«Pas de grandes théories, pas de messages subliminaux à faire passer, pas de grands secrets de fabrication; bref, tout ça est très futile, inutile, tout ça, c’est du vent!» Stéphane Halleux, né en Belgique en 1972, n’est pas artiste à se prendre la tête. C’est ainsi que ses personnages séduisent instantanément.
Après l’exposition des œuvres de l’Australien Greg Broadmore, Marc Atallah, directeur de la Maison d’Ailleurs, à Yverdon-les-Bains, poursuit son exploration des mondes rétrofuturistes. Du steampunk, comme on appelle cet étonnant mélange de récup sépia et de musique d’avenir. A l’univers guerrier et tout hérissé d’armes du Dr. Grordbort’s succède donc le monde infiniment plus doux, plus poétique de Halleux. Côté inspiration, il se souvient d’avoir vu, gamin, une exposition de sculptures de Tinguely. Il se souvient surtout d’avoir séché ses dernières années d’école, préférant le dessin, la BD et l’animation à toute autre branche.
Désormais exposé dans le monde entier, il compte des acheteurs prestigieux et pointus: Tim Johnson, réalisateur chez Dreamworks, Lee Unkrich, réalisateur chez Pixar, ou encore Guy Laliberté, patron du Cirque du Soleil, possèdent de ses sculptures hautes comme un petit chien.
IRRÉGULARITÉ IRRÉPROCHABLE
Mais que nous montre-t-il en réalité? De méchantes machines déguisées en humain? Ou plutôt des personnages de chair solidement épaulés (pour voler, pour sauter, pour explorer, pour survivre) par des mécaniques visiblement bienveillantes? Moitié récupération, moitié cousu main, ses personnages et leurs drôles de machines cumulent ainsi le charme de l’industrie et celui de l’artisanat… «A part les coutures, j’imagine mal ce que je pourrais confier à quelqu’un d’autre (et encore, je suis assez maniaque, j’aime qu’elles soient d’une irrégularité irréprochable)», précise le créateur avec cet humour pince-sans-rire dont semblent habitées ses délicieuses créatures. Dans un monde de recyclage, de tri des déchets (c’est là qu’il déniche la ferraille squelette de ses créatures) et de fuite en avant, les héros de Halleux, qu’ils soient motard fou ou hélichapeauté, possèdent le charme des vieux cuirs dont ils sont habillés. A voir en vrai.
Halomancie, Matières poétiques, de Stéphane Halleux, Maison d’Ailleurs, Yverdon-les-Bains. Jusqu’au 8 janvier 2012. www.ailleurs.ch