La révolte gronde en Europe. Espagne, Grèce, Portugal, Italie, Angleterre, Irlande, et jusqu’en Israël. C’est la litanie des infos de 2011. Salaires insuffisants, logements inaccessibles, chômage irrépressible. Autant de raisons qui poussent des peuples à protester contre les inégalités croissantes. Cette indignation est pour l’essentiel celle d’une classe moyenne dont le pouvoir d’achat s’érode.
Et la Suisse dans tout cela? Les plaintes sont les mêmes. Vie trop chère, franc trop fort, impôts trop lourds. Mais souffrons-nous vraiment le même martyre que nos voisins? A notre petite échelle, nous sommes nombreux à avoir profité des différences de change pendant les vacances. Et c’est avec un bel entrain que nous franchissons de nouveau les frontières pour faire des emplettes aux prix sidérants. Nous restons les consommateurs les mieux lotis du monde.
Cela devrait nous amener à nuancer notre appréciation des menaces. Ces Suisses qui n’ont pour matière première que leur paysage et l’eau qui en descend ont su développer des qualités qui font leur force: le goût du travail bien fait, le courage d’aller voir ailleurs, et la capacité à innover. Ce pays parvient ainsi à maintenir une balance commerciale positive. Il sait tirer sa bonne fortune de l’étranger. A tel point qu’il a fallu quelques fois rendre des fonds obtenus de façon trop aventureuse sous d’autres latitudes. A la suite de ces épisodes, la Suisse éprouve un sentiment de fragilité grandissant.
Alors ça ne rate pas. A l’approche des élections fédérales, l’UDC s’affiche en formats géants. Sur toutes nos places, des bottes nous envahissent. Comme il se doit, le message est simple: restons entre nous et tout ira bien. Electoralement, ça pourrait payer.
Conserver cette île souveraine hors des règles supranationales, voilà un bon programme pour certains financiers qui récupèrent l’argent en fuite fiscale, et pour divers importateurs qui s’enrichissent au détriment de notre pouvoir d’achat.
Mais pour la classe moyenne, la peur de l’autre est le pire danger. Car cette hantise finirait par handicaper l’économie. Ce pays n’a d’avenir qu’en reconnaissant son interdépendance avec le monde.
La Suisse est d’ailleurs en position de force. Alors que les autres, jusqu’aux Etats-Unis, se sont endettés pour vivre à crédit, la Confédération et ses cantons se serrent la ceinture depuis longtemps. Cela nous donne une liberté de manœuvre qui permettra de négocier les mauvais vents promis par la météo internationale.