Recherchez
« Article précédent Article le grand reportage n°7/43 Article suivant »
FAMINE EN SOMALIE
LES DAMNÉS DE LA FAIM
Dadaab est le plus grand camp de réfugiés du monde. Près d’un demi-million de personnes s’y entassent, fuyant la guerre civile et la terrible famine qui ravage la Corne de l’Afrique depuis janvier.

Par Muriel Jarp - Mis en ligne le 21.09.2011

Dadaab. Les Kényans surnomment l’endroit avec mépris la Ville poussière. C’est en réalité le plus grand camp de réfugiés du monde. Un camp aux proportions démesurées, situé sur territoire kényan, à quelque 80 kilomètres de la frontière somalienne. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, ou alors ne veulent plus rien dire, tant cela dépasse l’entendement: 440 000 personnes y vivent, certaines depuis des années. Beaucoup de jeunes de 20 ans n’ont rien connu d’autre que la réalité du camp. La plupart des résidents de Dadaab sont des Somaliens qui ont fui la guerre civile qui ravage leur pays depuis plus de vingt ans. Depuis, c’est un afflux permanent. «Dadaab a été construit en 1991, lors de l’effondrement de l’Etat somalien, explique Kenneth Lavelle, responsable de programme pour Médecins sans frontières. Il possède une capacité maximale d’accueil de 90 000 personnes, alors je vous laisse imaginer la situation que nous vivons aujourd’hui.» Car à la guerre civile, qui fait ressembler la capitale somalienne, Mogadiscio, à un amoncellement de ruines, s’est ajoutée une famine qui touche toute la Corne de l’Afrique depuis des mois. Cela fait soixante ans que la région n’avait pas connu pareille sécheresse, les deux dernières saisons des pluies n’ayant pas donné la moindre goutte d’eau. Alors, chaque jour, désespérées par la mort de leur troupeau, ce sont près de 1500 personnes qui prennent le chemin de Dadaab.

«NI DÉBUT NI FIN»

«C’est difficile d’expliquer ce qu’on ressent, raconte le photographe Robin Hammond, qui s’est rendu cet été à Dadaab et à Mogadiscio. C’est comme si cet endroit n’avait ni début ni fin. Tout autour du camp à proprement parler, des milliers de personnes s’entassent dans des cabanes de fortune, bricolées avec quelques branches et des bouts de tissu, voire les habits qu’elles portent, en attendant de pouvoir être enregistrées.» Une protection dérisoire contre le soleil qui tape et la poussière qui brûle la peau et les yeux. «On n’entend que le bruit du vent, là-bas. Un vent difficile à supporter, rempli de sable, qui râpe tout sur son chemin.» Très peu de mots sont échangés. «Les Somaliens qui arrivent aux abords du camp sont anéantis, épuisés, ils ont souvent été détroussés du peu qu’il leur restait par les bandits qui gangrènent toute la zone frontière. Ils ont perdu tout leur troupeau. Plusieurs m’ont confié avoir dû enterrer un jeune enfant sur le chemin.» Des propos qui sont confirmés par les collaborateurs de MSF sur place, qui estiment que le camp aura atteint le demi-million de réfugiés à la fin de l’année. «C’est une sitution qui va durer, je le crains, poursuit Kenneth Lavelle. Et il faut aussi se préoccuper des conséquences de la malnutrition sur les enfants. Ces carences vont souvent de pair avec des séquelles cérébrales irréversibles.»

Dans la capitale, Mogadiscio, le photographe a aussi été témoin de la détresse qui frappe les habitants. «Certains paysans des provinces alentour sont venus chercher de quoi manger dans la capitale. Ils survivent dans ces ruines aux murs troués comme des fromages. J’ai moi-même entendu les balles siffler. Mais eux, s’ils trouvent quelques feuilles d’arbre pour nourrir leurs bêtes, préfèrent y rester, au péril de leur vie.»

Pour des dons: www.bonheur.ch La Chaîne du bonheur s’occupe ensuite de redistribuer les fonds aux partenaires fiables sur place.



Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace  


Tags: Corne de l'Afrique, Somalie, famine, guerre, Dadaab, camp de réfugiés, Mogadiscio, Médecins sans frontières, Chaîne du bonheur Aller en haut de page Haut de page

 

A lire aussi

HISTORIQUE

L’héroïque épopée de la Patrouille des Glaciers

En 1943, 54 soldats se lançaient dans la première édition d’une épreuve devenue mythique, la Patrouille des Glaciers, la plus dure, la plus longue, mais la plus belle des courses. »


GUANTÁNAMO

Témoignages de réscapés

Voilà plus de dix ans que l’armée américaine bat des détenus dans ce camp à Cuba. Le récit, cru et violent de quelques-uns, retrouvés dans le monde entier. »


TAÏGA

Des ours dans l'objectif

A la frontière russe, aux confins de la Finlande, le photographe Stefano Unterthiner a passé plus de quatre-vingt nuits à l’affût des ours. Rencontres rares. »

Page générée en 93 ms.