Famille avec deux enfants ou très nombreuse, grand-maman, étudiant…: nous leur avons demandé, à l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, ce qu’ils mangent en une semaine.
Par
Marc David - Mis en ligne le 19.10.2011
«L’ALIMENTATION ÇA S’APPREND»
Christelle et Laurent Gremaud, 37 ans, à Marsens (FR). Il est employé dans un cabinet d’architecture, elle s’occupe à temps partiel d’un institut de beauté.
Jour après jour, ce couple fribourgeois relève le défi vertigineux de nourrir neuf enfants (le petit dernier, Gaspard, est né peu après que la photo ci-contre a été prise) pour qu’ils grandissent fort et droit. Et cela ne les impressionne pas. «La nourriture, c’est comme dire bonjour, ça s’apprend, expliquent-ils en choeur. Chez nous, on n’ouvre pas le frigo. Il y a les repas et c’est tout, rien entre deux. Pas de biscuits ou de chocolat. Nous restons dans le strict nécessaire pour tout.» Cela sans se priver, sauf qu’ils ne sont jamais partis en vacances tous ensemble. Les enfants participent pleinement à ce petit miracle alimentaire journalier. «Ils mettent la table, débarrassent. Un plus grand s’occupe d’un plus petit.» Ainsi élevés, ils aiment les légumes, les salades, les épinards. En une semaine, la famille consomme 40 oeufs, 1 kilo de beurre, 10 kilos de fruits et légumes, 7 kilos de viande. Il leur arrive d’acheter un cochon entier, ou une demi-génisse. «Ou 10 kilos de farine. Nous avons des jardins dans notre famille et quatre poules à la maison. Je fais mon pain tous les jours, dit la maman. C’est valorisant: si je cuis un gâteau sur une grande plaque, je sais qu’il n’y aura pas de restes, qu’il va disparaître à toute vitesse!»
LE BUDGET
500 francs par semaine
Le petit luxe
Les yogourts de la laiterie. «Certaines personnes en mangent deux par jour. Si l’on faisait pareil, vous imaginez…»
«NOUS AVONS LE PANNEAU «ACTION» ANCRÉ DANS LE CERVEAU»
Rikke Helsing, 22 ans, et Firmin Manoury, 19 ans, colocataires et étudiants, à Chavannes-près-Renens (VD).
A gauche, ce qu’elle mange. A droite, ce qu’il mange. Ils s’attablent rarement ensemble, se croisent, font chacun leurs courses et leur budget de leur côté. Norvégienne, elle n’est là que pour cinq mois. «En Suisse, on mange deux fois beaucoup. Chez nous, une seule fois», observe- t-elle, amusée. Il rit: «Je mange différemment qu’avant, quand j’habitais chez mes parents. A part les saucisses et la charcuterie, je me suis rapproché des végétariens… Cela ne me gêne pas forcément. Je me contiens plus. J’ai mon oasis culinaire le week-end, quand je rentre à la maison.» Ils le reconnaissent, les actions les attirent. Les petits panneaux affichés dans les grandes surfaces sont ancrés dans le cerveau des étudiants. «Pour la viande, j’achète en fonction de ça. Pour les fruits aussi», dit-il. Le plus dur, c’est de ne pas jeter. «Des bouts de pain entamés au tiers, j’en ai plein mon armoire…»
LE BUDGET
100 francs chacun par semaine
Le petit luxe
POUR ELLE «Du saumon, les meilleurs fromages.»
POUR LUI «Des desserts, une mousse, une tarte. Du saumon fumé. Après, il faut avoir le pain qui suit. S’il a trois jours, ça te casse un peu…»
«AVEC L’ÂGE, JE MANGE QUAND MÊME MOINS. MAIS LA MÊME CHOSE DEPUIS VINGT ANS»
Olga Vullioud-Benvegnin, 90 ans, retraitée à Vufflensla-Ville (VD).
Avec le temps, cette nonagénaire restée parfaitement indépendante connaît au grain de riz près les quantités de nourriture dont elle a besoin. Une tasse de pâtes ou un saucisson lui font la semaine. Elle mange trois fois de la salade. Profite de fruits et légumes frais comme les tomates ou les côtes de bette, qui proviennent des quatre carreaux de son jardin impeccablement tenu. «J’aime aussi me préparer une petite soupe express et un peu de compote ici et là», sourit-elle. Elle déguste un oeuf par semaine, jamais plus. Quelques carrés de chocolat d’une plaque ouverte «depuis je ne sais combien de temps», pour le goût. Une demi-bouteille d’Evian et deux petits verres de vin rouge hebdomadaires. «Du vin de Vufflens-la-Ville! précise-t-elle. Avec l’âge, je mange quand même moins. Mais la même chose depuis vingt ans. Seulement, je ne fais plus de confitures ou de cakes. Je n’arrivais plus au bout.»
