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VIE CHÈRE
2011 ANNÉE HORS DE PRIX
Tout augmente, mais personne ne dit rien, ou presque. Mathieu Fleury, patron de la FRC, estime qu’il est temps de se réveiller!

Mis en ligne le 22.02.2011

Voyager de Genève à Berne en train coûte désormais plus cher que d’aller à Londres en charter. En 2011, l’abonnement général CFF et le demi-tarif ont augmenté de 6,5 et de 10%, et l’on songe à taxer les séniors qui voyagent aux heures de pointe. Côté santé, le ministre Didier Burkhalter vient de supprimer le forfait lunettes et fait passer les usagers un peu plus à la caisse pour chaque jour passé à l’hôpital. Sans parler des prix des biens à la consommation, qui n’ont pas profité d’un iota de la baisse de l’euro. La révolte gronde, le blues du consommateur s’accentue.

Et pourtant aucun parti, aucun homme politique ne semble avoir fait du niveau de vie de la population un thème dominant de sa campagne. La Fédération romande des consommateurs (FRC) se retrouve bien souvent seule à défendre l’intérêt du citoyen: «Invraisemblable qu’aucun politicien ne se préoccupe de ces thèmes populaires qui sont liés à la vraie vie des gens, tonne Mathieu Fleury, secrétaire général de la FRC. On préfère argumenter sous la Coupole à propos des minarets plutôt que sur le porte-monnaie.» Les choses pourraient changer aux prochaines élections fédérales de cet automne. La FRC compte faire signer aux futurs élus une charte de la consommation qui permettra aux électeurs de tester l’engagement des candidats sur des sujets brûlants comme l’assurance maladie, les CFF, le prix des biens de consommation. Trois combats parmi d’autres que L’illustré a choisi de traiter. Contre la vie trop chère, citoyen, il est grand temps de se révolter!


Contre la non-répercussion de la baisse de l’euro

Pourquoi?

Le consommateur suisse ne paie pas un produit selon sa valeur intrinsèque, mais selon le pouvoir d’achat en vigueur dans notre pays. Le scandale, aux yeux de la FRC: le prix fixé en fonction de ce que le citoyen est supposé pouvoir payer. Avant la baisse de l’euro, les prix, en Suisse, étaient déjà de 20 à 25% plus élevés que chez nos voisins. Avec l’euro, dont le taux de change a passé grosso modo de 1,55 à 1,31, cette différence est encore plus élevée. Les distributeurs gagnent toujours mieux leur vie et bénéficient de marges quasi indécentes. Et cela dans tous les domaines. Aucune valeur ajoutée sur le produit qui pourrait justifier l’écart de prix. «Les distributeurs nous confisquent le gain réalisé grâce au change, et cela porte sur des sommes faramineuses», lâche Mathieu Fleury.

Ce qui fâche particulièrement le Romand, dont la FRC recueille les plaintes au téléphone? Le prix des journaux et celui des vêtements. Là, il peut comparer instantanément avec le prix originel en euros imprimé sur la couverture ou l’étiquette. Prenons le magazine Psychologies. Vendu 3 euros 50 (soit environ 6 francs), mais payé au kiosque 7 fr. 50, soit 66% de plus! «Un vol autorisé», martèle le secrétaire général.

Le consommateur qui essaie de contourner le problème, par exemple en commandant un produit à l’étranger via l’internet, est largement pénalisé par les frais de dédouanement ou l’impossibilité même d’acheter un ordinateur directement aux Etats-Unis. «Scandaleux à l’ère de la prétendue libre circulation», poursuit M. Fleury, relevant que la FRC est prise entre deux feux, elle qui prône un marché de proximité. «Les milieux économiques suisses doivent réaliser qu’à force de prendre les consommateurs pour des vaches à lait, ils vont tuer la poule aux oeufs d’or! Les distributeurs se comportent comme des requins. Ils pourraient baisser les prix sans nuire à personne. En ne le faisant pas, ils prennent le risque de voir les gens acheter à l’étranger. Et menacer ainsi l’économie suisse!»

Comment agir

Difficile, les prix étant fixés librement en Suisse. Boycotter un produit. Ou tenter de le commander à l’étranger via l’internet. Utiliser les zones de dépôt. Ce principe, qui devrait séduire la Suisse romande, s’est multiplié dans les zones frontalières alémaniques: il permet de commander un produit en Allemagne, qui sera délivré à un endroit précis de l’autre côté de la frontière.


