Porté par son attrait pour la vitesse, l’Allemand Carl Benz ne pouvait imaginer en 1886 que son invention, l’automobile, allait révolutionner le XXe siècle et même vite générer sa propre mythologie.
Automobile: qui se meut par soi-même, selon l’étymologie. Avec son développement industriel, la voiture devient l’un des piliers de la civilisation moderne, dont elle va refléter l’évolution sociale et culturelle au fil des décennies. Espace individualisé, objet de fascination, de convoitise, l’auto est un formidable vecteur de liberté. On bouge en bagnole, on se déplace, on fuit. On frime aussi. A travers le pare-brise, la vie ressemble à un film, et le paysage défile latéralement en un long travelling. Mais la voiture, c’est aussi la vitesse, qui va caractériser le XXe siècle.
FÉTICHISME
L’artiste Jean Tinguely, on le sait, était un mordu. Il survécut à de nombreux accidents. L’ami du défunt pilote de F1 Jo Siffert collectionnait les Ferrari. L’artiste, lui, s’est souvent inspiré des autos, avec lesquelles il entretenait un rapport euphorique et pessimiste à la fois. On pense à son autel, constitué de deux châssis de voitures de course. Il semblait donc logique que le musée Tinguely s’intéresse à la voiture en tant que source d’inspiration. L’exposition Voiture fétiche. Je conduis, donc je suis la révèle dans tous les états, à travers le prisme du fétichisme, qu’il soit mécanique, religieux ou sexuel. Chacun des ces trois axes est exploré, souligné, par des œuvres signées notamment Hans Hansen, Jacques-Henri Lartigue, Andy Warhol, Chris Burden, Superflex ou encore Pippiloti Rist, constituant un étonnant panorama visuel. Quelque 160 œuvres, réalisées par plus de 80 artistes, ont été réunies.
En guise de pièce maîtresse, Cosmic Thing, une œuvre de Damián Ortega: une authentique Coccinelle Volkswagen, entièrement désossée et suspendue en l’air. Fascinant. Vitesse, trafic, production, accident: aucun champ d’application n’est négligé, qu’il s’agisse de photos, de toiles ou encore de ce test sur pneumatiques révélant l’usure des gommes.
En guise de récréation, plusieurs dizaines de films consacrés, de près ou de loin, à l’automobile (dont Taxi Driver, Bullitt, Duel, Lost Highway, Week-end ou Gran Torino) sont projetés, un par soir, dans le parking du musée, transformé en drive-in. De quoi faire le plein de super en famille.
Voiture fétiche. Je conduis, donc je suis, musée Tinguely, Paul Sacher-Anlage 2, Bâle, jusqu’au 9 octobre. Du mardi au dimanche de 11 à 18 h. Tél. 061 681 93 20. www.tinguely.ch