Ils ne sont venus qu’à deux, Rosemary, la chanteuse, et Stephan, le contrebassiste, mais ils parlent comme cinq. Ils s’interrompent, terminent les phrases de l’autre, rebondissent et digressent, suprêmement complices. Leur débit rapide tranche avec la lenteur de leur production: ils avaient mis dix ans à accoucher de leur premier album, le second a vu le jour en avril dernier seulement, quatre ans plus tard, mûr d’une tournée de deux ans autour du monde. Voyage sur leur territoire…
UN AIR DE FAMILLE
«A l’âge de 2 ans, notre guitariste et notre harmoniciste se sont rencontrés dans un bac à sable sur une île au milieu de Paris. La famille s’est ensuite élargie au gré des rencontres. On a en commun le fait d’être tous des enfants d’expatriés, avec un ou deux parents américains. On a grandi avec leurs souvenirs d’une Amérique qui n’existe plus. Et c’est peut-être le fait de vivre en permanence entre deux mondes, deux cultures et deux langues, au minimum, qui nous a connectés. Aujourd’hui, on est une famille, un groupe sans leader. Musicalement, on déteste se définir. A part pour dire que nous sommes attachés à un son acoustique et organique, vivant.»
ON THE ROAD
«Jamais nous n’aurions pu imaginer que la tournée prendrait deux ans. Elle nous a dépassés, et de loin. On s’est rendu compte qu’il n’est pas si facile de revenir. Les propositions de concerts nous emmenaient toujours plus loin et c’était dur de résister à la curiosité de voir jusqu’où l’on pouvait aller. Du coup, on a tourné dans une vingtaine de pays: Australie, Japon, Taiwan, Hong Kong, Inde, Etats-Unis et toute l’Europe. Deux cents dates de concert par an, des allers et retours sans fin, comme un voyage dans l’espace, sans repères. C’était aussi et surtout une expérience humaine extrême.»
INFLUENCE D’AILLEURS
«Si l’Amérique fait partie de nos racines, la tournée nous a permis de ramener des sons d’ailleurs: l’harmonium de Bollywood, une guitare électrique pour enfant chinée en Suède, l’énergie de la musique réunionnaise. Dans le premier album, on fouinait dans notre cave pour trouver de quoi faire des sons: une valise, une machine à écrire… Sur la route, il a fallu trouver d’autres sources d’amusement. Cet album est moins créatif de ce côté, mais plus rythmique.»
LA PIÈCE EN MOINS
«The Missing Room, c’est du silence, de l’antimusique. C’est aussi le petit grain, la case en moins dans le cerveau. Ou alors la chanson fantôme: celle qui n’arrivera jamais à être complète, parce qu’il y manque un je-ne-sais-quoi d’imperceptible. Le titre fait aussi référence aux illustrations de Stephan, inspirées des films noirs, des contes de Grimm ou de Perrault. L’album est construit autour d’une plage vide. Comme une maison bâtie autour d’une pièce centrale mystérieuse qui pourtant influe sur tout le reste. Ça dit l’idée d’un monde qui gravite autour du vide.»
ALLO?
«Chaque chanson raconte une histoire différente qui pourrait être reliée aux autres. Le livret de l’album donne un indice, comme un story-board. Chacun y trouve le sens qu’il veut y donner: une histoire de vengeance ou une histoire d’amour et de vie. C’est marrant que vous n’ayez pu joindre personne en appelant le numéro sur la pochette: c’est pourtant une ligne indienne basée à Bombay!»
PARFUM DE SUISSE
Stéphane: «Ma famille vient de Vordemwald, à côté de Zurich. J’ai grandi en Suisse et fait mes études d’architecture au Tessin. A chaque fois que je reviens, je retrouve cette odeur particulière qu’on ne trouve qu’ici. Si l’on me bandait les yeux et qu’on me kidnappait, je saurais immédiatement où je suis. C’est une mémoire qui est là, dans la tête. Je me réjouis de revenir pour le Paléo.»