Contre les dérives de la santé

Pourquoi?

Parce que les primes d’assurance maladie ont augmenté de 22% sur les cinq dernières années et de 98% depuis 1997! Qu’à ces hausses régulières, il faut ajouter la décision de Didier Burkhalter de faire passer la taxe hospitalière de 10 à 15 francs par jour et de proscrire le remboursement du forfait lunettes (180 francs tous les cinq ans pour les adultes, annuel pour les enfants, lire page 17). Ajoutons à cela le prix des médicaments, toujours plus élevé que chez nos voisins européens, car l’OFSP ne compare pas forcément avec les pays les moins chers. Le danger d’une médecine à deux vitesses guette. Certes, relève la FRC, la santé a un coût, qui est élevé en Suisse pour des raisons qualitatives aussi. «Mais cela n’empêche pas que le système fuit à tous les étages et qu’on pourrait faire bien mieux pour le même prix!» dixit Mathieu Fleury, secrétaire général de la Fédération romande des consommateurs.

Parce que les assurés, qui représentent l’intérêt général, ne sont pas défendus par un lobby puissant, contrairement aux caisses représentées par bon nombre de parlementaires (la majorité des mem-bres de la commission santé-social du Conseil des Etats ont un intérêt dans une caisse-maladie!).

Parce que la concurrence entre les caisses est un leurre. Elles se préoccupent surtout de vendre des assurances complémentaires via les bases de données de l’assurance de base, qui leur sert de porte d’entrée.

D’où la sélection des risques (chasse aux bons risques) dénoncée par la FRC, qui justifie son combat pour la caissemaladie publique. «Elle aurait l’avantage de séparer clairement l’assurance sociale des assurances complémentaires: solidarité et business ne font pas bon ménage», constate-t-elle par la voix de son responsable.

Comment agir

Signer la pétition que va lancer la FRC contre la suppression du forfait lunettes.

Soutenir l’initiative pour une caisse maladie publique.

Admettre aussi qu’on ne peut pas avoir le cinq-étoiles pour le prix d’un camping.

Valérie Legrand-Germanier, 35 ans, Vaud: «Les politiciens ne font pas leur travail, en défendant les intérêts des assurés. Il est temps d’instaurer une caisse publique!»


Contre la hausse des tarifs CFF

Pourquoi?

Hausse de l’abonnement général et du demitarif, proposition de Doris Leuthard de supprimer les possibilités de défiscalisation pour les pendulaires, taxation des séniors s’ils ne voyagent pas en dehors des heures de pointe, il ne fait plus bon être un usager du rail en 2011. Et, selon certains calculs, un usager de 35 ans qui fait le trajet Genève-Lausanne paiera 50% plus cher son billet dans cinq ans.

Pour 2011, les hausses les plus importantes se chiffrent à 6,5% sur l’abonnement général, 10% sur l’abonnement demi-tarif. «Ces augmentations risquent de détruire tous les efforts faits jusqu’à aujourd’hui pour promouvoir les transports publics, relève Mathieu Fleury. L’usager du rail pourrait reprendre sa voiture, alors qu’on a fait le choix de privilégier le rail pour des raisons écologiques. L’abonnement général est un outil merveilleux. Un vrai succès, pas loin de 400 000 titulaires en Suisse.»

La brutalité du changement indigne le secrétaire général. Le pendulaire devient une cible captive: «Après avoir prôné la mobilité, on nous dit qu’elle est devenue un problème. Une véritable chausse-trape pour le pendulaire prié de passer à la caisse mais qui n’a pas le choix! Le travail, il faut aller le chercher où il est. Je suis un bon exemple. J’habite Fribourg et je travaille à Lausanne. Un chômeur peut être obligé de prendre un emploi distant de deux heures de son domicile.»

A cela s’ajoute en effet la pénurie de logements, impliquant aussi que l’on doit aller de plus en plus loin des grands centres pour trouver un appartement abordable. «Certes le rail coûte cher, rappelle Mathieu Fleury, mais c’est un choix politique que nous avons fait il y a plusieurs années».

