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CRISE FINANCIÈRE
LA SUISSE EST-ELLE EN DANGER? LES CONSÉQUENCES POUR VOTRE AVENIR
La chute abyssale des marchés financiers fait trembler l’économie mondiale. Déjà pénalisée par l’envolée stratosphérique du franc, la Suisse est menacée par une nouvelle récession. Cette situation n’est pas sans conséquences sur nos salaires, nos retraites et nos économies. Quatre experts tentent de les décrypter.

Par Christian Rappaz - Mis en ligne le 23.08.2011

Changement de ton. Après avoir prêché l’optimisme sans relâche depuis la crise financière, le Conseil fédéral troque ses lunettes roses contre un télescope noir. Et lorsqu’il tente de lire dans les étoiles, notre gouvernement ne voit pas grand-chose de bon à l’horizon. Pour Johann Schneider-Ammann, notre ministre de l’Economie, les deux ou trois années qui viennent seront difficiles. Même son de cloche du côté de Doris Leuthard, pourtant connue pour son indécrottable optimisme, qui a surpris son monde le 1er août en prévenant que la Suisse doit se préparer à vivre une longue période pénible et un fléchissement de sa croissance. Quant à Eveline Widmer-Schlumpf, notre grande argentière, elle en appelle d’ores et déjà à la solidarité confédérale face à une situation qui se détériore.

Des craintes à peine voilées face à un avenir économique des plus incertains. Avec, en toile de fond, l’effondrement des marchés financiers internationaux, l’envolée du franc et les menaces d’apocalypse que font planer les dettes souveraines des pays occidentaux. Un risque d’explosion et de contagion qui, s’il devait se concrétiser, n’épargnera pas notre pays, quand bien même l’endettement public de celui-ci (39% du PIB) apparaît presque ridicule en comparaison internationale.

Faut-il avoir peur de la crise de la dette et quelles seraient les conséquences pour notre pays si la situation devait s’aggraver ou même s’emballer? Ce sont les questions, regroupées par thèmes touchant directement notre quotidien, que  «L’illustré» a posées à quatre experts de l’économie et de la finance.

 

LE TRAVAIL

ÉCONOMIE, L’INEXORABLE DÉCLIN?


 

Le chômage va-t-il exploser?

Pas d’explosion, mais un marché du travail plus tendu. Les exportations se ressentiront du volume réduit de la demande de l’Ouest très endetté et qui devra faire des économies sévères pendant des années. La recette des 60 dernières années, à savoir la relance, est impossible à cause des déficits déjà existants.

 

Et les salaires?

Le pouvoir d’achat des personnes en emploi ne devrait pas diminuer, mais pas augmenter non plus. Il faut être prudent, nos salaires ont augmenté de 25% en monnaie de nos pays-clients. Demander plus serait irresponsable et mettrait les emplois en danger.

Travailler plus pour gagner moins?

Pas d’une manière générale. Dans les entreprises où les marchés sont intacts mais les marges insuffisantes, un effort supplémentaire et limité dans le temps peut s’imposer. Pour sauver les places de travail.

Le franc fort tuera-t-il aussi le tourisme?

Le tourisme est une «industrie d’exportation» comme une autre. Mais comme pour l’horlogerie, nos clients sont majoritairement issus des classes moyennes des pays émergents dont le revenu augmente. Il y a donc une certaine stabilité. De toute façon, ce n’est que le vieil Ouest, laminé par ses dettes et ses excès, qui crée aujourd’hui l’insécurité pour 400 millions d’Européens et 350 millions d’Américains.

 


LE POUVOIR D’ACHAT

TOUS CONDAMNÉS À S’APPAUVRIR?


 

La récession est-elle inévitable?

Pour autant que la baisse des prix des produits importés facturés en euros et en dollars ait été répercutée, notre pouvoir d’achat a augmenté d’environ 20 à 30% en une année. Un record. Cela dit, si la menace de récession qui plane sur les économies occidentales se concrétise, ce que je crains hélas, la Suisse n’échappera pas à une réduction de son activité économique et donc à l’érosion du pouvoir d’achat.

Et les impôts?

Si la Suisse continue à maîtriser ses dépenses publiques, je ne vois aucune raison de les augmenter. Mais la situation diffère dans chaque canton.

Quid de la TVA ?

Si les rentrées fiscales diminuent, il faudra trouver d’autres ressources pour maintenir le pouvoir d’achat des bénéficiaires de l’AVS et de l’AI notamment. Dans ce cas, on ne coupera pas à une augmentation de la TVA.

Taux hypothécaires planchers?

Je crois que oui. Je vois mal la Banque nationale augmenter les taux alors qu’elle se bat contre l’appréciation du franc. Sans compter les risques de récession.

Consommation en berne?

C’est la grande angoisse de tous les pays. Quand les gens sont inquiets, ils dépensent moins. Ce sont toujours les consommateurs qui font les récessions.

Des prix en baisse?

Si le franc continue de s’apprécier, les prix des produits importés continueront à se déprécier. Cela s’avérera particulièrement avantageux pour les produits pétroliers.

 


RETRAITES ET 2e PILIER

FONDS DE PENSION, FONDS PERDUS?


 

Nos rentes sont-elles menacées?