LE BUDGET
80 francs par semaine
Le petit luxe
«Une entrecôte ou du lard le mardi, quand mon petitfils vient dîner chez moi.»
«TOUT CE QUE NOUS MANGEONS EST FRAIS»
Evelyne et Fabrice Wenger, 33 et 32 ans, à Berlincourt (JU), et leurs fils Arnaud (1 an) et Tom (2 ans et demi). Il est employé dans l’horlogerie, elle est coiffeuse.
Dans leur jolie villa tout juste construite, ils privilégient les produits les plus frais et évitent d’acheter des plats tout faits. Leur jardin déborde de courgettes, de tomates, d’oignons, de salades. «L’été, je n’ai même pas besoin d’aller au marché, dit-elle. Entre le jardin de ma soeur et celui de ma maman, nous nous en sortons.» Ils vont chez le boucher à Bassecourt, se servent chez le poissonnier qui passe chaque semaine. «Nous n’avons pas de réserves, à part quelques pâtes ou pommes de terre», glisse- t-elle. Comme il travaille dans l’horlogerie à Saignelégier, il donne «la chope», c’est-à-dire le biberon, au petit Tom tôt le matin et ne revient pas avant le soir. Ils se retrouvent tous ensemble pour le dernier repas. Ils boivent de l’eau du robinet ou du sirop de menthe, que fait une tante. «Je trouve important de privilégier l’alimentation de la région, dit-elle. Pour notre bien-être aussi. Nous avons de la chance, je sais.»
LE BUDGET
300 francs par semaine
Le petit luxe
«Du filet de bœuf, un filet mignon aux morilles, un carré d’agneau.»
«TROIS OLIVES ET DU PAIN DE SEIGLE, C’EST PARFAIT»
Valérie Winteler, 52 ans, musicienne, vit en couple à La Chaux-de-Fonds (NE).
Elle aime les produits naturels, pas trop élaborés. Les steaks nature, les légumes à la vapeur, le poisson avec une larme d’huile et de citron. Elle ne raffole ni des sauces lourdes, ni du beurre, ni des soupes Knorr. «C’est souvent trop salé ou trop sucré. Le goût authentique me suffit. Trois olives et du pain de seigle, c’est parfait, mieux qu’une pâtisserie.» Dans les grandes surfaces, où elle va peu, elle est sensible aux ambiances, à l’éclairage. Elle connaît son boucher, son maraîcher. Aime la fraîcheur et la qualité mais ne passe pas des heures aux fourneaux. «Je ne consacre pas beaucoup de temps à la cuisine, non. Si je suis seule, je vais manger vite, parfois même debout.» Elle se laisse volontiers entraîner, cependant: son compagnon est un fou de gastronomie, un gourmet et un cuisinier hors pair qui lui fait pousser les portes des artisans de qualité, boucher, épicier, fournisseurs. C’est lui, sa meilleure adresse.
LE BUDGET
80 francs par semaine
Le petit luxe
«Le saumon cru, le très bon chocolat noir, le whisky pur malt. Et du thé vert qu’on m’envoie une fois par an depuis le Japon.»
«AVEC MON CONGÉLATEUR, JE SUIS TOUJOURS PRÊT POUR LES COPAINS IMPRÉVUS»
Michel Gehrig, 65 ans, ses enfants Romain (19 ans) et Théo (16 ans), à La Chaux-sur-Cossonay (VD). Retraité et divorcé, il s’en occupe pendant la moitié de la semaine.
Du genre convivial et chaleureux, cet ex-enseignant qui a longtemps vécu dans le sud est le roi du système D. Grâce à son congélateur, il se dit toujours prêt à accueillir des visiteurs imprévus. «Si je devais ne pas faire de commissions pendant quinze jours, je tiendrais le coup sans problème», assure-t-il. L’oeil aiguisé, il lui arrive d’acheter en gros dans les grandes surfaces. Ces marchandises prennent toutes la même direction: son mythique congél’! On y trouve des cuisses de poulet, mais aussi de la soupe dont il a cuit plusieurs litres et qu’il a mis en sachets. Grâce à ce système, il est toujours capable de concocter ses plats favoris, les tajines, les couscous. Au magasin, il «commence par les actions. Le 50%, même sans en avoir besoin, je l’achète et je le stocke. Je jette très peu». Depuis qu’il est à la retraite, il n’a pas changé grand-chose au rythme de ses repas. «Si vous venez manger ce soir, je m’en sors. Restez, d’ailleurs…»
LE BUDGET
150 francs par semaine
Le petit luxe
«Les tourtes Migros au chocolat, toujours efficaces. Les serpentins de merguez dans un petit magasin de la Palud, à Lausanne: je les coupe et je les stocke.»