Comment agir

Privilégier l’initiative de l’ATE (Association transport et environnement) plutôt que le contre-projet fédéral. L’initiative en faveur des transports publics offre aux yeux de la FRC une source de financement nécessaire aux CFF en exigeant une répartition différente du fruit de la taxe sur le carburant, sans aucune charge financière supplémentaire pour l’usager.

Exiger une meilleure transparence des financements entre entreprises, CFF et Confédération, qui sont d’une opacité crasse à l’heure actuelle.

Demander à l’économie, qui profite largement de la mobilité de la population, de participer à l’effort global pour maintenir la qualité des infrastructures ferroviaires.


LES AUTRES RAISONS DE S’ÉNERVER

Les déchets trop chers

L’accroissement des emballages dans le commerce de détail est vertigineux. Le consommateur paie de plus en plus de déchets (donc de taxe poubelle aussi) et réalise parfois que le produit diminue à mesure que le contenant enfle. Comment agir? Préférer, à marchandise égale, un emballage minime. Faire pression sur le magasin ou le fabricant pour qu’il diminue sa quantité d’emballage.

Le démarchage téléphonique

De plus en plus de démarcheurs (assurances, ventes de vins, etc.) opèrent depuis des centres d’appels basés à l’étranger. Comme la Suisse n’a pas de cadre légal, contrairement à d’autres pays, c’est plus facile de venir embêter le consommateur helvète au milieu du repas. Ce d’autant qu’il suffit de dire oui à une proposition pour que le contrat soit réalisé. Sans possibilité d’avoir un délai de réflexion de sept jours.

Les entreprises utilisent souvent des plateformes internet qui ne sont pas identifiables. Impossible dès lors de contacter l’entreprise ni même de connaître son nom. Comment agir? Toujours prendre le nom de l’entreprise et du démarcheur avant toute chose. Exiger de l’Office fédéral de la communication que des numéros spécifiques soient attribués à ces centres d’appels, de façon à pouvoir les identifier.

Le ruinant roaming

Téléphoner à l’étranger depuis un portable suisse peut vous ruiner. Témoin, cet homme qui est rentré du Japon avec une facture de 12 000 francs pour avoir trop consulté l’internet. Pourquoi le roaming est-il si cher? La faute à l’absence d’autorité régulatrice et au monopole de Swisscom qui contrôle et fixe les prix tout à la fois. Comment agir? Ne pas oublier de désactiver l’internet avant de voyager. On peut également demander à son opérateur le tarif du forfait étranger. Ou acheter une carte dans le pays où l’on séjourne.

A plus long terme: exiger des opérateurs téléphoniques un système de blocage qui empêche l’usager de dépasser une certaine somme d’argent.

Les concours bidon

Se méfier comme de la peste des concours qui pullulent sur le Net, notamment sur Facebook. L’usager clique sur l’offre sans lire les conditions écrites en allemand en format lilliputien et finit par se retrouver avec un abonnement mensuel difficilement résiliable. Comment agir? Lire l’offre dans le détail. Ne pas être naïf: rien n’est gratuit dans la vie.


 


«Je ne comprends pas cet acharnement contre les familles»

Le conseiller d’Etat vaudois Pierre-Yves Maillard

Vous êtes très remonté contre la décision de Didier Burkhalter de ne plus rembourser les lunettes dans l’assurance de base…

Oui, car je ne peux plus entendre ce discours qui dit que ce n’est pas grave, car on peut toujours s’adresser à l’aide sociale. Tout ce joli monde à Berne coupe dans les prestations sociales fédérales mais sait pertinemment que cela signifie un report de charge sur le dispositif social des cantons. Et ces mêmes formations politiques qui rabotent les prestations fédérales se plaignent, sur le plan cantonal, de voir leur facture sociale augmenter! Cette affaire de lunettes est une goutte d’eau, mais c’est justement pour cela qu’elle est inacceptable. Elle aura un effet absolument nul sur la LAMal. Les 10 millions d’économie prévus ne représentent même pas un demi-pour-mille des coûts à charge de l’assurance maladie. Mais pour certaines familles avec des enfants, ce sont des sommes importantes.

Mais comment comprenez-vous alors cette décision?

