elle. Kristina Bazan accorde beaucoup d’importance à ses études. Elle espère pouvoir s’orienter dans le monde de la mode, non comme mannequin, mais comme créatrice.
FASHION-BLOGUEUSE
Son blog, baptisé kaytur, en référence «au K de Kristina, prononcé à l’anglaise, et à la couture», lui a valu d’être repérée jusqu’en Corée du Sud, où le magazine Vogue lui a consacré un article. Il l’a aussi conduite à Madrid, où son statut de fashion-blogueuse, comme elle aime se qualifier, est reconnu.
La Vaudoise prend grand soin d’elle. «J’adore les produits cosmétiques, j’adore me maquiller. Cela dit, je n’ai pas besoin d’un masque pour sortir!» Mais n’allez pas la traiter de poupée: elle déteste. «Je ne suis pas un de ces moutons qui suivent la mode aveuglément. J’aime réinterpréter les choses, assembler des tissus, créer. A l’école, on m’a beaucoup traitée de Barbie, sans me connaître. Je suis tout sauf superficielle!»
Perfectionniste et ambitieuse, façon Lady Gaga, qu’elle vénère littéralement, Kristina Bazan avance la tête haute. «J’ai confiance en moi et je sais ce que je veux, confie-t-elle, quitte à me montrer parfois impatiente et exigeante.» Lucide, pour une fille de 17 ans. Gourmande de la vie, un brin émotive, toujours à l’écoute, Julia Marinkovic a, elle aussi, bien l’intention de saisir sa chance. Faites vos jeux!