Les rentes ne sont pas menacées, mais il faut s’attendre à une baisse des prestations. La situation des caisses est tendue, proche de celle qui prévalait en 2008.

Et les cotisations?

Pour assurer le financement des prestations, on peut en effet craindre un relèvement des cotisations mais également une baisse ou une suppression des intérêts sur les capitaux des assurés et une réduction du taux de conversion. Des mesures encore plus douloureuses du côté des caisses qui n’avaient pas les réserves pour compenser les effets de la crise actuelle.

Et si des caisses faisaient défaut?

Non, le défaut de paiement d’une caisse de pension est très improbable. En revanche, les caisses sans réserves, dont le taux de couverture avoisinait 100% en début d’année, sont sans doute en situation de sous-couverture aujourd’hui.

3e pilier, même tabac?

La situation des assurances vie est moins grave, car les assureurs investissent peu en actions. Par contre, les assurés au bénéfice d’une assurance vie liée à des fonds de placement devront supporter les pertes subies par les marchés financiers et s’attendre à une baisse des prestations prévues.

Un appartement au lieu d’une rente?

Non, les caisses sont liées par la loi sur la prévoyance professionnelle (LPP), soit le versement de prestations en espèces. Une prestation en nature n’est pas conforme au principe d’égalité de traitement des assurés.

Des réformes, quelles réformes?

Certains en appellent en effet à réformer la LPP. Concrètement, ils réclament une réduction et la fin du taux d’intérêt minimum et un abaissement du taux de conversion.

 


MON ARGENT

EXISTE-T-IL ENCORE DES REFUGES POUR NOS ÉCONOMIES?


 

Rester «liquide»?

Si le but est de se protéger contre les soubresauts des marchés, je pense que la liquidité est le seul actif sans risque capable de vous protéger. Sur un compte épargne ou même un compte à terme et autres bons de caisse, le rendement peut cependant s’avérer négatif si le taux d’inflation est supérieur au taux d’épargne.

 

Solide comme la pierre?

Je considère que l’immobilier offre des caractéristiques d’illiquidités potentielles. Le haut niveau des prix actuel ne m’inciterait pas à recommander cet investissement à une personne désireuse de se prémunir contre la volatilité des marchés financiers et de préserver son capital.

L’or?

L’or est un investissement qui a un sens si l’on croit que la volatilité et l’incertitude sur les marchés va perdurer et qu’une perte de contrôle sur les prix, soit par l’inflation, soit pas la déflation, est une possibilité importante.

Confédération ou inflation?

La liquéfaction que tente la Banque nationale me laisse à penser qu’il n’est pas opportun d’engager des investissements en obligations de la Confédération au niveau de taux actuels. En revanche, des obligations liées à l’inflation peuvent être un placement intéressant si l’on croit à un retour de celle-ci à moyen terme en raison de politiques monétaires laxistes.


LES DETTES PAR PAYS

ÉTATS-UNIS: 14 500 MILLIARDS DE DOLLARS DE DETTES, SOIT 100% DU PIB (PRODUIT INTÉRIEUR BRUT)

Symbole de tous les excès et de toutes les dérives, Wall Street, cœur des places boursières mondiales, est régulièrement prise à partie par des manifestants qui voient à travers la cupidité des acteurs de la principale place financière la cause de tous les maux actuels de l’Amérique. Des slogans tels que «Guérissez l’Amérique» ou encore «Reprenez Wall Street» sont brandis par les manifestants devant la bourse new-yorkaise, comme le 22 juin dernier.

ITALIE: 1900 MILLIARDS D’EUROS DE DETTES, SOIT 120% DU PIB

Ecrasé par le poids de sa dette, l’Italie durcit son plan d’économies. Parmi les mesures prévues, la réforme du système éducatif, qui prévoit une baisse des crédits de 10 milliards de francs sur trois ans et la suppression de 87 500 postes d’enseignants et 45 000 emplois administratifs, est la plus contestée.


GRÈCE: 330 MILLIARDS D’EUROS DE DETTES, SOIT 152% DU PIB

Au bord de la faillite, la Grèce a été contrainte par l’Union européenne de réduire radicalement son train de vie pour toucher les milliards d’euros d’aide de Bruxelles. Des mesures d’austérité qui provoquent des troubles sociaux et des violences à travers tout le pays. A Athènes en particulier, où la place Syntagma est devenue le symbole de la contestation.


ESPAGNE: 680 MILLIARDS D’EUROS DE DETTES, SOIT 64% DU PIB

Le mouvement des Indignés, né le 15 mai d’une manifestation de citoyens, relayé par les réseaux sociaux, s’est très vite répandu à toute l’Espagne. Régulièrement, des milliers de personnes de tous âges envahissent les rues de Madrid, pour crier leur désespoir face au chômage, la vie chère et la baisse des salaires.


PORTUGAL: 160 MILLIARDS D’EUROS DE DETTES, SOIT 80% DU PIB

La crise a provoqué la démission du premier ministre José Socrates et débouché sur la mise en oeuvre d’un plan d’austérité des plus drastiques. Touchés de plein fouet par les mesures d’économies, les Portugais manifestent régulièrement par dizaines de milliers.



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Tags: Crise financière, krach, Suisse, confédération, Etats-Unis, Union européenne, Europe, franc fort, économie, salaires, retraites, épargne Aller en haut de page Haut de page

 

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