Je ne la comprends tout simplement pas! Je ne comprends pas cet acharnement que l’on constate contre les familles. Et ce qui est absolument intolérable, c’est la déconnexion entre les discours des formations politiques qui vont toutes entrer en campagne électorale en disant «On est là pour les familles» et qui, pendant la législature passée, ont laissé se multiplier les décisions qui les accablent. L’affaire du non-remboursement des lunettes en est le dernier exemple. Regardez: le PDC, qui fait et défait les majorités au Parlement, a pris il y a un an en congrès la décision de supprimer les primes maladie pour enfants. A huit mois des élections, il dépose enfin une proposition dans ce sens. Mais celle-ci n’a pas de financement! Le risque existe qu’après les élections cette proposition soit enterrée. Ces deux dernières années, il y a eu des hausses massives des primes et ces hausses ont été concentrées sur les enfants et les jeunes adultes; c’est quand même extraordinaire! Alors que tout le monde dit vouloir soutenir les familles et que tout le monde sait que le système par tête accable les ménages nombreux. Et ça passe! Personne ne bouge.

Mais l’opticien Visilab, qui a pris à sa charge les 180 francs pour les enfants, ne donne-t-il pas raison à M. Burkhalter?

Il y a un effet d’aubaine sur le marché ou certains acteurs profitent de se positionner, mais ces mouvements dureront quelques mois puis disparaîtront. Si c’était aussi simple, il faudrait alors tout supprimer, que tout le monde paie de sa poche… Non, ça ne fonctionne pas comme ça.

Plus largement, primes maladie, abonnements CFF, lunettes, le citoyen a la furieuse impression de se faire tondre…

Il est clair que si l’on regarde l’ensemble des charges qui pèsent sur les familles, la pression s’alourdit. Et il est vrai que lorsqu’on rembourse les lunettes, on rembourse aussi les gens aisés. Mais j’estime que c’est au niveau du prélèvement de cette assurance que l’on devrait tenir compte des différences de revenus. Il est évident que, pour financer les assurances sociales, il faut trouver de l’argent. Mais on peut faire des propositions, j’ai d’ailleurs écrit un bouquin là-dessus. J’espère qu’en cette année électorale, on va aussi un peu parler de ça et pas seulement des minarets, de la mendicité et de la place de la religion dans la culture chrétienne. Tout cela est très bien, mais ce n’est pas l’affaire de la politique. La politique est faite pour s’occuper des grands équilibres socioéco-nomiques du pays, et je vois de plus en plus, notamment au niveau fédéral, la politique se déconnecter des vrais enjeux. Elle se concentre sur des sujets qui enflamment les passions, les faits divers, alors que c’est le pouvoir d’achat des familles qui devrait être au centre des débats.

Mais que peut faire le citoyen pour résister, doit-il arrêter de payer ses primes maladie?

Non, il faut voter en fonction des intérêts du plus grand nombre et résister à la propagande de masse. Il faut aussi consacrer moins d’intérêt aux moutons noirs et aux minarets, par exemple. L’occasion se présentera prochainement dans le canton de Vaud, avec le vote sur les prestations complémentaires pour familles qui travaillent avec un revenu peu élevé et de rentepont pour chômeurs âgés. Ce type de vote aura des conséquences concrètes sur les gens qui travaillent ou ont travaillé toute leur vie. Il est frappant de voir à quel point le débat politique, ces dernières années, est pollué par des questions où, au final, le vote ne change rien. J’ai la faiblesse de penser que tout ce discours sur les criminels étrangers qui a inondé les médias pendant des mois, in fine ne changera rien du tout. Alors qu’il y a des propositions concrètes que l’on peut poser sur la table. Pourquoi par exemple seul le revenu des travailleurs devrait-il financer les régimes de l’assurance chômage, de l’AVS et de l’AI? J’ai calculé ainsi que, si l’on prenait une cotisation sociale sur les revenus des actions, lesquels ne sont pas soumis à cotisations, on dégagerait environ 2 milliards de francs, ce qui permettrait de financer gratuitement les primes pour les jeunes en formation et les enfants. Mais voilà: ce genre de propositions concrètes, techniquement facilement réalisables, disparaissent noyées par des débats sur de faux problèmes.

INTERVIEW FRÉDÉRIC VASSAUX

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Tags: Consommation, augmentations, Mathieu Fleury, FRC Aller en haut de page Haut de page

 

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